6515

CHRONIQUE PAR ...

113
Ptilouis
Cette chronique a été mise en ligne le 07 avril 2014
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Dominique Leonetti
(chant+guitare+mandoline)

-Claude Leonetti
(léode)

-Gédéric Byar
(guitare)

-Romain Thorel
(claviers+cor)

-Vincent Barnabol
(batterie+marimbas)

TRACKLIST

1) Déraille
2) Une Pente Qu'On Dévale
3) Homo Sapiens
4) Prisonnière d'Une Cellule Mâle
5) Tristes Moitiés
6) L'Essence Des Odyssées
7) Multicolère
8) J'ai Trouvé Ta Faille (avec Fish)
9) Les Courants Ascendants


DISCOGRAPHIE


Lazuli - Tant que l'herbe est grasse
(2014) - rock prog poétique - Label : Autoproduction



Dans l’hexagone, certains groupes se détachent en voulant absolument garder la langue française comme vecteur d’émotion. Tâche compliquée qui en a fait chuter plus d’un, mais certains arrivent tout de même à tirer leur épingle du jeu. Ange en est un parfait exemple. C’est aussi le cas parfois de Nemo, mais surtout et toujours de Lazuli qui au fil de ses albums distille des textes fins alliés à de subtiles mélodies. Et ce n’est pas Tant que l’herbe est grasse, cinquième album des Français, qui nous fera dire le contraire.

Si Lazuli devait être résumé pour deux choses ce serait pour sa subtilité et sa faculté à donner des émotions. Subtilité car contrairement à de nombreux groupes de rock ou de metal progressif, les Français préfèrent privilégier l’ambiance et les morceaux courts à la débauche technique. Cela donne l’apparition de chansons très resserrées comme l’ethno-rock d’"Homo Sapiens", ses sonorités world renforcées par la lourdeur de la batterie, la simplicité mélodique et émouvante du piano de "Tristes Moitiés", la hargne crue et nue de "Multicolère" qui alterne parfaitement entre des couplets très calmes et un refrain plus énergique ou encore l’ambiance arabisante de "L’Essence Des Odyssées". Subtilité aussi grâce à une variété instrumentale étonnante (marimba, cor), mais surtout grâce à la présence de la léode, instrument unique de Claude Léonetti, un mix improbable entre une guitare et un synthé sur un manche en bois sortant des samples de sons midis (écoutez les magnifiques solos d’"Une Pente qu’On Dévale" ou de "Courants Ascendants"). Subtilité enfin grâce à une production impeccable révélant toujours plus de détails à chaque écoute comme sur les sublimes refrains de "J’ai Trouvé Ta Faille" et "Déraille" ou sur les nombreuses plages instrumentales ("Une Pente qu’on Dévale") offrant de beaux échanges pleins d'émotions entre la guitare et la léode.
Une émotion qui, d'ailleurs, transparaît parfaitement à travers les textes écrits et chantés par Dominique Léonetti qui brille comme jamais sur cet album incarnant véritablement ses créations. On retiendra notamment les textes alarmants de "Déraille" ou "Multicolère", ceux plus amers de "Prisonnière d’une Cellule Mâle", mélancoliques de "Tristes Moitiés" ou désabusés de "J’ai Trouvé Ta Faille". Une émotion qui atteint son paroxysme lors des deux derniers morceaux plus longs : "J’ai Trouvé Ta Faille" et "Courants Ascendants". Si le second rappelle "Festin Ultime" de (4603 Battements) dans sa structure (une première partie chantée pour finir sur un final instrumental dantesque), il n’en reste pas moins un excellent morceau avec une lourdeur bienvenue qui se marie très bien avec le côté sombre et épique du final. A l’inverse, le premier est tout en nuance. Dominique Léonetti commence le morceau en chuchotant presque pour s’envoler vers un refrain aérien agrémenté par les sons de synthé et les marimbas. Les frissons collent à la peau. Trois minutes passent et c’est au tour de Fish de chanter très calmement en anglais sur la deuxième partie et la magie opère de nouveau et nous emporte lors du final où les voix des deux chanteurs s’entremêlent. Probablement l’un des plus beaux morceaux des français. Et c’est conquis que l’on finit l’écoute de cet album beau et sincère.

Doté d’une production impeccable, Lazuli est revenu pour nous offrir Tant que l’herbe est grasse : un album plein de sincérité, de subtilités et d’émotions. Certes le disque est court (43 minutes) et reste dans la droite lignée de (4603 Battements), mais il incarne une nouvelle plongée fascinante dans l'univers envoûtant et touchant des français et vous poussera à réécouter encore et encore ces belles mélodies. Un coup gagnant pour Lazuli qui prouve une nouvelle fois qu’il reste l’une des valeurs sûres du rock progressif francophone. Merci les gars. 


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4