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CHRONIQUE PAR ...

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Fly
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Tord Lindman
(guitare+chant)

-Jonas Engdegård
(guitare)

-Johan Högberg
(basse)

-Thomas Johnson
(claviers)

-Anna Holmgren
(flûte)

-Mattias Olsson
(batterie)

TRACKLIST

1)Jordrök
2)Vandringar i Vilsenhet
3)Ifrån Klarhet Till Klarhet
4)Kung Bore

DISCOGRAPHIE

Hybris (1992)
Epilog (1994)

Änglagård - Hybris
(1992) - rock prog - Label : Exergy



Croyez-le ou non, le prog, c’est un peu comme Elvis. Comme le King, le prog est officiellement mort il y a 30 ans. Comme le King, le prog a fini boursouflé et ridicule. Et comme le King, le prog est encore vivant pour bien des gens. Il y a ceux qui y croient dur comme fer et voient du prog partout (même là où il n’y en a pas). Et il y a ceux qui, pour faire perdurer le mythe, jouent les mystificateurs et prennent plaisir à le faire revivre. Ça ressemble à du prog, ça sonne comme du prog, mais ce n’est pas du prog.

Pourtant, il arrive que l’esprit progressif soit encore au rendez-vous. Ce fut le cas avec Änglagård, véritable étoile filante qui a illuminé le monde du rock progressif au début des années 1990. En effet, malgré sa mort, le prog bougeait encore. Les années 1980 semblaient avoir fini de l’achever et, à l’orée de la décennie suivante, on ne donnait plus cher de sa peau tant la scène progressive n’était que désolation. C’est au milieu de ce désert que le prog a refait surface, à un endroit où on ne l’attendait pas : en Suède. Plusieurs groupes y ont repris le flambeau en lui insufflant une nouvelle vigueur. Parmi ces groupes, Änglagård qui, le temps de deux albums essentiels, allait contribuer à redonner au mouvement ses lettres de noblesse. Son passage sera fulgurant, mais providentiel.

Fulgurant, Hybris l’est plus que toute autre chose. Imaginez le choc de découvrir cet album à sa sortie! Il y a d’abord la pochette, telle la porte secrète d’un temple millénaire enfoui sous les décombres d’un monde révolu (ouais, rien que ça), qui semble renvoyer directement au Larks’ Tongues In Aspic de King Crimson (album fondateur s’il en est). Mais avant tout, il y a la musique. Si les influences d’Änglagård sont évidentes, son inspiration est unique. Le sens de la composition du groupe est tel qu’on en oublie rapidement que sa musique n’est finalement pas d’une grande originalité formelle. En fait, l’originalité d’Änglagård tient justement dans sa volonté de faire les choses à l’ancienne.

Bien plus qu’une vision régressive, il s’agit au contraire d’un pari artistique assez audacieux pour l’époque, qui confère au groupe un caractère distinctif et intemporel. Änglagård ne reprend pas des recettes désuètes dans le simple but de les actualiser à la sauce moderne, il s’approprie un langage ayant fait ses preuves pour créer un monde mystérieux qui lui est propre et qu’il nous invite à visiter. Dès les premières notes de piano de "Jordrök", le ton est donné. La montée en puissance qui suit fait directement entrer le groupe dans la cour des grands, grâce à un mélange de tension et de mélancolie rappelant l’unique Trespass de Genesis. Si, le temps de quelques instants fugaces, de vagues réminiscences du passé semblent refaire surface, on ne peut s’empêcher d’être totalement emporté par la déferlante d’images que provoque en nous chaque morceau.

Certes, Hybris n’a peut-être pas la fluidité de son successeur et sonne parfois un peu scolaire; il n’en demeure pas moins indispensable à toute bonne discothèque progressive, tant il contient de thèmes et de mélodies d’une richesse harmonique infinie (le morceau final, "Kung Bore", est un monument du genre). Même les passages chantés, souvent cités parmi les petits défauts de l’album à cause de leur aspect parfois hésitant, viennent en quelque sorte contrebalancer la perfection instrumentale des musiciens en donnant une touche d’humanité à l’ensemble. Le choix de chanter en suédois prouve également que le groupe ne fait aucune concession et assume pleinement son altérité.


Lorsque l’inspiration est aussi rare et précieuse, il faut une sagesse hors du commun pour décider que l’on a dit tout ce que l’on avait à dire. Après un deuxième et dernier album logiquement intitulé Epilog, le groupe tirera sa révérence et retournera dans l’ombre aussi vite qu’il en avait jailli, donnant au passage l’impulsion nécessaire à toute une scène qui ne demandait qu’à éclore. Le fait que beaucoup des représentants de cette scène n’aient pas eu le quart du talent du groupe, et encore moins de sa retenue, ne fait que rendre son œuvre encore plus essentielle.


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