Nord Forge

Entretien avec Clément - le 30 janvier 2019

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Shamash

Une interview de




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Chez les Éternels, nous aimons savoir ce qui se passe derrière le miroir. 
C'est pour cette raison que nous avons voulu vous présenter l'association qui préside aux destinées d'un festival maintenant bien ancré en France. 
Clément de Nord Forge a gentiment accepté de répondre à nos questions, quelques semaines avant l'acte IV d'In Theatrum Denonium fixé le 2 mars 2019. 

1/Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas, pourriez-vous nous présenter votre association (nombre de membres, activités, historique, etc.) ? Qui se charge de quoi exactement ?

Bonjour Les Éternels. Tout d’abord merci de mettre en avant notre événement In Theatrum Denonium, conçu par notre association avec le soutien de la Ville de Denain.
Je suis Clément, un des membres de l’asso, je vais répondre à vos questions mais je tiens d'abord à préciser qu'il s’agit avant tout d’un travail collectif.
Notre association Nord Forge a été fondée en 2005 à Denain/Valenciennes afin d’aider des artistes musicaux du Nord et environs à se produire en concert et à enregistrer leur musique.
C’est à l’origine une bande de potes, d’amateurs de musique et surtout de metal (rock/metal). L’asso après avoir organisé de petits concerts à Lille/Valenciennes/Denain (notamment pendant la fête de la musique), a donné d’abord un coup de main à l’organisation du Festival Les Metallurgicales de Denain (Anthrax, Therion, Meshuggah, Paradise Lost…), ce festival emblématique était organisé par le “célèbre” et regretté député-maire de Denain, Patrick Roy. Après le décès de celui-ci, l’association Nord Forge a poursuivi l’organisation des Metallurgicales pour faire perdurer l’histoire du metal à Denain lors des éditions de 2013 et 2014 (The Haunted, Arkania, Destruction, Black Bomb A, Supuration…).

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En 2016, l’association a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure, créée par ses bénévoles et avec l’aide de la ville de Denain, le festival In Theatrum Denonium à Denain. Un projet porté par quelques membres très actifs toute l’année, et de nombreux autres bénévoles le Jour J. Sept bénévoles passionnés de musique, potes, curieux et heureux de partager leur passion avec le plus grand nombre afin de faire vivre la scène metal du Nord !

2/Vous êtes en charge du festival In Theatrum Denonium. La ville de Denain semble au cœur de votre festival. Pouvez-vous nous expliquer cet attachement à ce territoire ?

Tout d’abord, les trois quarts des membres de l’asso sont originaires de Denain, mais c’est surtout l’histoire avec les Metallurgicales et Patrick Roy qui ont rapproché la ville et l’association Nord Forge. La ville de Denain a su nous faire confiance, en organisant un festival de metal et surtout de metal sombre, dans un superbe théâtre à l’italienne classé Monument Historique.
Les médias se sont intéressés à ce projet (Télérama, Culture Box, France 3… ), qui est l’occasion de parler d’un point fort de Denain : la culture. Ça change des traditionnels poncifs sur la misère/pauvreté… sujets qui font souvent de l’ombre à la ville. Denain, c’est surtout une ancienne ville ouvrière et industrielle, qui tente de renaître de ses cendres, grâce à des gens motivés.
De plus, comme beaucoup de festivals, on tente de travailler avec les acteurs locaux pour en faire profiter le plus grand nombre. Denain est une petite ville de province au climat parfois sombre et grisâtre, mais ses habitants y ont bon cœur, et les initiatives y sont encouragées !


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3/A-t-il été facile d’obtenir le droit d’organiser un festival de metal extrême dans un lieu aussi atypique ? Avez-vous rencontré certaines difficultés, voire de franches oppositions ?

Effectivement, c’est un lieu totalement atypique pour du metal. Le Théâtre Municipal de Denain est un monument historique classé au patrimoine français depuis 2000. Il a été construit en 1912 et sa salle, une des plus belles du pays, est dotée de surcroît de l’une des meilleures acoustiques de France.
Denain (et le Valenciennois) ne possède pas de réelle salle de concert, et la confiance que la ville de Denain nous a accordé pendant les Metallurgicales, et dont nous avons su tirer parti en étant très sérieux, a ensuite permis l’organisation du premier acte d’In Theatrum Denonium en 2016, dans ce lieu majestueux.
Nous n’avons pas eu de franche opposition au projet qui était plutôt bien ficelé grâce à plusieurs mois de réflexion. Il y a eu des doutes certes, mais qui se sont vite dissipés après la réussite du premier acte.
Cependant, nous ne sommes pas libres de tout faire. Il existe des contraintes techniques, logistiques ou administratives, comme par exemple : protéger le lieu et en particulier la salle de spectacle, ouvrir plus tôt ou fermer plus tard le théâtre qu’à l’accoutumée, retirer les premières rangées de siège pour créer une fosse, aménager un fumoir extérieur, aménager le hall...
Mais globalement, on est très content des relations entre la ville, le théâtre et nous. On se rend compte de notre chance d’avoir un tel lieu pour programmer un festival de musique metal, et on est fier que le projet fonctionne et apporte des bienfaits à la ville.

4/Votre festival est sold-out de plus en plus tôt. Quelles en sont les raisons ? Quelle est la capacité d’accueil du théâtre de Denain ?

Le festival accueille environ six cent personnes, c’est à la fois beaucoup pour un événement metal, mais c’est aussi tout petit  pour un « festival » ! Oui, chaque année nous sommes étonnés de l’engouement qu existe autour de notre événement ! Le public vient de plus en plus loin, cette année nous avons des Anglais, des Allemands, des Italiens, des Marseillais, des Nantais... qui se déplacent juste pour la soirée !
Les raisons sont multiples : il y a le lieu exceptionnel, la programmation pour quatre groupes de haute qualité, le prix de la place 15€ tarif réduit et 20€ plein tarif, le concept inédit. On propose un line up pointu, et on tente chaque année de proposer des groupes rarement ou jamais vus dans le Nord ou en France. Il y aussi le côté humain très fort de notre événement, nous sommes une petite asso de bénévoles, pas une multinationale, ça se ressent au bar par exemple.
On a de nombreuses personnes qui achètent leur place avant même l’annonce du premier groupe. Le public du Nord et de Belgique devient fidèle à notre événement, le bouche à oreille a ensuite fait son chemin jusqu'à Paris...

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5/Quel est votre meilleur souvenir à ce jour concernant le festival ? Votre plus mauvais ?

Pas facile de choisir ! Le plus mauvais souvenir, est d’apprendre le vendredi soir avant le festival, que l’avion de Furia ( Polonais ) n’a pas décollé à cause d’une tempête de neige (heureusement, ils ont pu faire le voyage quelques heures après) et que le matin, c’est le bus de SepticFlesh qui a été coincé plusieurs heures en Suisse à la douane.
Le meilleur souvenir a été de se dire à la fin de chaque édition, que le festival a été une réussite humaine, artistique… Le sentiment du travail bien fait à notre échelle ! Et de l’avoir fait avec passion et envie.

6/Votre festival est très typé black metal (mais pas seulement). Qui se charge de la programmation ? Quelles sont les formations que vous adoreriez voir apparaître sur une prochaine édition d'In Theatrum Denonium ?

Effectivement, mélanger le raffinement du théâtre et l'obscurité de ce style de musique nous a paru être un mélange parfait pour ce festival. C’est avant tout Fred et moi ( Clément ) qui travaillons sur la programmation, mais les choix sont validés et portés par l’asso entière. On partage nos possibilités avec le reste de l’équipe afin de recueillir leurs avis. 
Vu qu’on ne propose que quatre groupes par an, cela nous laisse encore pas mal de possibilités de groupes, je pourrais t’en citer des centaines ! Mais à titre perso, si je pouvais voir Ulver ou Satyricon se produire sur les planches du théâtre, ce serait une belle récompense !
Le concept In Theatrum Denonium est pour le moment axé plutôt sur le black, le post, le doom metal mais pourquoi pas imaginer un jour, y voir des groupes aux styles adjacents comme Sólstafir, ou des groupes plus symphoniques, plus mélodiques…


7/Comment une association comme la vôtre parvient-elle à organiser un tel événement ? Avez-vous déjà rencontré des difficultés, notamment financières ? Pouvez-vous nous expliquer comment se monte un tel projet ?

Tout d’abord, il faut savoir qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus de festivals ! Il faut donc savoir tirer son épingle du jeu, rendre l’événement unique pour attirer le public. Le public est demandeur de projet atypique. Perso, j’aime bien voir autre chose que les grosses machines du style Graspop, MainSquare, Download… Ok, ces fests-là sont bien organisés, c’est très pro, mais c’est aussi très impersonnel, ils se ressemblent tous plus ou moins, c’est très grand et très coûteux… De plus, l’été il y a énormément de festivals, la concurrence doit être rude !
Nous on a choisi d'être plutôt un WinterFest qu’un Summerfest ! Les Nordistes sont habitués ! C’est plein de petits détails comme celui-là qui permettent de construire un festival inhabituel.

Après effectivement, cela passe par le financement, il faut donc sortir sa plus belle plume et convaincre des mécènes ou administrations que votre projet tient la route. C’est pas mal de relationnel, de contacts et d’échanges, surtout beaucoup de sérieux à démontrer pour convaincre,

Organiser un concert ou un festival ce n’est pas simple aujourd’hui, notamment dans ce contexte de sécurité. J’ai découvert cela petit à petit. Cela peut parfois te rebuter car il y a de la paperasse à fournir ! Mais le résultat en vaut la chandelle.


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8/Quels liens entreteniez-vous avec l’ancien maire de votre commune, Patrick Roy ? Est-il envisageable de voir renaître un jour les Metallurgicales ?

Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Patrick Roy. Mais certains membres de l’asso l’ont connu personnellement, c’était un ami à eux, et ils le rencontraient très souvent en ville. C’est une personne qui a marqué leurs esprits humainement parlant. On essaye de faire perdurer le metal à Denain.
Pour les Metallurgicales, je ne sais pas si ça sera possible de les faire renaître, car le concept de base des Metallurgicales est difficilement envisageable aujourd’hui. Il s’agissait d’un très gros festival en juin, avec des groupes majeurs venant de différents styles de metal, ce qui nécessitait un budget important, qui plus est, proche de la Belgique… C’est donc aujourd’hui compliqué d’imaginer une renaissance, a fortiori sans des ressources très importantes, afin de refaire décoller le projet, et surtout ne pas déshonorer la mémoire, ou trahir l’objectif de son créateur.


9/Quels sont vos projets dans un futur proche ?

Il nous reste un mois et quelques pour finaliser l’organisation de l’acte IV ! C’est déjà un beau projet !
Mais, il est vrai que l’on réfléchit à organiser peut être un autre concert dans l’année, toujours dans ce théâtre, un projet qui pourrait être un peu plus simple.


10/L’année 2018 vient de se clore. Quels sont les disques et concerts les plus marquants de cette année passée ? Quels sont vos attentes en la matière pour 2019 ?

Dans les albums de 2018, je dirai le dernier Bloodbath, The Arrow Of Satan Is Drawn, le Zeal & ArdorStranger Fruit, le dernier Turbonegro, RockNRoll Machine.
Niveau concert, je retiendrai Goblin et Emperor au Netherlands Deathfest et Furia à Roubaix.


11/Quels rapports entretenez-vous avec les autres associations organisant des festivals metal dans la région ?

Les rapports sont bons, il y a une bonne dynamique dans le Nord et en Belgique. Je crois que chaque festival/association de la région a su trouver son créneau avec des dates assez espacées, des programmations différentes, sans se marcher sur les pieds. Je pense au Tyrant Fest, au Betiz Fest, au Rock In Bourlon, au Dreamer Fest, au Raismes Fest, au Chaulnes Metal Fest … C’est aussi grâce aux associations que le festival est complet : les webzines, les radios, les fanzines ont permis de promouvoir le fest grâce à leurs lives reports, photos, leurs partages...

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12/Je vous laisse le mot de la fin

Encore merci aux Éternels pour cette interview, j’espère que cela va éclairer nos festivaliers ou donner envie à tes lecteurs de découvrir notre festival. Comme dit avant, c’est aussi grâce aux webzines/médias que le festival a pu se développer. Donc, n’hésitez pas à soutenir le milieu local afin d’avoir toujours plus de beaux projets HEAVY METALLLL dans vos régions.
Vous pouvez retrouver toutes les informations sur notre page Facebook et site web. Rendez vous le 2 mars au Théâtre !



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