CHRONIQUE PAR ...

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Barbapopo
le 10 novembre 2008




SETLIST

Everything Under the Sun (intro)
Comfortably Dumb
Decadence Dance
Rest in Peace
It’s A Monster
Star
Solo
Tell Me Something I Don’t Know

Medley premier album :
Kid Ego
Little Girls
Teacher’s Pet
Play With Me

Interlude acoustique :
Midnight Express
More Than Words

Ghost
Cupid’s Dead
Take Us Alive
Flight of the Wounded Bumblebee
Get the Funk Out

Rappels :
Am I Ever Gonna Change ?
Hole Hearted

Mutha

AFFILIÉ

Extreme
Hellfest (Clisson)
(21 juin 2014)

04 novembre 2008 - Paris - Elysée Montmartre


Extreme_Paris_-_Elysee_Montmartre_20081104

Extreme [glamuz] : n.m. Groupe américain de funk-rock-metal ayant officié de 85 à 96.
A produit deux chefs d’œuvre immémoriaux ; s’est éteint sous la vague grunge-alterno ; possède le plus grand guitariste de l’univers en la personne de Nuno ; effectue, en 2008, un retour fracassant avec Saudades de Rock (chronique ici).


Automne 2008. Elles semblent loin, les années spandex, les choucroutes peroxydées, les tiags sur les moule-burnes et les vestes en cuir badgées. Loin ? Ce n’est pas l’avis de tout le monde, à commencer par les hard-rockers sympatoches de Voodoo Six venus défendre leur First Hit For Free (chronique ici)et dont le set honnête sert d’entame aux festivités. On fermera les yeux sur quelques braillades heavy bien lourdingues, et sur une « power-ballade » que même Whitesnake aurait jouée masqués, pour retenir une bonne pile de riffs, un allant certain, et les soli ultra-fluides de leur branleur en titre (mix improbable de Dimebag Darrell et de Dave Murray.) Bonne première partie, donc – qui, une fois les lumières rallumées, nous laissera suffisamment moites pour accueillir la bande de Boston.

Bien vite, cependant, le noir retombe : les violons de "Everything Under the Sun" (pièce pop-prog d’un quart d’heure concluant l’immense III Sides de 92) se mêlent aux bruits de la foule, remplissent la salle, redoublent d’intensité sous les cris et les sifflets… 92, vous avez dit ? Ce concert, après treize ans d’absence, serait donc placé sous le signe du bilan de carrière et de la nostalgie ? « Que nenni » nous nie Nuno : trois accords de plomb, une montée de caisse claire de l’excellent Kevin Figueirido – et pan ! le tout récent "Comfortably Dumb" nous déboule direct sur le paletot ! Autant dire que ça commence par du lourd, et Gary Cherone – tout en lunettes noires et mèches décolorées – ne s’y trompe pas : inimitable, sémillant, impeccable de punch et de talent, l’homme se met à rouler du cul comme jamais, frétille d’un bout à l’autre de la scène, pétrit l’air de ses beaux bras musculeux (hmm…), et, surtout : chante comme un Dieu. Oh oui. Mes aïeux : quelle force de la nature que cet homme-là ! Une véritable bête de vocalises, capable d’aligner le swing, l’intensité, puis la puissance brute, sans défaillir un seul instant… La température monte donc de dix degrés sur "Decadence Dance" (le burner de Pornograffitti), culmine avec le single "Rest In Peace" – mais la véritable incandescence se déclare avec "It’s a Monster", dont le riff en capitolade laissera l’Elysée proprement carbonisée.

Il faut dire : si Pat Badger assure à la basse, si le nouveau batteur est plus Bonhamesque que jamais, le maître de cérémonie reste bel et bien notre inénarrable Nuno. Guitariste ultime, il éclaboussera tout le concert de sa classe, de sa bonne humeur (« Pawlez-vous fwançais ? » annonna Nuno nonobstant son accent), et d’une désinvolture tout bonnement miraculeuse – il ne regarde donc jamais son manche, cet homme-là ? Plus que tout : en live comme sur album, on reste assommé par le foisonnement, par l’évidence gracieuse de son jeu coloré. Friture funk sur zest de shred (l’hallucinant medley du premier album, dont "Play With Me" constituera l’apothéose), solis limpides, liquides et ludiques (il se fendra d’un petit "Flight of the Wounded Bumblebee" entre deux blaguounettes – clown inné, Nuno !), guitare sèche caressée, frappée, désaccordée, slappée puis shreddée ("Midnight Express", forcément – suivi d’un superbe interlude acoustique), cocottes atmosphériques, arabesques avec delay sur "Tell Me Something I Don’t Know" – bref, vous avez saisi le topo ? Et encore : je n’ai pas parlé des riffs groovisant de "Cupid’s Dead" – où, rien que sur l’intro (et à l’idée de se manger l’un des breaks instrumentaux les plus fabuleux de l’histoire du rock) la moitié de la foule a mouillé son pantalon. Je n’ai rien dit non plus sur les arpèges de "Hole-Hearted", ou les saccades d’un "Mutha" sauce punk en guise de long rappel ; non, tout cela, comme on dit, il fallait le voir pour le croire… Je ne saurais pourtant terminer sans un mot sur le jubilatoire "Take Us Alive", avec sa pantalonnade countrysante et, last but not least, la plus belle image que j’emporterai de ce concert : un Gary Cherone à cheval sur l’ampli de basse, en pleine séance de rodéo – tandis que, torse nu, ni neuneu ni nan-nan, Nuno nous nourrit d’un inoubliable solo…


Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel y seront donc passées. L’Elysée-Montmartre a vibré, groové, bougé du popotin, levé les briquets… Plein la poire, plein les yeux : le nouvel Extreme est donc là, et bien là. Peut-être un peu moins gracile, peut-être un peu plus vieux ; il est pourtant comme ces visages où le charme se précise avec l’âge. Car, dépouillé de ses oripeaux glam et d’une production datée, le groupe apparaît aujourd’hui pour ce qu’il a (presque) toujours été : la synthèse parfaite de Queen, de Trapeze et d’un Led Zeppelin survitaminé.



Crédit photos : Vazzz


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