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CHRONIQUE PAR ...

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Blackmore
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Tord Lindman
(guitare)

-Jonas Engdegård
(guitare)

-Johan Högberg
(basse)

-Thomas Johnson
(claviers)

-Anna Holmgren
(flûte)

-Mattias Olsson
(batterie)

TRACKLIST

1)Prolog
2)Höstsejd
3)Rösten
4)Skogsranden
5)Sista somrar
6)Saknadens fullhet

DISCOGRAPHIE

Hybris (1992)
Epilog (1994)

Änglagård - Epilog
(1994) - rock prog - Label : Exergy



Le début des 90’s en terme de rock progressif était bien morne. Mises à part quelques exceptions, les amateurs n’avaient vraiment pas de quoi de sauter de joie au plafond. Pire, ceux qui ne voyaient dans le neo-prog qu’un intérêt tout relatif, ne pouvant logiquement compter sur les formations 70’s qui ont survécu, étaient au bord du suicide. On peinait vraiment a retrouver les mêmes sensations que celles des 70’s. Pourtant, du coté suédois, la résistance s’organisait. Certaines formations dignes de l’époque commencèrent à émerger. Dans le lot, Änglagård.

Lorsque leur premier album Hybris sort, beaucoup de fans de prog sont sur les genoux ! Et c’est tout a fait compréhensible ! Car le disque possède un niveau de composition absolument fabuleux. Et si les sons employés ne sont pas des plus originaux (j’y reviendrais), on ne peut que crier au génie. Seul défaut, un chant en suédois pas super maîtrisé qui gâche légèrement l’expérience. Mais Änglagård ne restera pas sur ce seul témoignage musical et sort deux ans plus tard Epilog. Et là, c’est le coup de grâce ! Car le principal défaut est ici complètement gommé ! Le disque est en effet complètement instrumental. De plus, alors qu’Hybris possédait une ambiance encore assez chaude, elle est ici très sombre, marié d’une grande tristesse et mélancolie. Le disque est aussi beaucoup plus furieux dans ses passages les plus puissants. Le tout bien sûr avec une science de la composition absolument incroyable ! Mais je me répète.

La musique qu’Änglagård propose est une sorte de mix improbable entre les plus grands noms du prog 70’s. Avec la même volonté que Transatlantic, c’est à dire, proposer un album qui soit inspiré par la grande époque sans pour autant être superflu. Alors si les instruments employés sur ce disque sont vieux de plusieurs siècles, il n’en reste pas moins que les compos sont aussi, voir assez largement, au dessus d’un Transatlantic !! Bref du prog qui dans la forme n’est pas forcément original mais qui propose un fond d’une richesse absolument stupéfiante.

Et des grands noms du prog, le disque va régulièrement en citer. Mais, ce qui est le plus frappant, c’est cette incroyable sensation d’assister à la copulation d’un Genesis, pour l’utilisation régulière d’une flûte a l’intérieur de partie romantique ou autre, d’un Gentle Giant pour la fantastique versatilité rythmique et la complexité musical et d’un King Crimson pour l’aspect torturé, tourmenté et l’envie de mélanger fureur et douceur presque susurrée ! On sent aussi l’héritage Crimsonien dans le final improvisé du morceau "Höstsejd". Quid de la structure du disque ? Parlons en un petit peu. Trois grosses pièces qui varient entre dix et quinze minutes chacune tenaillées par deux morceaux qui ouvre et clôt le disque, de deux minutes chacun (je ne compte pas l’intermède Rösten, trente secondes de silence). Et tout est fantastique. Que ce soit l’introduction où flûte, mellotron et violon se fondent dans un thème mélancolique préparant la furie qui va arriver, les trois diamants bruts ou l’épilogue qui vient finir en beauté le disque sur un piano léger et désabusé.

On ne ressort pas indemne de l’écoute du disque. Surtout lorsque vous tombez sur un morceau comme "Sista Somrar", commençant sur un délicat piano gentiment accompagné par violon, mellotron, basse et guitare le tout proposant une mélodie venant d’ailleurs. Les prémices d’une grande bataille sans doute car, alors que le violon se fait plus présent et qu’au loin les multiples claviers (mellotron inside) se font entendre, la rythmique accompagnée par une cohorte de notes se présente à nous ! Et le morceau ira crescendo. Il explose, part dans tous les sens puis revient gentiment sur des thèmes plus doux s’étalant dans un silence qui annonce à nouveau un chamboulement ! Et là, tout repart encore une fois, on ne sait plus ce qui se passe, la guitare folle et les claviers de l’enfer sont partout. On a du mal a retrouver nos esprits quand arrive une partie où flûte et guitare acoustique virevoltent pour nous apaiser, doucement jusqu’à la fin. Un titre formidable qui propose des plans de folie, complexes et labyrinthiques mais toujours mélodiques. Et le reste ne faiblit jamais, tout le disque est aussi mémorable.


C’est en quelque sorte un disque parfait, forcément trop court mais admirable. On reste sans voix, alors on écoute… jusqu'à la fin des temps, jusqu'à l’épilogue. Que pourrait-on ajouter d’autre ? On comprend mieux par la suite pourquoi le groupe devint un mythe, car il laissa les amateurs orphelins d’un nouvel album studio, si ce n’est un album live et plusieurs représentations, avant de se séparer. Le temps passa et le mythe devint légende. Mais les choses sont en train de changer, car le groupe s’est reformé il y a peu, profitant au passage pour faire quelques concerts avant de se remettre au travail sur un nouvel album ! Un jour sans doute, nous aurons l’occasion d’y poser une oreille mais pour l’heure, on se contentera d’Epilog, une « putain de baffe dans la gueule » comme on dit.


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