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CHRONIQUE PAR ...

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Joe Le Hareng
Cette chronique a été mise en ligne le 30 novembre 2007
Sa note : 18/20

LINE UP

-Gary Cherone
(chant)

-Nuno Bettencourt
(guitare+claviers)

-Pat Badger
(basse)

-Paul Geary
(batterie)

TRACKLIST

1)Decadence Dance
2)Li'l Jack Horny
3)When I'm President
4)Get The Funk Out
5)More Than Words
6)Homey (In God We Trust)
7)It('s A Monster)
8)Pornograffitti
9)When I First Kissed You
10)Suzie (Wants Her All Day What?)
11)He Man Woman Hater
12)Song For Love
13)Hole Hearted

DISCOGRAPHIE


Extreme - Extreme II : Pornograffitti
(1990) - fusion - Label : A&M




Aux débuts des années 90, le heavy metal et le hard rock commencent à s’essouffler et la musique technique n’a plus le vent en poupe. Les oreilles commencent à se tourner vers des groupes au son plus dépouillé tels Sonic Youth ou Soundgarden. Pourtant, en 1990, un groupe américain, emmené par un guitariste virtuose du nom de Nuno Bettencourt, va connaître un succès éphémère mais bien réel avec son deuxième album Extreme II : Pornograffitti.


Extreme, c’est avant tout Nuno Bettencourt : un guitar-hero à la gueule d’ange, fan d’Eddie Van Halen et capable, comme lui, de descendre des gammes à la vitesse grand V. Seulement, à la différence de bon nombre de shredders, Nuno a un groove monstrueux qui transcende sa technique impeccable et son sens de l’écriture époustouflant. Chaque riff ou solo sorti de sa six-cordes devient monumental et le savant mélange métal/funk s’opère à la perfection sous ses doigts. Mais attention, ce n’est pas un énième album de dégringolade de manche où le guitariste fait étalage de sa virtuosité car le bonhomme est solidement épaulé par un « vrai » groupe et des compositions à la hauteur de son talent. Le bassiste délivre des lignes sans fioritures sur lesquelles viennent s’appuyer les riffs démoniaques (agrémentés ça et là de petits gimmicks bien sentis) du gars Nuno et le chant de Gary Cherone. Le batteur, sans être un virtuose, donne à l’ensemble une solide base rythmique grâce à des parties bien carrées. L’ensemble est saupoudré de cuivres bien sentis qui rajoutent au côté résolument funky de l’album.

Le point fort de l’opus, au-delà de l’exécution parfaite des musiciens, réside dans la qualité des compositions. Passée la première impression de déjà-entendu, conférée par la production très rock US des nineties et la voix Steventylerienne de Cherone, il reste des chansons bien calibrées et très accrocheuses. Les riffs, empruntant à la fois au funk, au blues et au métal, sont tantôt complexes, tantôt simplistes mais toujours extrêmement groovy, à tel point qu’il devient impossible de ne pas taper du pied ou branler du chef en mesure. Les lignes de chant des couplets collent parfaitement à la musique et débouchent sur des refrains particulièrement bien sentis, vous incitant même à pousser de la voix pour accompagner les musiciens. Apothéoses des morceaux, les soli, bien qu’extrêmement techniques, ne tombent jamais dans la démonstration de vélocité tant Bettencourt possède un don de composition indéniable et un feeling inégalable. Dernier point à ajouter au crédit de l’album, la relative longueur des titres (oscillants entre 4 et 6 minutes) ne se fait jamais ressentir tant l’écoute est agréable et ludique : les musiciens se font clairement plaisir et communiquent ce plaisir à l’auditeur tout au long de l’écoute.

Après une minute et demi de bruits divers (envolée de piano, pluie,…) la première bombe de l’album déboule en la personne de "Decadence Dance". Riff implacable, refrain catchy, fausses fins qui ne sont que prétextes à des redémarrages jouissifs, le ton est donné. S’ensuit un déferlement de titres tubesques : "When I’m President", "Get The Funk Out" (et son refrain obsédant), "Money (In God We Trust)" ou encore "It('s A Monster)". Cet enchaînement de bombes funky est tout de même entrecoupé de ballades plus ou moins réussies ("More Than Words" pour le côté réussi, "When I First Kissed You" et "A Song For Love" restant un ton en dessous par leur manque d’émotion et d’originalité). Mention spéciale à "He Man Woman Hater" avec son intro/solo mythique (bien que pénible au fil des écoutes) et son riff qui balaye tout sur son passage ainsi qu’à "Pornograffitti" qui, à l’instar de l’album, brille par son riff génialissime, son refrain repris en chœur par les musiciens et un break funk exécuté de main de maître. Pour terminer sur la bonne bouche, les Américains balancent un petit blues-rock acoustique exécuté à la 12-cordes ("Hole Hearted") qui vous laissera avec un petit sourire de satisfaction aux lèvres, avide de réécouter l’intégralité de l’opus.


Vous l’aurez compris, Pornograffitti est un excellent album servi par un aréopage de musiciens ayant le groove dans la peau et qui vous offrent (à deux exceptions près) un florilège de titres de première qualité. Il reviendra régulièrement trôner dans votre platine, tant l’écouter est un pur plaisir. Cet album devrait être remboursé par la Sécu.


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