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CHRONIQUE PAR ...

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Bixl3r
Cette chronique a été mise en ligne le 04 février 2014
Sa note : 19/20

LINE UP

-Cedric Bixler-Zavala
(chant)

-Omar Rodriguez-Lopez
(guitare)

-Flea
(basse)

-Isaiah Ikey Owens
(claviers)

-Jon Theodore
(batterie)

TRACKLIST

1) Son & Lumière
2) Inertiatic ESP

3)
Roulette Dares (The Haunt Of)
4)
Tira Me A Las Aranas
5)
Drunkship Of Lanterns
6)
Eriatarka
7) Cicatriz ESP
8)
This Apparatus Must Be Unearthed
9)
Televators
10) Take The Veil Cerpin Taxt


DISCOGRAPHIE


The Mars Volta - De-Loused In The Comatorium
(2003) - barré metal prog Free-Jazz Salsa Psyché - Label : Gold Standard Laboratories



C’était dans un contexte moite d’appréhension et d’excitation que je mis cette galette pour la première fois dans mon lecteur, qui ne s’en est toujours pas remis tant le disque a tourné depuis. Formé sur les cendres encore chaudes d’At The Drive-In, autour des deux Texans mexicains aux coupes afros, Omar Rodriguez Lopez (guitare) et Cédric Bixler Zavala (chant), The Mars Volta nous avait déjà livré un EP trois titres de fort belle qualité. Si Tremulant, de son petit nom, annonçait la couleur : du psyché, du metal, de la salsa, du jazz et encore du psyché, qu’en est-il de son successeur? Un mélange halluciné de références musicales à l’aspect de montagnes russes sonores. Et comme si cela ne suffisait pas, il s’agit d’un concept album narrant le voyage intérieur d’un ami overdosé, plongé dans le coma. Tout un programme!

Les titres s’enchaînent mais ne se ressemblent pas, l’album est construit de telle manière à nous faire perdre les sens dans ce dédale de sons et d’ambiances tout en restant étonnamment liés. Le groupe sait où il souhaite nous mener, en prenant des chemins de traverses, des impasses, des voies rapides : c’est un trip auditif cassé par des breaks sortant de nulle part et de longues instrus, parfois bordéliques, réveillant les fantômes du prog des années 70. La guitare est ici à l’honneur puisque notre ami Omar y place ses délires à tout bout de chant, sans jamais être redondant. La section rythmique n’est pas en reste, Jon Theodore à la batterie (officiant désormais chez QOTSA) et Flea à la basse, livrent une prestation solide, parfois funk, parfois punk. Même John Frusciante passera filer quelques coups de guitare sur certains titres. Enfin, et pas des moindres, Ikey le clavieriste, finira de mettre tout le monde d’accord en posant ses nappes atmosphériques tout le long des morceaux.
Le voyage commence par une intro atmosphérique, "Son & Lumière", idéale pour plonger dans le bain d’une introspection hallucinée l’auditeur innocent. "Inertiatic ESP" viendra bouleverser cette paisible ambiance en démarrant sur les chapeaux de roue. La musique se fait urgence, et ces deux titres donnent un aperçu du canevas complexe tissé par l’ensemble de l’album. "Roulette Dares (The Haunt Of)", un classique du groupe, poursuit la route tracée par les deux premiers titres, l’urgence y est encore palpable avec le même rythme effréné, subitement cassé par des mélodies, pour mieux repartir en de longues expérimentations sonores. "Eriatarka" pose une ambiance planante, vaporeuse, brisée par des refrains précipités et anxieux. Bien plus abordable que l’ensemble des autres titres, cette chanson est judicieusement placée entre les deux morceaux progs de l’album, sans doute pour faire tampon.
"Cicatriz ESP", hommage au prog des années 70, tisse sa toile durant 12 minutes où le chant de Cédric se fait aérien, la guitare tranchante, entrecoupée d’un long break mélancolique aux relents de Pink Floyd. L’ambiance y est moite de peur, de tristesse, un titre envoûtant qui semble vouloir suspendre cette alarmante course du temps. La faculté du groupe à créer des labyrinthes auditifs, le caractère insaisissable de leur musique, on les retrouvent sur la piste centrale de l’album "Drunkship Of Lanterns", titre annonciateur de leur très polémique second album Frances The Mute, composé à partir des improvisations live de ces morceaux. Les rythmes hypnotiques et les dissonances se succèdent, la basse semble s’être mutée en une masse sonore grouillante, formant un ensemble claustrophobique.


L’auditeur est soumis à rude épreuve durant cette heure de musique barrée et d’éjaculation sonore. Et si la ballade "Televators" offre une excursion mélancolique bienvenue, elle ne sera que de courte durée. "Take The Veil Cerpin Taxt" vient asséner le coup de grâce. Un riff acéré, une batterie haletante, un chant d’outre-tombe, ce dernier titre résume assez bien l’album : dense, épileptique, surprenant, beau. De-Loused In The Comatorium a été un électrochoc dans ma (courte) vie de mélomane amateur, le déclic s’est fait immédiatement, quand chez d’autres il n’a jamais vu le jour. Si pourtant la magie n’opère pas avec tout le monde, il ne coûte rien de tenter le voyage, qui sait ce que vous pourriez trouver en parcourant ces paysages sonores?


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