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CHRONIQUE PAR ...

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Dupinguez
Cette chronique a été mise en ligne le 27 octobre 2007
Sa note : 17/20

LINE UP

-Andre Matos
(chant+claviers)

-Hugo Mariutti
(guitare)

-Luis Mariutti
(basse)

-Ricardo Confessori
(batterie)

TRACKLIST

1)Ancient Winds
2)Here I Am
3)Distant Thunder
4)For Tomorrow
5)Time Will Come
6)Over Your Head
7)Fairy Tales
8)Blind Spell
9)Ritual
10)Pride


DISCOGRAPHIE

Ritual (2002)
Ritualive (CD+DVD) (2004)
Reason (2005)

Shaaman - Ritual
(2002) - metal symphonique - Label : NTS



Ah, le passé. Cette magnifique créature qui nous fait souffrir car on ne peut que la contempler sans jamais y poser les mains. Et lorsque l’on est amateur de heavy mélodique, que de regret l’on peut avoir en y replongeant. A croire qu’une maladie nommée split a décidé de frapper les grands du genre. Dans le genre énorme espoir tué dans l’œuf, Helloween avait tracé la voie, suivi de près par Iron Maiden dans la catégorie mastodonte. Le style avait perduré par quelques combos jusque la première moitié des années 90. Puis voilà que débarque une formation hors du commun venue de là où on ne l’attendait pas : le Brésil. Et l’histoire allait se répéter… Trois albums, autant de tueries, un succès croissant, un genre renaissant. Puis le split. Les raisons? Peu importe. Et comme son nom l’indique, un split donne souvent lieu à deux nouvelles formations. Celle du front man André Matos, qui a emmené dans son navire le bassiste Luis Mariuti et le batteur Ricardo Confessori se nommera Shaaman et nous offre ici l’offrande du renouveau : Ritual.

Et alors que les autres brésiliens qui nous intéressent ont sorti un Rebirth au titre évocateur, mais dont la magie que l’on pouvait trouver dans un Holy Land à laissé place à heavy symphonique de très bonne facture, mais bien trop teuton, l’heure est à toutes les comparaisons et autres rivalités. Andre Matos versus Edu Falaschi, Ritual versus Rebirth, Shaaman versus Angra. Bien difficile d’éviter ces facilités, alors plongeons-y avec plaisir. Et l’arrivée d’un petit nouveau à la 6 cordes, Hugo Mariutti, ne fait qu’attiser l’excitation. Autant dire que les 4 sud-américains sont attendus au tournant. Mais trêve de bavardages, voyons plutôt ce que cet album à dans le ventre. En l’occurrence, 10 titres dont une intro. Comparaison dites-vous? Précisément: comme sur son homologue en R. Mais cette introduction là n’est pas tout à fait comme les autres, et ne peut en fait pas vraiment être qualifiée comme telle, puisqu'avec plus de trois minutes au compteur, elle se suffit à elle-même pour nous emmener directement dans ce nouvel univers où la joie et l’innocence passées se sont entichées d’une pointe de mélancolie. Et l’on peut dire que le sieur Matos n’a pas laissé son sens de la composition au placard. Ces trois minutes là veulent dire «fermez les yeux, le voyage va commencer». Derrière ça, un bon gros riff ne peut pas faire de mal. C’est "Here I Am" qui s’y colle, en guise de bon vieux titre speed, avec passage instrumental et tout l’attirail classique. Comment ça, attirail classique? Mais si, ça ne vous rappelle pas quelque chose? Voilà, vous y êtes.

Ce qui est bien avec les chanteurs d’exception, c’est qu’ils sont justement exceptionnels. Et ce qui est bien avec André Matos, c’est qu’il en fait partie. Alors voilà : le bonhomme à décidé de changer de style. Et le plus déprimant dans tout ça, c’est qu’il peut se le permettre. N’ayant plus rien à prouver dans le chant mélodique suraigu, il décide de s’attaquer au mélodique agressif (mais quand même suraigu, ce serait trop facile). On en avait eu un aperçu dans le Avantasia de son pote Tobias Sammett, et la confirmation nous éclate à la figure : c’est parfait. Et il peut bien évidemment passer d’un registre à l’autre sans sourciller. C’en est presque lassant de n’avoir aucun défaut à lui trouver, alors passons à autre chose. Le nouveau guitariste par exemple. Et bien dommage, c’est un tueur lui aussi. Sans égaler la technicité de ce bon vieux Kiko (oui, une comparaison, ça faisait longtemps), il est très bon soliste et assure à merveille à son poste. Par contre, les passages à deux guitares sont nombreux. Vieux tics de composition? Avec 3 membres sur quatre venant d’une formation dont le nom ne sera pas cité et qui comportait deux guitaristes, on pouvait s’y attendre. D’ailleurs, à l’exception de l’introduction, le groupe entier est crédité à la composition, sans doute dans le but de montrer une certaine unité. Certains y voient même une petite pique innocente. Non, tout de même… Et, puisque c’est en feuilletant le livret que l’on trouvera cette information, on remarque aussi la présence de nombreux guests : Sascha Paeth le temps d’un solo, Tobias Sammet himself, et quelques instrumentistes.

Parlons donc un peu musique, puisque c’est tout de même ça qui nous intéresse. Et puis pendant que l’on y est, profitons-en pour refaire quelques comparaisons, ça faisait longtemps. Alors que sur un certain Rebirth, le tempo a été sensiblement accéléré et que les influences brésiliennes ont été quelque peu rangées au placard, on évolue ici en terrain connu grâce à une recette qui a fait ses preuves : du heavy symphonique agrémenté de quelques touches tribales. Et, bien évidemment, tout cela est de très haute volée. La très belle "Fairy Tale", modèle de douceur maîtrisée couplée avec une sorte de rage du désespoir, portée par une mélodie vocale qui prend tour à tour un habit sombre et profond pour laisser place à une envolée lyrique sur des chœurs féminins de toute beauté, en est l'exemple parfait. Parfois même, on a l’impression de retrouver ce charme typiquement sud-américain au détour d’une percussion ou d’un violon qui nous rappellent le meilleur, ce meilleur que l’on ne reverra sans doute jamais. Toucher la grâce, voilà comment cela s’appelle. La variété est au rendez-vous, et pas un titre ne pêche, pas une note n’est en dessous des autres. Il manque peut être un titre phare, juste un, une figure de proue qui porterait cet album vers des sommets que peu de groupes ont jamais atteints. Une référence quelconque dans la phrase précédente serait d’ailleurs purement fortuite.


Et comme une sorte de défi, ce Ritual se termine par un duo complètement débridé entre Matos et Sammet, où les deux hommes ont simplement décidé de se faire plaisir. Et du plaisir, vous en aurez à l’écoute de cet essai définitivement transformé. Que dire, si ce n‘est d‘en profiter, car la suite ne sera pas du même acabit. D’ailleurs, il n’y aurait pas eut un split dans tout ça depuis le temps?


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