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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 21 février 2014
Sa note : 13/20

LINE UP

-Count De Efrit
(tout)

TRACKLIST

1) Intro
2) Public Theatre
3) Parallel Presence
4) Blessed by Nature
5) One Truth, One Confession
6) Infinitesimal
7)
Metamorphosis
8) Sword and Wound
9) At the Gates of Oblivion
10) Belong to Nowhere

DISCOGRAPHIE

Nowhere (2013)

Ekove Efrits - Nowhere
(2013) - post rock black metal ambient trip-hop aussi - Label : Hypnotic Dirge



Imaginez un moment une femme d’une classe infinie qui se promène devant vous du haut de ses immenses talons, le maintien impeccable. Elle arrive à votre hauteur et lâche un rot sonore. La femme n’en reste pas moins belle, mais elle perd quand même un peu de glamour. Autre situation similaire : vous êtes au restaurant et vous avez commandé un « médaillon de perdrix dans sa sauce de jus de truffe glacé », ça en jette. Le serveur vous l’amène, vous vous apprêtez à le manger quand vous remarquez qu’il y a un poil bien noir et frisé dessus. Ça reste un médaillon de perdrix dans sa etc. etc., mais quand même, le poil là…
 
Eh bien Nowhere, quatrième album du projet iranien Ekove Efrits, c’est un peu ça. Un mélange de grande classe en partie gâchée par du black metal, au mieux sans grande valeur ajoutée, au pire assez incongru. Il faut dire que si le mélange trip-hop, ambient et post-rock se conçoit assez bien, l’incorporation d’une dose de black-metal à l’ensemble - pas celui qui butte non, plutôt le black visqueux genre Agalloch ou The Great Old Ones – est une tâche bien ardue. Le trip-hop, c’est délicat, froid certes, mais délicat, les beats sont fragiles et leur adjoindre quelque chose de cradingue, c’est compliqué. Spektr ne s’en est pas trop mal sorti sur Cypher, Count De Efrit, l’homme derrière Ekove Efrits, paraît avoir plus de talent dans la composition des parties claires, mais pèche complètement dans la partie métallique. Conséquence : le meilleur titre est "Infinitesimal", un joyau digne d’un 100th Window, d’une pureté incroyable où Count De Efrit, transformé en David Tibet partage le chant avec une demoiselle au superbe organe vocal, telle Sinead sur "In the Name of England". Le duo final "At the Gates of Oblivion" / "Belong to Nowhere", dans un registre post-ambient très pictural est également exquis (et les quelques sonorités inquiétantes qu’il contient très bien vues).
Point commun de ces morceaux : ils ne contiennent pas de passages black. Ces derniers, volontairement mis en dissonance avec les passages trip-hop, sont plutôt intéressants sur "Sword and Wound", un peu maladroits sur "One Truth One Confession" qui reste quand même un titre assez fort (malgré une fin en eau de boudin), mais tombent bien à côté sur "Public Theatre" ou "Parallel Presence" (ce blast final, là, c’est quoi ?), ruinant du coup la crédibilité de ces deux morceaux. C’est vraiment rageant, car comme sur Silent Path, l’autre projet de l’Iranien mélancolique, Count De Efrit excelle dans l’exercice de dépeindre une atmosphère correspondant à une après-midi pluvieuse d’automne, faisant preuve d’une sensibilité fascinante ("Blessed by Nature" est un intermède d’une simplicité et d’une beauté touchante, dans un style proche de celui de Stoa). L’artiste reste toujours libre de créer ce que bon lui semble et si certains démons intérieurs lui imposent de rendre plus « sale » une copie qui aurait pu être d’une pureté cristalline, on ne peut que l’accepter. Mais si ces bêtes cornues pouvaient aller faire un petit tour ailleurs et aller hanter des groupes de trve black, pas grand monde ne s’en plaindrait.

 
Tout comme l’énigmatique Vertebra d’Australasia, sorti il y a peu et chroniqué en ces lieux, Nowhere est une œuvre intéressante qui tente  de concilier ce qui est difficilement conciliable (à savoir la légèreté pure et froide de beats façon trip-hop et la rugosité d’un black soft, mais black quand même) sans y arriver complètement. Ekove Efrits donne néanmoins une idée de l’étendue de la classe de l’homme-orchestre qu’est Count De Efrit, lorsqu’il s’agit de décrire musicalement une atmosphère. La seconde partie de l’album, plus allégée en sonorité noir-métalliques, d’un très bon niveau, fait même partiellement oublier un début d’album assez indigeste. Nowhere vaut donc globalement le détour, en attendant que l’inconciliable soit enfin concilié.



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