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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 19 mars 2010
Sa note : 12/20

LINE UP

-Elizabeth Vásquez
(chant)

-Erick Avila
(guitare)

-Gabriel Hidalgo
(guitare)

-Mauricio Nader
(basse)

-Pablo Stagnaro
(batterie)

TRACKLIST

1)Run
2)Animal
3)Behind the Sorrow
4)Lies and Rules
5)Hands of Time
6)All My Dreams
7)They
8)No Time to Grieve
9)It's Not the Way
10)I Remember

DISCOGRAPHIE


Six Magics - Behind The Sorrow
(2010) - heavy metal - Label : Coroner Records



« Ok, les gars...bon, malgré une couverture super moche – ouais, là vous aviez déconné, franchement – votre album Secrets Of An Island était très bon*, mais vraiment… ce n’était pas vendeur. Du piano partout, des chœurs, des compositions complexes…c’était très ambitieux, très réussi, mais le public Chilien – et les autres - n’étaient pas près à ça. Et puis bon, la complexité de vos compositions avec une production un peu désuète, ça n’a pas aidé. Oui, je sais, vous n’aviez pas beaucoup de moyen, je peux comprendre. Les gars, moi je veux bien vous filer des bouzoufs pour votre nouvel album, mais va falloir corriger des trucs, là. »

« Déjà, terminé le côté super épique, avec des riffs à cent à l’heure, des breaks partout et tout le tremblement : va falloir simplifier tout ça. Plus de structures alambiquées, de chansons de onze minutes, de rappels de thèmes et de grandes fresques. Et puis finis les concepts albums, hein, les gens n’y pigent jamais rien. Allez, commencez par le virer ce claviériste, on mettra des samples ou on mettra un musicien de studio, on lui filera trois notes à jouer, et vous verrez que d’un seul coup on y verra plus clair. Ne vous inquiétez pas, il n’apparaîtra pas au line up, ça vous fera plus de royalties à chacun. De même, exit les flutes et autres originalités de Secrets Of An Island. Ah oui, et puis… hum… les gars, ça ne vous dit pas de prendre une chanteuse ? Non mais écoutez, quoi, c’est super à la mode, les chanteuses ! Ça plait aux mecs, et franchement, ceux qui écoutent du metal, c’est 95% de mec, non ? Ah ! Vous voyez, c’est imparable. Et puis de toute façon, vous voulez faire de l’argent, ou de la bonne musique ? Hein, soyons sérieux deux minutes. Donc voila, je vous présente Elizabeth Vásquez : elle est jolie, elle chante très bien, et vous allez voir, sur scène, ça attire le regard et du coup les gens sont moins exigeants sur ce qu’ils entendent. »

« Oh, pas de panique non plus, je ne vais pas faire de vous un groupe de gothique. Restez heavy, mais pas plus loin. Un peu de double de temps à autre, mais j’ai été clair : fini le côté épique, cavalcade, et tout. On va vous concocter une bonne grosse production, avec un vrai ingé-son qui sait y faire au niveau son de guitares et qui va vous mitonner une batterie bien puissante, et vous allez me faire des compositions aérées, dépouillées, avec des riffs simples voire simplistes, et tant pis si ça a déjà été entendu vingt-cinq fois. C’est vendeur, les gars ! Vivez avec votre époque, un peu, sinon on va encore s’imaginer que nous, au Chili, on a tout juste l’eau chaude ! Après, libre à vous de durcir un peu le ton, comme sur "Lies and Rules", dont l’intro fait presque death metal... mais pas trop souvent. Il vaut mieux des mélodies niaises et catchy comme sur "Hands of Time" ou "Behind the Sorrow". Les refrains les plus simples sont les meilleurs, et franchement, quand vous verrez le public les reprendre en chœur, vous vous direz que j’avais bien raison et vous me remercierez. »

« Après, rien ne vous empêche de vous sortir les doigts du… euh… de là où vous les avez mis et de pondre des bons titres, comme "Run", classique mais efficace ou "No Time to Grieve", avec son rythme binaire Rammsteinien et son très bon solo, ou encore le plus sombre et lent "They", qui met bien en valeur la belle voix d’Elizabeth. Libre à vous, tant que vous ne retombez pas dans vos recettes d’il y a quelques années. Tiens, tant qu’à faire, vous auriez presque pu changer de nom, mais bah… Six Magics, ça sonne bien. C’est vendeur. Accrocheur. Allez, on garde, même si finalement, le groupe n’a plus rien à voir, musicalement parlant, avec votre album précédent. Ah, important : n’oubliez pas de glisser quand même un titre plus hard/pop, histoire qu’on puisse vous diffuser à la radio. "It’s Not the Way" est pas mal, je pense. Ça fait penser à du Bon Jovi ou à du Def Leppard, avec grosses lignes vocales prévisibles, claviers éthérés et guitare en power chord. Oui, d’accord, c’est un peu minable, mais c’est pour votre bien. Insistez bien sur les refrains surtout : on pourra mettre des chœurs, si vous voulez, histoire que les gens comprennent bien que c’est le refrain (de toutes façons, vu que les structures des titres vont être très classiques, il ne devrait pas y avoir de problème à ce niveau-là). Oui, comme celui de "All My Dreams", bravo ! »


« Vous voyez, ça n’était quand même pas si dur ? Et puis bon, le fait que Behind The Sorrow soit une réédition d’Animals, sorti confidentiellement il y a deux ans et quasiment pas distribué, personne ne s’en rendra compte. Maintenant que c’est nous votre label, on repart dans la promo, on a changé le titre de l’album, l’ordre de la tracklist et la cover, et puis voila : vous êtes fin prêts à conquérir le monde. Vous allez voir qu’un album pas terrible mais bien adapté à sa cible peut fonctionner du tonnerre : des tas d’autres groupes l’ont montré avant vous. Prêts pour la gloire, mes p’tits loups ? »

*ce bon Lord Henry l'a un peu sous noté. Malgré ses défauts, l'album propose d'excellentes compositions et aurait mérité un petit 14-15/20, à mon avis.


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