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CHRONIQUE PAR ...

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Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 21 janvier 2014
Sa note : 20/20

LINE UP

-Kjetil Nordhus
(chant)

-Tchort
(guitare)

-Michael Krumins
(guitare)

-Stein Roger Sordal
(chant+guitare+basse)

-Kenneth Silden
(piano+claviers)
 
-Tommy Jackson
(batterie)

Guest musicians :

- Bjørn Harstad 
(guitare)

-Anne Marie Almedal 
(chant sur 7,8,9)

-Leif A. Wiese
(violon)

-Bernt Moen
(claviers)

+ Kristiansand string quartet
 


TRACKLIST

1) Child's Play (Part III)
2) Sweat Leaf
3) 9-29-045
4) Alone
5) Maybe?
6) High Tide Waves
7) Tranparent Me
8) Six Ribbons
9) The Burden Is Mine... Alone

DISCOGRAPHIE


Green Carnation - A Night Under The Dam
(2007) - mélodique folk set acoustique - Label : Sublife Records



Inutile de se cacher plus longtemps, cette chronique n'en est pas une. C'est un plaidoyer. Un plaidoyer en faveur d'un groupe désormais défunt (on n'ose plus croire à la sortie d'un hypothétique The Rise And Fall Of Mankind... puisse l'avenir nous prouver le contraire). J'ai cité Green Carnation. Non content d'avoir une discographie sans faille depuis le monument Light of Day... , Green Carnation terminait sa carrière sur un album acoustique magistral - le meilleur de sa catégorie, qu'on se le dise ; album qui devait être merveilleusement porté en live lors de ce concert unique.

Unique. En raison, d'abord, de sa localisation. Imaginez ça : jouer sous un barrage d'une trentaine de mètre, à Nåvatn, au cœur des montagnes de Norvège. La nuit. Devant un parterre d'environ cinq cent personnes réunies, ce soir-là, à l'endroit le plus beau du monde. Une bande de veinards que j'envie encore, même bien des années plus tard. Unique principalement pour le lieu donc, mais pas seulement. Car le set du groupe norvégien, à défaut d'avoir dû être complexe à mettre sur pied, est parfait. L'album Acoustic Verses (à écouter de toute urgence, sans rire) y est interprété dans son intégralité, et agrémenté de deux morceaux supplémentaires : "Transparent Me", qui offre l'occasion d'un magnifique duo avec Anne Marie Almedal (chanteuse norvégienne au talent aussi certain que sa voix est limpide) et "Six Ribbons", une reprise bienvenue de Jon English dont la version studio se trouve sur l'édition limité d'Acoustic Verses ((à écouter de toute urgence, sans rire)). Le concert est unique, encore et toujours, en raison de la présence d'un quatuor de cordes. En raison de l'ambiance si intimiste qui se dégage de la prestation malgré la démesure des lieux. En raison de la « classe » des musiciens malgré la simplicité de la musique jouée. En raison des émotions suscitées. Bien sur, on aurait pu s'attrister de l'absence totale des autres albums du groupe dans la setlist de la soirée. Mais peu importe finalement : cette nuit sous le barrage n'en est pas moins parfaite. D'autant qu'un premier document live retraçait déjà tout cela (Alive and Well... In Krakow, 2009). 
Musicalement, on touche là à l'idéal. La musique calme et mélancolique à se damner des norvégiens est mise en valeur comme jamais. Par cette ambiance, ce jeu de lumière bleu-violet, cette tenue impeccable de l'ensemble de l'assemblée... De l'introduction au piano dessinant les lignes de "Child's Play (Part III)" à "Sweat Leaf" ; de "9-29-045" - chef d’œuvre de la discographie du groupe, si l'on me demande - au violon virevoltant, entêtant, et pourtant si triste d'"Alone", tout est parfait. De l'envolée de "Maybe" au blues véhiculé par "High Tides Waves" (plutôt Opeth-ienne dans l'esprit), rien ne manque. "Transparent Me" - et son piano divin - et "Six Ribbons" - au charme tout médiéval - ne dénotent en rien avec le reste du concert, qui ne saurait être plus intimiste lorsque arrive le moment de clore sur "The Burden Is Mine... Alone", porté par les seuls Stein R. Sordal, maître-compositeur, bassiste, guitariste, chanteur...  et Anne-Marie Almedal, invitée de luxe pour la fin du concert, qu'on rêverait de voir apparaître sur un éventuel prochain album (car, malgré tout, un brin d'espoir subsiste...). Les tristes esprits râleront néanmoins : quasi-absence de bonus, et ceux présentés ne sont que peu d’intérêt. Ces gens n'ont pas d'âme. Lorsque est offerte une histoire comme celle présentée par cette nuit norvégienne, il est de mauvais ton de se plaindre sur des détails. Et lorsqu'un micro chute pendant le set, provoquant un quasi sursaut de l'auditeur enveloppé et choyé par tant notes parfaites, ce n'est que pour mettre en relief la nudité du set, non retouché et présenté ici sans le monde artifice. 


Considérez ça - ces quatre paragraphes - comme une lettre d'amour au groupe, à la musique, à la beauté, à la Norvège. Mais surtout : écoutez, regardez, vivez ce concert. Les musiciens - tous, sans exceptions - y sont parfaits (le mot revient souvent, vous l'aurez remarqué), le chant est magistral, la localisation est idéale... Non, vraiment, rien ne manque. Le concert idéal pour clore une carrière. Le concert idéal tout court. 
Enfin, étant donné la rareté de la chose, que je me targue de posséder, voici un lien utile. Qu'importe la légalité. Le monde entier devrait pouvoir écouter et voir, au moins une fois, cette nuit inoubliable. Il ne s'en porterait que mieux. 


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