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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 14 mars 2022
Sa note : 16/20

LINE UP

-Pasi Antero Koskinen
(chant)

-Esa Holopainen
(guitare)

-Tomi Koivusaari
(guitare+sitar)

-Olli-Pekka Laine
(basse)

-Pekka Kasari
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Santeri Kyösti Kallio
(claviers)

-Jyrki Sakari Kukko
(saxophone sur "Nightfall" et "Tuonela"+flûte sur "Rusty Moon")

TRACKLIST

1) The Way
2) Morning Star
3) Nightfall
4) Tuonela
5) Greed
6) Divinity
7) Shining
8) Withered
9) Rusty Moon
10) Summer's End

DISCOGRAPHIE


Amorphis - Tuonela



Il arrive parfois que l'on prenne de bonnes mauvaises décisions. C'est ainsi en tout cas que les membres d'Amorphis justifient l'orientation prise sur Tuonela, leur quatrième LP :« changer notre style musical de façon aussi radicale n'était peut-être pas la meilleure chose à faire et ceux qui nous appréciaient jusque là ont dû être sacrément déboussolés. Mais pour nous, c'était la voie qu'il fallait prendre pour pouvoir continuer à jouer ensemble ». Perdre gros pour survivre, telle serait la philosophie à l'origine de la tonalité surprenante de Tuonela qui mérite davantage que le statut vaguement méprisant d'album de transition.

De prime abord, la « transition » est plutôt abrupte. Alors que la formation de Helsinki officiait dans un death metal mid voire down tempo dominé par un chant guttural, elle laisse entendre une musique plus enlevée dès l'ouverture sur "The Way" qui démarre par un égrenage cristallin faisant songer à celui de "Run Like Hell" de Pink Floyd. Un solo de synthés planant et des vocalises insistantes en chant clair renforcent l'atmosphère seventies plutôt chaleureuse qui nimbe ce morceau, ainsi que tous les autres. Néanmoins, la coloration épique de la montée en puissance est habituelle chez Amorphis, de même que l'utilisation généreuse des claviers. La désorientation n'est donc pas totale, le groupe disposant même une balise rassurante, "Greed", aux accords d'une lourdeur typiquement doom metal dominés par des growls majoritaires, les seuls audibles sur l'enregistrement. Amorcé par un intrigant thème oriental exécuté à la sitar, ce très bon titre dynamisé par une judicieuse accélération finale est le seul à rappeler Tales from the Thousand Lakes (1994), le deuxième long jeu qui assura la renommée d'Amorphis au sein de la communauté du metal extrême-mais-pas-trop, en dépit des sonorités d'un orgue vintage, le piano plus connoté gothique ayant quasiment disparu.
Pour le reste, Pasi Koskinen délaisse les grondements de gros nounours qu'il distillait à grande louche sur Elegy (1996), la réalisation précédente qui avait marqué son entrée dans la troupe finlandaise. Son timbre nasillard, s'il est tout à fait supportable, se révèle toutefois peu gracieux lorsqu'il tient les notes, accentuant la baisse d'inspiration relative mais décelable sur l'enchaînement "Divinity"- "Shining", par exemple. Heureusement les bonnes idées ne manquent pas sur Tuonela, « royaume des morts » d'un effroi mesuré s'il l'on se fie au saxophone de la chanson-titre, aux accents psyché de "Morning Star" ou à la mélancolie poignante du final "Summer's End". Alors oui, le saxophone. Manié d'élégante manière par Jyrki Sakari Kukko, également flûtiste déchaîné sur le bucolique "Rusty Moon", ses interventions limitées à deux pistes donnent d'autant plus de cachet à "Nightfall", cavalcade enfiévrée vers les horizons narrés dans le Kalevala, la « saga » finlandaise.
Les gaillards d'Amorphis ne sont pas devenus jazzmen pour autant et équilibrent ces arrangements légers en chargeant les guitares, pas aussi empesées qu'à l'époque du primitif The Karelian Isthmus (1992), mais plus heavy que sur Elegy dont le tube folk "My Kantele" ne trouve pas d'écho sur Tuonela. En revanche celui-ci est bonifié par la symbiose étonnante opérée sur "Withered", épopée de poche amorcée dans un climat dépaysant qui relève à la fois de la quête spatiale et d'une course dans les brumes. Le riff ensorcelant n'a de rival que l'intensité des couplets, dans un esprit stoner où l'epicness l'aurait emporté sur l'hébétude. Une délectable curiosité.


En misant plus que jamais sur la mélodie tout en abandonnant ses derniers oripeaux death metal – à une délicieuse exception près – Amorphis invite sur Tuonela à un voyage riche en émotions qui l'éloigne de ses âpres terres d'origine. Doté d'une production équilibrée et porté de bout en bout par un souffle épique, le recueil ne constitue pas une révolution totale – les guitares sont toujours présentes malgré leurs tendances à folâtrer dans des contrées cosmiques. Tout n'est sans doute pas parfait dans cette œuvre étrange entre tendance rétro et incontestables prises de risque mais les fulgurances sont suffisamment nombreuses pour que l'enthousiasme l'emporte. Sur le plan artistique, Tuonela valide amplement la décision prise par Amorphis d'opérer un tournant dans sa carrière encore jeune.



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