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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 18 février 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-David DiSanto
(chant+guitare)

-Erik Nelson
(guitare)

-Frank Chin
(basse)

-Blake Anderson
(batterie)

TRACKLIST

1) Black Future
2) Oblivion
3) Destroying the Cosmos
4) Forests of Legend
5) Hunger for Violence
6) Deoxyribonucleic Acid
7) Asteroid
8) Dark Nebula
9) Accelerating Universe

DISCOGRAPHIE


Vektor - Black Future
(2009) - thrash metal techno black prog thrash metal - Label : Heavy Artillery



"Accelerating Universe". L'intitulé de l'ultime piste de Black Future, le premier LP officiel de Vektor, décrit parfaitement ce dont il est question sur ce recueil dément : une musique ambitieuse soumise à des variations de tempos hallucinantes dans une ambiance sci-fi que l'on devine dès l'impayable pochette. Alors que tant de leurs confrères se vautrent dans un revival thrash old school désespérant de non-imagination, David DiSanto et son gang réussissent le tour de force de susciter une excitation difficilement contrôlable en adoptant une démarche pourtant similaire : farfouiller dans la malle aux trésors afin d'en extraire les plus beaux joyaux. Cependant, plutôt que les aligner bêtement sur l'établi du garage entre la scie égoïne et de vieux mandrins rouillés, les Arizoniens confectionnent de seyantes parures après avoir pris soin d'en polir chaque brillant.

« Pourquoi eux et pas nous ? » doivent se demander les tâcherons de la nostalgie thrash metal des années quatre-vingts face aux réactions dithyrambiques générées par ces jeunes virtuoses. Parce que « eux » ne se cantonnent pas à un style univoque recyclant les plans les plus rebattus de légendes fatiguées. Il suffit de scruter l'artwork connoté pour s'en rendre compte : plutôt qu'à un énième « photocopilleur » d'Exodus ou de Metallica, c'est à un fan autoproclamé de Voivod que l'on a affaire - le dessin vaguement futuriste griffonné au fond de la classe et le logo pompé sans vergogne sur celui des divins Canadiens le confirment. Les amateurs des trouvailles déviantes de la bande à Away qui se désespéraient d'entendre un jour un digne successeur à leurs idoles vont enfin pouvoir sécher leurs larmes : la relève est assurée. Et bien. Car l'esprit voidien qui imprègne profondément Black Future – et ce dès les mesures liminaires tout droit échappées de Dimension Hatröss (1988) – contribue à lier l'inédit patchwork sonore que ces Frankensteins fulgurants ont cousu à coups de quadruples croches. Vektor le bien nommé catalyse en effet plusieurs influences : le rock progressif, tout d'abord, dont les canevas complexes structurent les morceaux sans jamais perdre l'auditeur en route, à l'instar des vétérans canadiens (décidément) de Rush. La faculté qu'a la section de Tempe de retomber à chaque fois sur ses pieds démontre le sérieux avec lequel ses membres ont abordé le songwriting, ce qui lui permet de franchir plusieurs fois la barre des dix minutes sans lasser.
Cet heureux résultat est facilité par la matière précieuse dont le collectif garnit ses compositions, sorte d'élixir explosif dont l'ingrédient le plus aisément identifiable est un speed metal supraluminique qui ferait passer Toxik pour du drone. La vitesse d'exécution est proprement ahurissante – le solo d' "Hunger for Violence" doit exploser quelques records - néanmoins le groupe a l'intelligence d'encadrer ses parties les plus véloces par des séquences (un peu) plus calmes, propices à poser l'ambiance post-apocalyptique suggérée par la plupart des libellés. Pour ce faire, outre l'ajout de bidouillages électroniques censés nous transporter dans les recoins les moins hospitaliers de l'Univers ("Dark Nebula"), le quatuor n'hésite pas à emprunter ses atmosphères épiques au black metal évocateur de Bathory et Enslaved, allant jusqu'à proposer des lignes de chant typiques du genre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le chant n'est pas anecdotique chez Vektor. Principalement inspirées par Schmier, l'inoxydable leader de Destruction, les vocalises de DiSanto réussissent la prouesse d'aller encore plus haut dans l'ultra-stridence, au point de réussir des screams que même le vétéran germanique ne serait pas allé chercher du temps de sa splendeur (le final de "Deoxyribonucleic Acid", par exemple).
Cette aisance dans les aigus permet au frontman de se frotter au registre forcé des hurleurs du black metal - sur "Oblivion", la parenté avec le très schmierien Sir Proscriptor McGovern d'Absu est patente. Pour autant, loin d'une imitation sans relief, les stridulations de DiSanto font souffler un vent de pure dinguerie qui participe de la réussite d'un album transcendant ses nobles parrainages : les formations précitées, bien sûr, mais aussi Coroner, Death, Slayer, Whiplash, Eucharist, Testament et même Iron Maiden, tous sont passés à la moulinette via des couplets dantesques et autres breaks, contre-breaks et refrains s'enchaînant à une allure ébouriffante, au point que certains passages pourraient être échangés sans que cela ne saute immédiatement aux oreilles. Ce serait toutefois sans compter sur la qualité d'écriture qui règne sur ces neuf titres, dont se détachent les mélodies intranquilles de "Destroying the Cosmos", le monstrueux "Forests of Legend" doté d'un magnifique thème liminaire repris puis développé en conclusion ou encore le sévèrement atteint "Asteroid" (rien que le refrain...), sorte de rencontre improbable entre Flotsam & Jetsam et Impaled Nazarene arbitrée par Motörhead. Et puis il y a le copieux final, cet "Accelerating Universe" dont les treize minutes résument – si l'on peut dire – la démonstration haute en couleurs qui a prévalu sur ses prédécesseurs.


Loin d'ânonner ce qui fut si bien déclamé jadis, Vektor prouve avec son inédite formule thrash speed black progressive qu'il est possible de valoriser l'héritage des Grands Anciens tout en imposant sa propre identité. Repoussant les limites humaines en matière de célérité, les quatre Américains expédient un OVNI fou, brillant et éreintant à destination des amateurs d'un genre qui reprennent espoir après l'avènement des talentueux quoique moins aventureux Anglais de Sylosis. Nul doute que cette réalisation saura également combler tous les assoiffés de sensations fortes qui craquent pour les productions qui sortent de l'ordinaire. Avec ce manifeste inouï de près de soixante-dix minutes, les voilà servis.


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