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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 04 novembre 2014
Sa note : 14/20

LINE UP

-Robin Southby
(guitare+claviers+programmation)

-John Helps
(guitare+claviers)

-Matthew Daily
(claviers)

-Jamie Ward
(basse)

-James Collins
(batterie)

TRACKLIST

1)
2) In Amber
3) You and Me and Everything in Between
4) Fair Youth
5) All Things Transient
6) Sanctuary
7) Asiatic
8) Waking Life
9) Permanence
10) In the Blind
11) Volga

DISCOGRAPHIE

Fair Youth (2014)

Maybeshewill - Fair Youth



« Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. » Verlaine était un génie et savait déjà pour Maybeshewill, assurément. En tout cas, voilà qui est bien résumé. Car la musique pratiquée par le quintet estampillé post rock instrumental a incontestablement évolué sur son quatrième effort longue durée baptisé Fair Youth, tout en restant dans la droite ligne de ce qu'il pratiquait auparavant. Progresser sans changer vraiment, comme pour à peu près tout le monde dans la vraie vie, quoi.

Ce qui n'a pas beaucoup changé, c'est le style adopté par le groupe britannique : une sorte de rock onirique pour films imaginaires sur lequel s'unissent harmonieusement guitares intenses, claviers suggestifs et batterie cavaleuse – oui, parfaitement Mme Boutin, un mariage à trois. Chacun des enregistrements de la formation anglaise ressemble ainsi à la bande originale d'un mélodrame jamais tourné dont l'enchaînement des chapitres est aussi limpide que leurs libellés abscons. Ces derniers sont dorénavant ancrés dans un romantisme sobre en rupture avec la loufoquerie des débuts qui évoquait une remise au goût du jour des intitulés savoureux d'Erik Satie. Dommage, "The Paris Hilton Sex Tape" ou "We Called for an Ambulance but a Fire Engine Came", c'était plutôt rigolo s'agissant de pièces instrumentales. La particularité de Maybeshewill est en effet de ne posséder ni chanteuse, ni chanteur si l'on excepte une petite poignée d'invité(e)s aux interventions rares. Celles-ci sont désormais totalement absentes, à moins de considérer les chuchotements incompréhensibles trafiqués au vocoder de "Sanctuary" comme des vocaux à part entière. Où trouver du changement, alors ? Certainement pas dans la structure des morceaux. Robin Southby et John Helps, les deux têtes pensantes du collectif, s'accrochent plus que jamais à la formule immuable qui a fait ses preuves depuis les prémices de leur collaboration, à savoir une longue montée en puissance partant d'un motif « à nu » généralement exécuté au piano auquel s'ajoutent progressivement couches de claviers et guitares héroïques. Ce schéma appliqué à l'ensemble des compositions leur confère une cohérence qui forme bloc et donne tout son sens à la notion d'album.
Cependant, ce systématisme n'est pas sans entraîner une redondance qui peut parfois faire fléchir l'attention, d'autant qu'aucune variation de thème ou de tempo, aucune digression harmonique ne vient troubler ces petits concentrés rock de musique répétitive telle que la conçoivent les compositeurs contemporains Philip Glass et Steve Reich. Au passage, on sait gré à la section de Leicester de ne pas étirer inutilement le minutage des pistes dont la consanguinité ne facilite pas la distinction. Il convient toutefois de signaler le surplus de vigueur apporté par les cuivres de la chanson-titre ainsi que les synthés puissants à la Devin Townsend qui dopent plaisamment le final de "Permanence", ces deux séquences figurant parmi les plus convaincants d'un recueil à la tonalité épique, comme à l'accoutumée, et sur lequel les guitares se font relativement discrètes – ça, en revanche, c'est inédit. Il ne demeure effectivement plus aucune trace de l'abrasivité des productions précédentes, les six-cordes la jouant désormais saturation douce, s'amalgamant parfois avec les boucles de synthés. Ce parti pris est plutôt osé car s'il concourt à renforcer la fluidité du propos, il en fait disparaître les aspérités et peut donner la sensation d'un ensemble uniforme et lisse, à l'instar de ces immeubles contemporains dont l'équerre parfaite semble tenir les passants à distance. Heureusement, le champ magnétique s'inverse aux roulements des toms et des cymbales, distribués par un James Collins désireux de faire avancer la machine à songes tandis que les tintinnabulements du vibraphone résonnent comme une insistante invite au voyage. Mais la traversée de contrées trop semblables ne risque-t'elle pas d'engendrer la monotonie ?


Sur Fair Youth, Maybeshewill n'a, en apparence, pas modifié grand-chose à son post rock sans paroles, rêveur et obstiné. Pourtant, l'abandon des guitares metal renforce la limpidité du discours au risque néanmoins d'en dégrader la saveur, d'autant que la frontière entre homogénéité et uniformité s'est encore amincie. Mais pour peu que l'on accepte de se laisser embarquer dans les spirales recommencées de ces vaillantes mélodies, une agréable traversée propice à l'évasion sera au rendez-vous.

Un commentaire ? Un avis ? C'est ici : http://leseternels.forumofficiel.fr/t236-maybeshewill-fair-youth-25-08-2014#


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