Sybreed

Entretien avec Ben (chant), Drop (guitare), Kevin (batterie) - 1ère partie - le 24 avril 2008

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Gazus

Une interview de




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Les choses se passent plutôt bien pour Sybreed. Après la sortie d'Antares (chronique ici), second album du groupe, globalement très bien accueilli, ainsi que diverses dates, les petits Suisses se sont retrouvés en première partie de la tournée européenne de Samael. Rencontre avec les trois membres du groupe présents lors de la date parisienne, pour un entretien fort passionnant. Vous êtes prêts ? Oui ? Non ? Peut-être ?


Gazus : Comment s'est déroulée la tournée avec Samael et quel accueil avez-vous reçu ?

Ben : Pour l'instant, la tournée s'est bien passée, de manière très rock'n roll, on va dire. Bon, je vais passer les détails d'organisation, de quelques petits trucs un peu flottants mais qui se sont vite résolus... Nous sommes assez crevés car il y a beaucoup de distances entre les villes, dans cette tournée. Concernant les réactions des gens, je pense que nous avons marqué des points dans cette tournée, ce qui est, à vrai dire, le but recherché. Nous voulions faire une tournée européenne, montrer aux gens que nous sommes présents en Europe, qu'ils peuvent nous voir en live et je dirais que chaque soir, même si beaucoup ne nous connaissaient pas, nous avons marqué des points, des personnes se souviennent de notre nom, qui se sont dit « Putain, nom de Dieu, c'est quoi ce groupe ? Sybreed... ola ! ». Évidemment, à certains endroits il y a eu des réactions plus ou moins bonnes. C'était par exemple plutôt bien en Pologne, tout comme les Pays-Bas, la Belgique, où nous avons de très bons retours. Pour l'Angleterre, nous n'avons malheureusement pas pu jouer hier, pour des raisons de production vis-à-vis de la tournée, apparemment, car deux dates étaient croisées entre Samael et Suffocation... Mais pour l'instant, je crois que les retours sont plutôt bons, d'autant plus que c'est pour nous une tournée qui nous permet de nous mettre en place scéniquement, nous commençons à savoir quelle attitude prendre sur scène, ce qui nous définit en tant que groupe, chose qui n'était pas vraiment le cas lorsque nous avons joué pour la première fois à Paris en première partie de Pain, où j'avais l'impression, non pas que l'on manquait de bouteille, mais que nous étions juste là pour jouer notre truc. Nous commençons enfin à être bien sur scène et le public peut le voir. Je dirais donc que c'est une tournée qui se passe plutôt bien.

Gazus : Question pour Ben : sur ton myspace, on peut lire un post de blog (intitulé « Tonight we cough in Hell ! ») où tu expliques que tu étais « angoissé » à l'idée de partir en tournée, notamment par l'idée de ne pas assurer sur scène. Est-ce que ce sentiment est toujours là ou bien es-tu plus confiant quant à tes capacités ? Ou bien as-tu décidé d'animer des bals musettes ?

Ben: Je préfèrerais faire du mime Marceau, c'est plus simple... (rires) Disons que c'est à mon avis normal, pour un chanteur, d'être angoissé. C'est quelque chose de tous les jours, on se lève le matin « kof kof... merde. »... C'est continuel en fait et c'est plutôt malheureux. En fait, je me rends compte qu'il y a des gens qui lisent mon blog (approbation de Drop), je vais donc faire gaffe à ce que j'écris, maintenant ! Plus sérieusement, j'avais voulu explorer ça avec une sorte d'humour noir, bien que j'ai plutôt l'impression que tout le monde ne l'ait pas forcément compris, vu que c'est un blog assez humoristique, finalement...
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Gazus (l'interrompant) : Dans le genre de ton parallèle entre les cordes d'une guitare facilement remplaçables et les cordes vocales... difficilement remplaçables ?

Ben : Exactement, ou encore ma remarque à propos des bus, ces saloperies de bus. En fait, je dirais que je suis assez confiant sur mes capacités vocales. Après, c'est un peu des deux : il y a toujours la peur de perdre sa voix et en même temps, si par exemple un soir, je sais que je n'ai plus de voix, je sais que je peux quand même le faire; j'ai juste à chanter plus bas, etc. Mais ce qui me fait peur, ce n'est pas tant de ne pas pouvoir chanter, c'est surtout de ne pas être à mon maximum. Pas parce que je décevrais les gens en face de moi mais que je me décevrais moi-même. C'est plus une pression personnelle que j'impose, plutôt que l'angoisse de ne pas faire un bon concert, finalement. Puis bon, je sais que je ne suis jamais content, tu peux demander aux autres. Quand je sors de scène, je suis du genre à dire « Mais c'était de la merde! » et...

PhotoDrop (d'un air très sérieux) : Il n'est jamais content. Même quand c'est très bien, il n'est jamais content. (rires)

Ben : Tu le vois bien. En fait, c'est vraiment une pression personnelle et ce que j'avais écris sur mon blog était plus dans le but d'exorciser les choses, en quelque sorte... J'écris vraiment pour essayer d'exorciser, comme tu as pu le lire...

Gazus (l'interrompant encore) : Le fait que tu écrives en Anglais y est pour quelque chose, non ?

Ben : Oui. L'Anglais est une langue exutoire. Après avoir pris l'habitude d'écrire des paroles en Anglais, si maintenant j'ai besoin d'écrire, ce sera plutôt en Anglais qu'en Français... pourquoi, je ne sais pas. Pour en revenir à cette tournée, ma voix tient le coup pour l'instant, bien que je doive être sous traitement, malheureusement, à causes de divers problèmes de voix. Ça a l'air d'aller jusque là, tu pourras juger par toi-même ce soir si je suis aux fraises ou si au contraire, ça va.


Gazus : À ce propos, vu que tu es un grand perfectionniste, est-ce que tu fais refaire vingt fois la prise ?

Ben : Euh ben...

Drop : Ben oui, je lui fais refaire autant de fois qu'il faut, jusqu'à ce qu'il ait fait ce que j'estime être ce qu'il faut faire. C'est plutôt moi qui suis juge en studio, mais je ne suis pas trop chiant, il me fait assez vite quelque chose de cool, en général. Il ne m'a pas connu dans mon esprit un peu... nazi... dictateur... (rires) Mais les choses se passent très bien avec lui.

Ben : En plus de ça, je pense qu'on se connaît assez avec Drop, nous sommes sur la même longueur d'onde et je sais que lorsque j'ai fait quelque chose de naze, il n'a pas besoin de me le dire, ce qui fait qu'on arrive assez vite à de bons résultats. Je peux t'assurer par contre qu'on est tellement perfectionnistes et chiants tous les deux qu'on fait vraiment beaucoup de prises...

Drop : On en fait pas mal, oui. Disons que j'attends en général que Ben me dise clairement ce qu'il veut faire, à partir de quoi je vais essayer de faire encore mieux. En général, ça se passe bien. Oui. Non. Peut-être. (rires)

Gazus : Vous aviez déjà un certain recul à propos d'Antares lors de l'interview précédente donnée aux Éternels, avec par exemple le fait qu'un morceau comme "Neurodrive" sonnait trop New Wave pour vous. Ce recul s'est-il accentué ? Est-ce que vous tentez de réarranger/rebalancer ça en concert ou à contrario est-ce que vous voulez coller au maximum à la version de l'album ?

Drop : Jouer avec des bandes nous force à jouer ce que l'on entend sur disque, mais ce n'est pas si mal. Personnellement, j'aime bien, lorsque je vais voir un concert d'un groupe, qu'ils jouent la même chose que sur disque. Je n'aime pas trop les gars qui changent les parties, ça me dérange un peu, en fait.

Ben : Je crois que nous sommes très contents de la manière dont la plupart des chansons sont faites. C'est vrai que "Neurodrive"... bon, nous l'avons joué en live, elle est marrante mais un petit peu pète-zouilles...

Drop : Un petit peu pète-zouilles, ouais...

Ben : Oui, un petit peu casse-couilles, quoi. (rires) Bon, elle nous parait casse-couilles maintenant, mais bon, je pense que c'est normal de ne pas être satisfait à deux mille pour cent de l'album, c'est normal. Mais c'est vrai que concernant les autres chansons, personnellement, je ne ressens pas vraiment l'envie de les modifier à proprement parler. "Isolate", par exemple, est un titre auquel je ne toucherai jamais, c'est un pied total à chanter, quand je m'entends, je veux dire, il y a beaucoup de chant clair...
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Drop : C'est un pied à jouer cette chanson.

Ben : Voilà, tu vois, il est... nous sommes tous d'accord...

Drop et Kevin : Oui oui ! (rires)

Ben : Au final, nous sommes tous satisfaits et je pense que les chansons que l'on garde pour le live sont vraiment celles avec lesquelles nous nous faisons plaisir et il n'y a aucune raison de les changer. Puis comme je l'ai dit, c'est tout à fait normal que nous ne soyons pas satisfaits à un milliard de pourcents; nous nous disons « Ok, on a fait ça sur cet album, c'est bien, mais pour le prochain, il faut qu'on fasse beaucoup mieux ». Après, concernant "Neurodrive", ce sera toujours "Neurodrive", ce sera « Poupou poupou poupou... » (rires).

Gazus : Donc même un titre comme "Neurodrive" dont vous n'êtes pas satisfaits restera tel quel sur scène...

Drop : Il faudrait déjà que nous rejouions "Neurodrive", par exemple, en live. Mais non, il n'y aura pas de changement...

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Ben : Nous allons quand même éviter de réarranger les morceaux, afin que le public ne se perde pas non plus...

Drop : Surtout les chansons d'Antares, en fait. C'est vrai que nous jouons deux ou trois titres du disque précédent et que nous y changeons quelque chose. Non pas qu'on change le morceau en lui-même, mais nous le jouons, j'estime, mieux. C'est plus varié que sur disque. Bien qu'il ne soit pas impossible que deux ou trois chansons du premier album soient réenregistrées un jour...

Ben : Puis on peut le constater, je pense, que sur scène, je ne chante pas exactement comme auparavant et ce pour diverses raisons, notamment, entre autres, l'endurance vocale. Par exemple, je vais légèrement changer la ligne de chant, histoire de tenir. Mais sinon, nous essayons de rester au maximum dans l'atmosphère du morceau et on ne va pas commencer à changer toutes les mélodies, tous les riffs et ainsi de suite.

PhotoGazus : Ben, est-ce que tu pourrais nous parler de l'orientation vocale que tu as choisie pour le prochain album et est-ce que tu comptes tout de même expérimenter dans cette voie sur les dates à venir ou bien comptes-tu vraiment t'en tenir le plus possible à ce qui est sur album ?

Ben : J'expérimente déjà dans cette voie ainsi que certaines façons de chanter, aussi pour préserver ma voix, mais aussi parce que je me rends compte que je peux faire certaines voix plus facilement sans me faire trop mal. Maintenant, concernant l'orientation pour le prochain album, il est vrai que j'avais dans l'idée de me situer entre Depeche Mode et Carcass (rires). Deux points assez extrêmes, quoi. Mais il est peut-être un peu tôt pour dire ce que je vais vraiment faire.

Drop : En fait, nous pourrons vraiment répondre à ça lorsque l'album sera mixé et masterisé.


Gazus (comprenant mal le sens de la réponse) : Il est déjà composé ?

Drop : Oui. Il y a... quatre riffs. (rires) Sur cent cinquante, environ. Il n'est pas encore composé, il est... disons entamé. Le minimum vital, nous dirons. Ce sera d'ailleurs le nom de l'album : après Antares, Antamé, puis Rétamé... On va éviter celui-là, quand même. (rires)

Ben : Je pense tout de même qu'il y aura effectivement des expérimentations, ainsi que des choses que j'ai faites sur Antares qui ne seront pas sur le prochain album. Je dirai par exemple que j'ai chanté très haut sur Antares, par rapport à mon registre vocal, qui est plutôt médium. Il faudra donc que je fasse attention avec ce point. Puis certains types de voix vont sûrement changer mais au final, seul le temps pourra dire ce qu'il en sera. Bon, j'ai toujours des souhaits, comme ce désir de me situer entre Carcass et Depeche Mode, mais c'est plus pour illustrer le fait que ça ira toujours vers deux extrêmes à la fois. Les parties gays seront encore plus gays et les parties violentes seront encore plus gays... euh non, violentes ! (rires)

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Gazus : Musicalement, est-ce qu'il y a tout de même une direction que vous aimeriez aborder plus qu'une autre ? Avez-vous déjà une vision globale ?

Drop : J'ai une vision d'un truc un peu apocalyptique. Par contre, sur le comment et qu'est-ce qu'il va y avoir dedans... non. On verra sur le moment. Je marche très souvent au feeling. Je ne me dis pas : « Je vais faire quelque chose qui ressemble à ça ». Si ça vient, ça vient. Si ça ne vient pas, je verrai le jour suivant. Comme je t'ai dit, on ne saura vraiment que lorsque l'album sera mixé et masterisé.

Ben : Nous faisons toujours des plans sur la comète et au final, nous avons un résultat qui n'a jamais rien à voir... (approbation des autres)

Drop : Nous avons envie d'un truc sombre, de quelque chose encore plus méchant. Encore plus sombre qu'Antares...

Gazus : Vous avez déjà un concept...

Ben : Oui, j'ai le concept, mais j'ai depuis fait des modifications, ça sera encore plus sombre que ce que je pensais à la base...

Gazus : Tu peux en parler, de ce concept ?

Ben : Nan. Nan nan.

Gazus (penaud) : Tu viens de me sucrer trois questions, là...

Ben : Non mais... si tu veux, je... Bon ok, je vais te faire une petite preview...



>>Seconde partie<<




Crédits photo :
http://morka.free.fr
www.myspace.com/kevchoiral
www.myspace.com/drop669
www.myspace.com/syntheticbreed


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