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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 18 février 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-David Disanto
(chant+guitare)

-Erik Nelson
(guitare)

-Frank Chin
(basse)

-Blake Anderson
(batterie)

TRACKLIST

1) Cosmic Cortex
2) Echoless Chamber
3) Dying World
4) Tetrastructural Minds
5) Venus Project
6) Dark Creations, Dead Creators
7) Fast Paced Society
8) Outer Isolation

DISCOGRAPHIE


Vektor - Outer Isolation
(2011) - thrash metal techno black prog thrash metal - Label : Heavy Artillery



Après l'extraordinaire Black Future (2009) qui a secoué quelques certitudes routinières en vogue dans le microcosme du metal extrême, c'est peu dire que Vektor est attendu comme le loup au coin du bois à l'heure de délivrer son deuxième album. Oui, perspicace lecteur, cette entrée en matière figure parmi les poncifs les plus éculés en matière de critique musicale mais elle correspond parfaitement à l'état d'esprit de celles et ceux qui ont eu la chance d'être confronté(e)s au coup de maître de l'une des plus grosses sensations du tournant des années 2010. En raison du nombre conséquent de gadins post-chef d'œuvre  – State of Euphoria d'Anthrax, au hasard – l'optimisme se révèle raisonnable et la fébrilité prépondérante avant de subir le nouvel assaut du quatuor thrash de l'Arizona.

La pochette, le logo et les intitulés offrent une première indication plutôt rassurante : Vektor clapote toujours dans une science-fiction vaguement horrifique dont on ne sait trop s'il faut l'apprécier avec le détachement amusé qu'elle tend à susciter. Mieux vaut d'ailleurs surveiller ses sphincters au moment de prendre connaissance des déclarations du collectif selon lesquelles « Vektor [serait] né d’un royaume subspatial après l'implosion de l’univers sous l’effet des actions destructives de la race humaine en l’an 2483 » et « aurait remonté le temps pour transformer le cerveau des humains en bouillie à travers [sa] musique afin de rediriger le flux temporel et redéfinir le passé ». Ça et les libellés improbables comme "Tetrastructural Minds" ou "Deoxyribonucleic Acid" donnent plutôt à penser que les Américains prennent un peu moins au sérieux leur concept futuriste que les vénérables Québécois de Voivod. Ou alors ils sont aussi dingos que leurs compatriotes d'Agent Steel avec lequel il est difficile de ne pas établir de comparaison tant leur source d'inspiration et leur propos musical, un speed metal mené par un chanteur haut perché, sont similaires. Souhaitons juste à David DiSanto de ne pas finir comme son homologue, le complètement barré John Cyriis qui était réellement persuadé que les petits-gris débarqueraient un jour dans son salon.
L'opener confirme le sentiment de continuité procuré par le visuel : "Cosmic Cortex" débute par une mélodie à la fois apaisée et intrigante qui rappelle le monumental "Forests of Legend" sur Black Future. Un motif mid tempo très slayerien époque Hell Awaits assure la transition avec un riff hyper rapide surmonté d'un terrible hurlement suraigu. Pas de doute, on est bien chez les mabouls virtuoses de Vektor, ils n'ont pas changé d'adresse. La suite se partage entre très bons soli, vocalises à faire péter le cristal et tempos infernaux. Les dix minutes passent très vite – il s'agit de la seule piste atteignant cette durée, en contraste avec ce qui prévalait sur la réalisation précédente aux mensurations plus généreuses. En déduire une baisse d'inspiration chez le quartet de Tempe s'apparenterait à une facilité que la qualité d'ensemble, équivalente à celle de Black Future, infirme rapidement. Vektor cultive son style singulier et puise dans les mêmes sources : rock progressif des seventies, speed metal et techno thrash des eighties, black metal des nineties. Cette fois encore, le résultat est confondant de maîtrise alors même que les morceaux aux multiples rebondissements s'abandonnent dans des accès de furie proprement effrayants, à l'image de "Dying World" dont les guitares en mode mitraillette et les vocaux déchiquetés évoquent une version plausible d'un monde définitivement intoxiqué. Le tout servi, à l'instar de Black Future, par une production habilement équilibrée entre une indispensable clarté compte tenu du nombre considérable de notes à la seconde et l'abrasivité qui sied aux ambiances menaçantes.
Quant au chant, la grande affaire du groupe, il s'est encore amélioré. Aussi clivant que celui de Véronique Sanson – si on n'aime pas, il est conseillé de passer à autre chose – celui-ci se fait encore plus strident, plus hystérique, plus vitrifiant. Sur le susnommé "Tetrastructural Minds", appelé à devenir un classique du répertoire vektorien, on se dit que les hululements ultra-soniques qui lancent idéalement les réjouissantes séquences d'accélération ne sauraient provenir d'une gorge humaine. Ni de quoi que ce soit d'autre en rapport avec notre planète. Lovecraft peut être fier là où il est : ses créatures démentes ont enfin trouvé un héraut digne de clamer leurs louanges. La performance de David DiSanto est d'autant plus délectable qu'il concède lui-même ne pas savoir combien de temps encore il pourra forcer à ce point sur ses cordes vocales dont la radioscopie effraierait sans doute le plus chevronné des ORL. Alors profitons de ses imprécations possédées en espérant qu'il ne connaisse pas le sort de Tony Portaro, le hurleur de Whiplash, qui après s'être détruit le larynx sur les deux premiers LP de son gang très doué pour le sprint céda sa place au micro avant de le reprendre quelques années plus tard dans un registre que n'aurait même pas envié un poussin asthmatique. Sur "Fast Paced Society" - dont les circonvolutions rappellent le meilleur de Mekong Delta - on notera cependant un passage (un seul !) sur lequel la tessiture s'engage dans une tonalité plus grave – l'extrait est toutefois trop court pour pouvoir y déceler un signe avant-coureur de ce que sera le chant sur les prochains enregistrements de Vektor. Qu'on se rassure, néanmoins : ce n'est pas demain la veille que celui-ci se prêtera à une comparaison avec celui de Frank Mullen.


Bardé de titres brillants, Outer Isolation confirme en tout point les remarquables dispositions dont faisaient preuve les membres de Vektor sur leur précédent recueil. Si l'effet de surprise ne peut plus être invoqué, l'excellence des compositions et de l'interprétation maintiennent les quatre Américains dans le très haut niveau du metal extrême. La suite – pourvu qu'il y en ait une ! - permettra sans doute de savoir si DiSanto et ses comparses oseront modifier leur formule magique où s'ils sont en passe de devenir les AC/DC du techno speed thrash progressif. Quelque soit la voie empruntée, ils ne pourront qu'engendrer une nouvelle grande œuvre s'ils continuent à faire preuve d'autant d'exigence et de talent.


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