AqME

Entretien avec Julien (guitare) - le 04 novembre 2009

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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Le nouvel album d'AqME En l'Honneur de Jupiter (chronique ici) est un très bon cru : non seulement on y retrouve la rage propre à Hérésie, mais le talent du nouveau guitariste Julien fait remonter le niveau d'un cran. C'est donc au nouveau venu que les Éternels ont voulu donner la parole...


Cosmic Camel Clash : Bon, étant le petit nouveau, peux-tu revenir sur ton parcours personnel ?

Julien : Bien sûr... les choses ont commencé concrètement en 1998, je faisais partie d'un groupe qui s'appelait Boog-ïa, qui était un mélange entre du néo-métal et du hardcore. Nous avons sorti une démo en 98 qui s'appelait Poohland, nous faisions partie de la scène parisienne au même titre qu'AqME (qui s'apprêtait à l'époque à changer de nom). Nous avons évolué d'année en année, nous sommes devenus plus hardcore, puis plus pop, nous avons changé de nom... et le groupe a finalement splitté en 2006. En parallèle j'avais également intégré Lazy en 2004, pour prendre la relève de Sébastien qui était guitariste / chanteur et souhaitait se consacrer uniquement au chant sur scène. Ça m'a permis de reprendre contact avec les membres d'AqME : en 1998 nous partagions les mêmes studios de répétitions (les Luna Rossa) mais entre-temps nous avions un peu perdu le contact. AqME avait fait sa route avec les albums Sombres Efforts et Polaroïds & Pornographie, et j'ai retrouvé Etienne (batterie) et Thomas (chant) via Lazy vu qu'Etienne était le manager du groupe. Etienne m'a ensuite demandé de participer à son projet de grind-death, Grymt, je ne sais pas pas si tu connais...

Cosmic Camel Clash : Si si, ça a été chroniqué chez nous (ici)...

Julien : Voilà. Et donc de fil en aiguille, pour aller rapidement à l'essentiel... l'année dernière Ben a quitté le groupe et ça a été une évidence pour les autres de me proposer le poste. Et j'ai évidemment accepté.

Cosmic Camel Clash : Quand tu as appris le départ de Ben, as-tu eu une réaction particulière ? Tu t'y attendais ?

Julien : Mmmh... (réfléchit) une réaction particulière non, je m'en doutais un petit peu car je savais que Ben n'est pas trop dans la même tendance que ce le groupe veut explorer aujourd'hui. Le métal plus lourd d'En l'honneur de Jupiter n'est pas trop son terrain. Il commençait à se creuser un fossé musicalement, donc je ne suis pas tombé des nues en apprenant la nouvelle.

Cosmic Camel Clash : En parlant d'évidence, à l'écoute de l'album il y a une grosse impression de cohésion qui ressort, et on a l'impression que ton intégration s'est passée sans problème au point de vue musical. Pourtant, vu que les trois autres jouaient ensemble depuis tellement longtemps, accueillir quelqu'un d'autre n'était pas forcément évident...

Julien : Pas tant que ça... Etienne m'avait proposé de jouer dans son projet de grind-death car il connaissait mon background musical. Nous avions les mêmes goûts, il nous arrivait souvent de discuter des mêmes groupes comme Megadeth, Metallica ou de trucs plus durs comme Morbid Angel, toute cette scène entre death et métal en général. Etienne connaissait mes compétence et ma capacité à avoir plusieurs casquettes musicales, à aborder des passages de métal et des plans un plus plus pop, en son clair, ce que tu as pu entendre sur le disque. L'univers qu'avait AqME auparavant quoi... il ne s'agissait pas de tout chambouler et de faire comme si le groupe n'existait pas avant. L'intégration s'est bien passée : vu que je connaissais Thomas et Etienne depuis près de dix ans, je ne suis pas rentré dans le groupe comme on rentre dans une formation où on doit passer des auditions, où on ne connaît personne et où on a un peu la pression car on sait qu'on sera recruté parmi cinq guitaristes. Ça a été une sorte de retrouvailles, mais à un autre titre et à un autre niveau.
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Cosmic Camel Clash : En l'honneur de Jupiter continue effectivement sur la voie ouverte par Hérésie : un album très métal, très lourd, avec beaucoup de chant hurlé... c'est donc à la fois une volonté que le groupe avait à la base et quelque chose qui te correspondait ?

Julien : Oui... je pense que le groupe savait pertinemment que ça allait fonctionner car AqME a toujours été un groupe basé sur les contrastes, ce côté lourd et mélodique que tu ne retrouves pas forcément dans le métal en France aujourd'hui ou même par le passé... Et depuis 1998 avec mon premier groupe c'est quelque chose que j'avais déjà l'habitude de faire, j'aime ces contrastes entre des passages mélodiques et planants et des aspects beaucoup plus durs. Donc mine de rien je pense que ce n'est pas un hasard si je suis rentré dans le groupe, et quand nous avons commencé à travailler sur l'album je me suis dit qu'il y avait comme une évidence.

Cosmic Camel Clash : Quelque chose n'a pas été forcément évident par contre... les trois autres larrons avaient l'habitude d'aller enregistrer en Suède avec Daniel Bergstrand, mais pour toi ça a dû être une démarche beaucoup moins naturelle. Qu'en as-tu retiré ?

Julien : C'est clair que ce n'était pas du tout la même chose que pour les trois autres ! J'avais déjà enregistré un peu partout, y compris dans des grands studios, mais je n'avais jamais eu d'expérience aussi grande, sur un pan de cinq semaines durant lesquelles tu ne rentres pas chez toi... En plus travailler avec un nom comme Daniel Bergstrand, qui est quand même assez réputé dans le milieu (ndCCC : pour mémoire, l'homme a produit In Flames, Meshuggah, Soilwork, Scarve, Behemoth, Strapping Young Lad...) , du coup je me suis mis la pression tout seul. Au moment où ça a été mon tour, la veille de mon premier jour, j'ai passé une nuit blanche. J'ai enregistré sans avoir dormi, ça n'a pas été forcément évident mais je m'en suis bien sorti, et en rentrant le soir j'ai fait une deuxième nuit blanche. Je n'ai pas dormi pendant huit jours ! J'avais la pression alors que j'étais dans des conditions très confortables, avec des personnes très calmes, posées, dans une bonne ambiance, aussi bien Daniel que les autres membres du groupe... Mais je ne sais pas, j'avais la pression de bien faire mon travail donc ce n'était pas forcément évident. Mais ça reste une très bonne expérience et ça m'a permis de passer un cap, de comprendre vraiment ce que signifient les mots rigueur, concentration et propreté d'exécution.

PhotoCosmic Camel Clash : À l'écoute de l'album il faut très peu de temps pour comprendre qu'il y a un nouveau guitariste et qu'il est très actif. Par exemple dès le deuxième titre "Guillotine" il y a une grande nouveauté, c'est que tu poses un solo. Était-ce une volonté de ta part afin d'apposer ta « patte », ou est-ce quelque chose que les autres t'avaient suggéré ?

Julien : Un peu des deux en fait. C'est un morceau qu'Étienne a amené et il avait dans l'idée que j'y joue un solo car il connaissait le passé que j'avais pu avoir dans Lazy, qui est un groupe à solos. Donc sur ce morceau c'était un peu « Bon ben voilà, tu rentres dans le groupe, montre-moi un peu ce que tu sais faire, lâche-toi ». Sur d'autres morceaux ce n'était pas forcément aussi évident... notamment sur "Macabre Moderne" où le solo n'était pas forcément défini. Nous savions qu'il fallait faire quelque chose sur le passage en question mais nous ne savions pas forcément quoi, ça s'est posé un peu par hasard. Personnellement je ne voulais pas me la jouer guitar-hero sur tous les morceaux, ne faire que des solos avec des pentatoniques et des descentes de gammes dans tous les sens, en mettre plein la vue... ce n'est pas du tout une démarche qui m'intéresse. Ce qui m'intéresse c'est de créer des ambiances et surtout que le solo ait une raison d'être, qu'il soit mélodique ou plus fulgurant comme sur "Guillotine". Il faut que chaque solo ait son identité. Donc d'un côté le groupe savait de quoi j'étais capable, moi j'étais d'accord avec ça, mais d'un autre côté je ne voulais pas forcément en mettre à tous les morceaux.


Cosmic Camel Clash : En parlant de la face mélodique de ton jeu, il y a plein de petits breaks et de passages en son clair qu'on remarque car on ne les trouvait pas forcément avant... je pense au break du "Culte du Rien", au break des "Matamores", aux intros de "Stadium Complex" et de "Tout le monde est malheureux"... J'ai l'impression qu'il y a une influence post-rock là-dedans, ai-je eu raison ? C'est une musique que tu écoutes ?

Julien : Oui, oui, bien sûr, tu ne t'es pas du tout trompé, bien au contraire... après tu me parles d'un style dont tu sais bien qu'il est très large, il ratisse pas mal de groupes. Moi je vais te citer Mogwai, Godspeed You! Black Emperor, ce sera plus ce genre de choses... Après il y a Radiohead et Jeff Buckley intégrés dans le truc, et des groupes plus noisy comme My Bloody Valentine. C'est quelque chose qui m'a toujours influencé.

Cosmic Camel Clash : La toute fin de l'album, ce plan acoustique qui clôt "Uppe Pa Berget", l'as-tu composée pour l'occasion où bien l'avais-tu déjà sous le coude ?

Julien : Pour tout te dire, je ne sais pas si je dois dévoiler la chose, c'est quelque chose d'assez personnel... C'est un morceau que j'ai composé pendant l'écriture de l'album, je l'ai fait en une soirée, assez rapidement, il m'est sorti sous les doigts en cinq-dix minutes... Je l'ai envoyé pour une raison bien définie (rires), sans me dire que le groupe allait l'utiliser pour l'album, c'était un morceau qui était dédié à quelqu'un. Et le groupe a décidé de le mettre sur le disque justement pour cette raison, que je ne dirai pas.

Cosmic Camel Clash : Ok, on n'en saura pas plus ! Une autre grosse part de l'identité d'AqME réside dans les textes de Thomas ; en tant que nouveau venu et (j'imagine) amateur du groupe à la base, dans quelle mesure te parlent-ils ?

Julien : Mmmmh.... je vais être honnête, je n'ai jamais été très intéressé par les textes des artistes en général. Ce n'est pas quelque chose auquel je prête attention en général, il faut vraiment qu'une chanson me parle particulièrement pour que j'aille lire ses textes. Pareil pour le chant en français : je n'ai jamais eu l'habitude de jouer dans un groupe qui chantait en français, c'est une première pour moi. J'ai toujours joué de la musique plutôt sombre et mélancolique, donc je me retrouve parfaitement dans certains textes de Thomas. Ce qui m'intéresse le plus dans un texte c'est que les mots sonnent juste par rapport à la musique, après ce qu'il a envie de dire... je ne m'immisce pas forcément dans son discours. Si je devais écrire des choses ce ne serait pas forcément de la même manière que lui... après je trouve que ce qu'il a fait sur l'album est très très bien. Je ne suis juste pas un homme de texte.

Cosmic Camel Clash : Ce n'est pas ton trip à la base...

Julien : Non, non... enfin si, bien sûr, c'est juste que quand il y a un chanteur il y a forcément des mots, ce serait pathétique de faire du yaourt pendant tout un album, c'est juste que... (cherche ses mots) Quand quelqu'un chante en anglais on prête encore moins attention aux textes alors que quand c'est dans ta langue natale tu y prêtes forcément plus attention, les mots ne résonnent pas de la même manière et tu y es forcément beaucoup plus attaché. En fait voilà : sur le disque il y a certains passages et certains textes qui me tiennent particulièrement à cœur, notamment sur le pont de "Noël Noir" où je trouve que ce qu'il a écrit colle parfaitement avec la musique, ça me touche beaucoup. On retrouve ce genre de choses sur "Macabre Moderne", sur "Le Chaos", en fait c'est plus que sur certains passages la manière dont il interprète le texte va m'influencer et me faire m'intéresser à ce qu'il écrit. Tu vois ce que je veux dire ?
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Cosmic Camel Clash : Oui ! Par rapport aux anciens albums d'AqME, quelles sont les chansons que tu préfères écouter et jouer ?

Julien : Oh, grande question ! Sur les anciens albums j'aime bien "Le rouge et le noir"... (cherche)... ce n'est jamais évident comme ça... j'aime bien l'énergie de "Pornographie" et "Superstar", j'aime bien "Ténèbres" de La Fin des Temps... Après ce n'est pas forcément évident car le groupe ne peut plus se permettre de jouer beaucoup de titres de chaque album donc je n'ai pas forcément abordé tout leur répertoire. Concrètement, j'ai appris trois-quatre morceaux de chaque album, il y a des morceaux que j'aurais bien abordé mais qui ne sont pas forcément exploitables aujourd'hui. J'aime bien aussi "Uniformes" et "Lourd Sacrifice". Tu me posais la question par rapport aux morceaux à jouer sur scène ?

Cosmic Camel Clash : Oui, et éventuellement s'il y avait des morceaux dont tu étais particulièrement fan en tant qu'auditeur... ou alors pas du tout !

Julien : J'aime bien "Je suis" par exemple sur le premier album. Après si je commence à faire tous les titres on n'a pas fini !

Cosmic Camel Clash : Okay. À chaque fois que j'ai un musicien français avec un peu de bouteille en interview je lui pose toujours la même question, donc tu vas y passer. Toi qui fais partie de la scène depuis plus d'une dizaine d'années, quel regard poses-tu sur son évolution ?

Julien : Wow... ce n'est pas forcément évident à l'heure d'aujourd'hui pour les groupes, par rapport à il y a dix ans où tout était à construire. La première vague du métal français, à savoir la Team Nowhere qui était le fer de lance à l'époque... il y avait une demande car le néo-métal américain était apparu donc pendant quelques années (jusqu'en 2004-2006 je dirais) il y a eu une vraie effervescence et pour pas mal de groupes il était facile de jouer, de tourner en France, de sortir un disque et d'avoir un petit succès. Maintenant, en 2009, le constat n'est pas forcément du tout le même. C'est difficile d'avoir une objectivité là-dessus : est-ce le téléchargement qui veut ça, les jeunes d'aujourd'hui qui n'ont plus forcément le réflexe d'acheter des disques, ou peut-être que le métal en France n'intéresse plus forcément les gens car ils écoutent d'autres musiques.... c'est devenu vraiment difficile. Ne serait-ce que de pouvoir sortir un disque et le distribuer, et encore plus pouvoir défendre son disque sur scène, c'est devenu chaud. Et c'est ça qui est triste : autant on peut ne pas vendre beaucoup de disques, mais si on ne peut même pas s'exprimer devant un auditoire c'est encore plus frustrant pour un musicien. Donc en ce moment c'est un peu difficile. C'est toujours le même mot qui revient : c'est la crise du disque, c'est la crise tout court, mais par contre je préfère rester optimiste. Un jour ça va se décanter, je ne sais pas comment mais on va passer à un autre niveau. Il faut juste être patient et se serrer la ceinture.




Crédits photo : www.myspace.com/aqme


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