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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 07 décembre 2016
Sa note : 15/20

LINE UP

-James Alan Hetfield
(chant+guitare)

-Kirk Lee Hammett
(guitare)

-Jason Curtis Newsted
(basse+chœurs)

-Lars Ulrich
(batterie)

TRACKLIST

1) Helpless (Diamond Head cover)
2) The Small Hours (Holocaust cover)

3) The Wait (Killing Joke cover)
4) Crash Course in Brain Surgery (Budgie cover)
5) Last Caress/Green Hell (Misfits cover)

DISCOGRAPHIE


Metallica - The $5.98 EP - Garage Days Re-Revisited
(1987) - thrash metal Reprises punk et metal - Label : Elektra



« OK, Mesdames et Messieurs, allons-y : que voulez-vous savoir ? La façon dont s'est passé mon premier enregistrement avec Metallica, je parie ? Et bien... Ç'a été rapide. Même pas une semaine. Comme l'a écrit James au dos de la pochette, ça correspond au temps qu'il avait fallu pour décharger le matos de Master of Puppets – je ne suis même pas sûr qu'il plaisante, quand on entend le son bien chiadé de la bestiole...

Hein ? Non, je parle de Master. Parce que celui de l'ep est, disons... Brut de décoffrage. Pas crade, attention : on est allé faire les prises dans un vrai studio. Mais compte tenu de la faible durée dont nous disposions – merci au passage à ce los... grand artiste qu'est Ted Nugent pour nous avoir libéré le créneau - difficile d'obtenir autre chose que ce résultat mat, presque étouffé. Pardon ? Parlez plus fort, je vous entends mal - ce coquinou de Lars m'a encore versé de la Végétaline dans les oreilles donc là, ça s'est solidifié, ça bouchonne. Oh non, tout se passe bien entre nous vous savez, mon intégration s'est déroulée à la perfection. Un vrai bonheur. Alors OK, la production n'est pas aussi rutilante que sur l'album précédent mais c'est un peu l'idée : une poignée de vieux morceaux qu'on joue entre potes, comme à nos débuts, parce qu'on les adore... Hum, à « leurs » débuts, pour être exact, et ce sont les groupes qu' « eux » écoutaient quand ils étaient jeunes, enfin plus jeunes qu'aujourd'hui - je veux dire, les mecs, ils ont juste vingt-quatre ans. En tout cas, on entend bien la basse, on peut même dire qu'on ne l'a jamais aussi bien entendue sur un disque de Metallica : avouez que c'est un sacré cadeau de bienvenue, ça, parce que la basse dans le thrash metal, c'est pas vraiment ce qui se remarque le plus... Que dites-vous ? « Profites-en bien, mon grand, ça risque de ne pas durer ? » Je ne saisis pas votre allusion : vous estimez que les trois survivants de l'accident qui a coûté la vie à Cliff Burton il y a bientôt un an n'ont pas la maturité nécessaire pour faire face à la tragédie sans se chercher un souffre-douleur sur lequel déverser leurs frustrations ? Haaaaan, ça va pas leur plaire quand je vais leur relater vos insinuations. Ce sont des adultes tout de même, ils sont parfaitement capables de faire la part des choses et ne pas me considérer comme un intrus, surtout qu'ils ont mis à peine un mois pour remplacer leur pote, histoire de ne pas trop gamberger. D'accord, le coup de saccager systématiquement ma chambre d'hôtel en balançant mes affaires par la fenêtre et en me couvrant d'insultes, je conçois qu'on puisse l'assimiler à un bizutage digne d'une école de commerce, mais ça fait partie du jeu, c'est bon enfant. Hein ? Ah saleté de bouchon, il a mis la dose, cet enfoiré de Danois. Quoi ? Non non, je disais ça pour plaisanter - ne lui répétez pas, surtout, il serait capable d'aller voir l'ingénieur du son du prochain album pour effacer toutes mes parties en représailles. Si si, je vous jure.
Pour revenir à l'ep, ben on a mis le prix dessus pour être sûr que ceux qui vont l'acheter ne se fassent pas enfler. Futé, non ? Metallica s'est construit en grande partie grâce à ses fans, donc là, on les protège. Et le coup du « garage », ce n'est pas marketing : on a vraiment répété dans celui de Lars, c'est même moi qui l'ai aménagé pour qu'on puisse y jouer, vu que j'étais charpentier avant – oui, comme le père de celui qui est né par GPA il y a mille-neuf-cent-quatre-vingt-sept ans. Le garage puait des pieds comme un bon vieux local de répét', on y a vidé des quantités impressionnantes de canettes de pisse de ch... - hum - de bières américaines et de vodka frelatée, rien à dire, l'ambiance était nickel. Pardon ? Que je vous parle de musique ? Vous êtes journalistes d'investigation ou quoi ? Oh, ça va, je vous taquine, je sais bien que cette expression ne correspond à aucune réalité. Bon bah la face A c'est clair, c'est celle de Lars, l'obsédé de la New Wave of British Heavy Metal. En même temps, "Helpless", ils l'ont jouée à leur tout premier concert, donc ce n'est pas vraiment une surprise de la retrouver là, surtout après avoir fait la cover d'"Am I evil?", un autre grand titre de Diamond Head, sur le maxi Creeping Death aka Garage Days Revisited sorti en 84. On la joue deux fois plus vite – Lars surperforme - et deux fois plus dur, James beugle là où Sean Harris, le chanteur de D.H., ben, euh, chantait : le joli bijou NWOBHM, on en a fait une boule de granit bien rugueuse, voyez ? Alors évidemment, comme le morceau n'a pas de solo, il a fallu qu'on change la fin, belle à pleurer, pour que Kirk case le sien. Mais de toute façon, James n'aurait jamais pu suivre au niveau du chant, donc autant laisser le pied sur l'accélérateur jusqu'au bout. Au passage, vous constaterez que le niveau technique n'a pas baissé – je dis ça, je dis rien. C'est sûr, ça se voit moins sur les reprises des Misfits, vu que c'est du punk : il suffit juste de lâcher la bagnole dans la descente et attendre qu'elle s'écrase contre le mur, et ça on sait - encore - le faire. Le punk, ça correspond plus aux goûts de James, et surtout de Cliff qui a fait découvrir les « Désaxés » aux trois autres. Du coup, "Last Caress" et "Green Hell" sonnent un peu comme un hommage à mon prédécesseur. Les fans de Glenn Danzig regretteront sûrement que son côté « horror Elvis » soit passé à la trappe, mais question vélocité et vitalité, je crois qu'ils ne vont pas y perdre au change.
À ce sujet, je me permets d'affirmer qu'à part celle de "Helpless", nos versions dépassent largement les originales. Les améliorent en tout cas. Non parce que Budgie, ils ont beau avoir pondu de super titres, leur "Crash Course in Brain Surgery", il est un peu mou de l'ampli, non ? Comment ? « On entend trop la basse, c'est sûrement pour ça »? Ah, ah, well done, guys, one all. En tout cas, on te l'a bien boostée, la petite caoutchouteuse des seventies. Et notre interprétation vrombissante, sinueuse, heavy, inquiétante de "The Small Hours", elle éclate pas la version initiale, peut-être ? Ok, celle-ci est issue d'un live au son dégueulasse et la compo a déjà beaucoup d'atouts, dont cette brusque accélération au milieu pendant laquelle Kirk place un excellent solo – qui a dit « une fois n'est pas coutume ? » Non, vraiment, Holocaust a sorti un premier album mythique, rien à dire là-dessus, mais voilà, quand on veut faire les méchants, on se contente pas de quelques dissonances et on adapte le chant en conséquence. Certes, James ne va pas non plus jusqu'à brailler comme le mec de Possessed, mais il la joue sobriété virile – il peut, maintenant qu'il a fini de muer. Et donc sinon, ouais, une reprise de Killing Joke. Du post punk new wave gothic truc. Une idée de Kirk - pourquoi vous vous marrez, j'ai dit un truc drôle ? Non mais au départ, on était parti sur "White Lightning" de Paralex, un gang NWOBHM tellement confidentiel qu'à mon avis Lars doit être le seul type sur Terre à lui avoir acheté un disque. Pas mal, au demeurant, mais on s'est dit qu'à ce rythme on allait se terminer sur Tysondog, Quartz, Chateaux ou Iron Maiden. D'accord, on a repris Iron Maiden. Non mais rassurez-vous, juste l'introduction de "Run to the Hills"... Quoi ? « Si on ne se serait pas un peu foutu de leur gueule ? » Alors là je ne comprends pas : pourquoi « un peu » ? Bref, Kirk en a eu marre de "White Lightning", il a trouvé que le riff de "The Wait" était « cool, t'vouas ? », et on a transformé ce truc un peu chelou en un truc un peu chelou aussi, mais à notre manière. Lourde, incommode, vicieuse. Et speed, cela va de soi. Non mais vraiment, vous croyiez qu'on allait se taper des morceaux de dix minutes ou se mettre au heavy metal à la papa ? On est Metallica, bordel !


Bon, Messieurs-dames, ce n'est pas que je m'ennuie avec vous mais j'aimerais bien y aller : la demi-douzaine de clous de cinquante centimètres sur laquelle je suis assis depuis le début de l'interview commence à piquer un peu. Hein ? Bien sûr que vous pouvez m'aider à me détacher - les cinq kilomètres de Chatterton ne vont pas s'enlever tout seuls. Ah, là là, quels aimables chenapans, ces trois-là. Ils sont tellement facétieux. Surtout Lars. Seulement, voyez-vous, la marrade ça va bien huit ou neuf mois, mais quand Metallica entre en studio, fini de déconner. Ouais, quand j'entends la qualité de cet enregistrement - technique, rapide, régressif, intense - je me dis que la suite sera grande. Et que j'ai vraiment bien fait de me rendre au casting pour écrire l'Histoire avec ce groupe. »


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