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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 02 septembre 2007
Sa note : 18.5/20

LINE UP

-James Hetfield
(guitare+chant)

-Kirk Hammett
(guitare)

-Cliff Burton
(basse)

-Lars Ulrich
(batterie)

TRACKLIST

1)Fight Fire with Fire
2)Ride the Lightning
3)For Whom the Bell Tolls

4)Fade to Black
5)Trapped Under Ice
6)Escape
7)Creeping Death
8)The Call of Ktulu

DISCOGRAPHIE


Metallica - Ride the Lightning



Un album. Un seul. C'est tout ce qu'il aura suffi à Metallica pour dynamiter le paysage metal du début des années 80, établissant au passage les standards d'un nouveau style qui ne s'appelait pas encore le thrash. Certes, l'impact de Kill'em All se limitait encore à l'underground, mais il sonnait le coup d'envoi d'une révolution dont les Horsemen s'imposaient naturellement comme les chefs de file. Mais à peine un an après, plutôt que d'enfoncer le clou pour asseoir son leadership, Metallica prend tout le monde à contre-pied et tente un pari à double tranchant : se réinventer presque complètement.

Car à première vue, quels points communs y a-t-il véritablement entre Ride the Lightning et son prédécesseur ? Disons que ça se résume au très direct "Fight Fire with Fire" et au chant de James Hetfield. Et encore, il faudrait même préciser qu'il ne s'agit que de sa voix, toujours aussi criarde. En effet, en ce qui concerne le chant, on constate que le frontman a cessé de hurler ses textes pour tenter cette fois-ci une esquisse de chant, même si le résultat n'est pas encore très probant. Pour le reste, il est presque difficile de croire qu'un seul et même groupe est à l'origine de ces deux œuvres, parues à seulement 13 mois d'intervalle. Incontestablement, le groupe a bossé dur et réalisé des progrès phénoménaux en un si court laps de temps, que ce soit au niveau technique ou dans l'approche de la composition. Là où Kill'em All se limitait à une attaque frontale, avec un côté unidimensionnel assez prononcé (sans être gênant vu la qualité des morceaux), Ride the Lightning présente une guirlande de 8 titres très variés, allant du pur thrash au mid tempo bien plombé, en passant par un instrumental alambiqué et même… une ballade ! Comme quoi, déjà à l'époque, Metallica ne craignait pas d'affronter la polémique ! De plus, les compos sont servies par un son lui aussi en nette amélioration : forts d'un budget plus étoffé, les Horsemen ont rallié Copenhague pour la première étape d'une riche collaboration avec le producteur danois Flemming Rasmussen, généralement considérée comme l'âge d'or du groupe. Même la pochette est superbe, probablement la plus belle de la disco de Metallica avec cette chaise électrique sur fond de nuit orageuse. Jamais le groupe n'aura autant progressé entre deux albums.

En ce qui concerne la musique, chaque morceau mériterait qu'on s'y attarde quelques instants, vu l'incroyable constance au niveau qualitatif. Hormis un léger coup de mou accusé sur l'enchaînement "Trapped Under Ice" / "Escape", c'est bien simple : cet opus ne comprend que des titres pouvant prétendre au statut de classique de Metallica ! Le premier constat évident, c'est que les Horsemen ont développé une approche beaucoup plus mature et réfléchie de leur musique, y compris dans le tracklisting. Il ne faut pas se fier à la douce mélodie d'intro de "Fight Fire with Fire" : il s'agit bien d'un titre purement thrash parmi les plus puissants du répertoire du groupe, avec son riff simpliste calqué sur la rythmique du chant. C'est le seul morceau situé dans la lignée de Kill'em All, et sa place en ouverture de l'album est logique. A l'inverse, le long instrumental alambiqué "The Call of Ktulu", qui voit les plans s'enchaîner de façon très fluide pendant près de 9 minutes avec en prime un final d'une rare intensité, semble indiquer la future direction prise par Metallica sur Master of Puppets et se retrouve en dernière position. Metallica a également fait un effort du côté des paroles, qui sont en parfaite adéquation avec l'ambiance dégagée par les morceaux. L'étrange faux rythme de "Ride the Ligntning" correspond très bien à la description des angoisses d'un condamné à mort en attente de son exécution. De même, avec sa rythmique mid tempo très martiale, le tocsin répété et son final bruitiste parfaitement maîtrisé, on retrouve sur "For Whom the Bell Tolls" une ambiance lugubre en rapport avec des paroles dénonçant les futilités de la guerre, inspirées par le film du même nom lui-même tiré du roman d'Hemingway.

Il y a deux morceaux particulièrement intéressants sur cet album. Le premier est "Fade to Black", car c'est de loin le morceau le plus inattendu. Après un premier opus aussi radical, qui aurait pu croire que Metallica irait s'aventurer dans des sables aussi mouvants ? La prise de risque est considérable, mais le groupe s'en sort haut la main et balaie d'un revers de main toute critique éventuelle grâce à une chanson divinement mélancolique traitant du suicide. Malgré une voix encore hésitante, Hetfield parvient à assurer correctement le chant sur une superbe mélodie en arpèges, tandis que Hammett signe un long et imparable solo final qui donne le frisson. Tout simplement magnifique. Quant au point d'orgue de cet album, cela reste probablement "Creeping Death". La légendaire passion du groupe (surtout de Ulrich) pour la NWOBHM ne transparaissait pas sur Kill'em All. On la retrouve sur ce morceau, mais à la sauce Metallica bien sûr ! Le sch"ma est le même que sur leurs futures reprises de Diamond Head ou de Blitzkrieg, difficilement comparables aux versions originales tant elles sont plus intenses et agressives. Basé sur un riff bien senti, Hetfield lâche tout ce qu'il a dans les tripes au chant tandis qu'à l'image du reste de l'album, Hammett sort un solo impeccable démontrant tous les progrès accomplis au niveau du feeling. Le moment le plus marquant reste néanmoins le break avec ses fameux « Die ! Die ! » qui fait toujours son effet en live.


Ride the Lightning marque l'accession définitive de Metallica au rang de grand groupe de metal. Il marque le refus de quatre jeunes musiciens ambitieux de se laisser enfermer dans une catégorie jugée trop réductrice, et leur volonté de démontrer leur incroyable potentiel à un plus large public sans pour autant se compromettre. En plus d'un succès critique évident au vu de sa qualité intrinsèque, cet album permettra en outre à Metallica d'obtenir son premier succès commercial : sans le moindre passage radio, Ride the Lightning parviendra à atteindre la 100ème place des charts américains, une véritable performance pour un album de heavy metal. Metallica décrochera également deux contrats primordiaux très peu de temps après sa sortie. Tout d'abord, le groupe signera chez la major Elektra et subira ainsi ses premières accusations de « vendus » Surtout, il sera signé par le puissant Q Prime Management, qui gérait notamment les intérêts de Def Leppard et qui lui ouvrira de nombreuses portes. Metallica pouvait alors s'engager sur une route toute tracée vers le succès.


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