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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16/20

LINE UP

-Pest
(chant)

-Doden
(guitare+claviers)

-Heks
(guitare)

-Tortur
(basse)

-Torquemada
(batterie)

TRACKLIST

1)Prelude Funebre
2)Veils Of Wintersorrow
3)From Times In Kingdoms...
4)Witchcraft
5)Warlock
6)Torned Winds From A Past Star
7)Carnal Lust
8)The Seven Witches
9)O’Nocturne

DISCOGRAPHIE


Obtained Enslavement - Witchcraft



Bouh. Les claviers c'est mal. Les claviers c'est nul. Les mélodies c'est dans le même panier, à jeter. Voici la réaction, fort justifiée, de l'amateur de vrai black metal à l'évocation de ces 2 mots, claviers et mélodies. Pourtant, des fois il faut savoir ravaler son clapet et s'incliner devant les évidences évidentes. Car une introduction comme "Prelude Funebre" avec son obédience à la musique classique plus grosse qu'un nez sur le milieu de la figure force à baisser le chapeau bien bas.

Cette introduction n'a pas encore parlé d'atmosphère, ou de riffs, et pourtant elle résume déjà ce qu'est Obtained Enslavement. Un grain de beauté sur le visage adolescent du black metal. Il le trouve moche, pourtant adulte il ne pourra plus s'en passer ... pour le pire et le meilleur. Car Obtained Enslavement représente ce grain de beauté. Beauté rare et fugace aussi. Le groupe est en effet passé relativement furtivement dans le paysage black, pondant 3 albums en 4 ans (sans compter 4-5 ans à faire des démos) pour laisser une empreinte pourtant énorme et méconnue. Méconnue tout d'abord, car Obtained Enslavement, s'il est toujours cité par ceux qui le connaissent, est très souvent absent des références du genre. Énorme ensuite. Énorme car en 3 albums, le groupe a su imposer sa patte. En commençant par ce Witchcraft déjà, il apposait une étiquette atypique à son black metal oscillant entre mélodie black et claviers/piano classique à un niveau bien plus poussé que Emperor, sans avoir son côté spatial.

Décrire Obtained Enslavement est assez complexe si on se penche en détail sur son cas. Car le résumer à du Emperor ou du Dimmu Borgir aurait un sens ni fait ni à faire. Le résumer à du Emperor se percutant avec Dimmu Borgir conduit par Dissection serait plus proche de la réalité, mais toujours lointain. En fait, mieux vaut ne pas se perdre dans de nébuleuses comparaisons. Il faut simplement savoir que Obtained Enslavement tient un peu de tous ces groupes, mais tient surtout de lui-même. Car son mélange de claviers et de black metal est tout à fait unique. Ceux-ci sont en effet très présents, sans pour autant trop dénaturer l'Art Noir que pratiquent les norvégiens (ah oui, il s'agit encore de norvégiens). A ce sujet, ils sont souvent utilisés en piano, donc assez loin des recherches d'imitation d'orchestre à la Emperor sur Anthems ... par exemple. Mais leur partie symphonique est bel et bien présente. Et les riffs qu'ils soutiennent opèrent dans le froid habituel du style avec un raffinement qui surprend la première fois. Obtained Enslavement fait partie de ces groupes qui savent jouer, et pas forcément qu'un peu. Le rythme ultra rapide du blast sauvage ne leur fait pas peur, au même titre que les passages plus posés. Les mélodies sont basées sur des riffs, autant de guitares que de claviers, recherchés et presque complexes.

Ce n'est pas du Dream Theater, beaucoup s'en faut, mais c'est du niveau d'un bon Emperor. Et c'est au service de la musique ce qui ne gâche rien. Et c'est la grande force du groupe, arriver à toujours trouver un équilibre instrumental digne de ce nom. Sachant que le talent de composition suit derrière cela fabrique une musique fortement agréable au tympan. D'autant que la qualité est constante sur la longueur de l'album. Il n'y a pas de chanson faible et cette homogénéité dans l'excellent est en soi remarquable. Pourtant il ne faut pas trop pousser le bouchon. Obtained Enslavement perd tout de même un peu de l'aura black metal en mélangeant autant black metal et musique classique. Il devient un groupe « gai ». Comment ? En fait les claviers donnent une touche colorée aux compositions qui si elle est évidente placée dans le contexte, enlève néanmoins de la froideur sombre nécessaire au style. Et c'est cela qui peut, et va, rebuter les plus aficionados de la pureté du genre. Il faut le savoir en s'embarquant dans l'aventure. Et c'est en cela que le groupe révèle sa limite. Son ouverture au classique lui crée une brèche. Mais c'est pour le bien de son art. Car l'amateur de black metal cherche souvent le chaînon manquant entre Cradle of Filth et Immortal (et s'il ne le cherche pas, il serait avisé de le chercher). Le côté grandiloquent, pompeux de Cradle et les riffs froids de Immortal. Il le trouvera très probablement ici. Avec les réserves émises précédemment bien entendu.


Alors que dire au final d'un tel mélange ? Qu'il plaira vraisemblablement aux amateurs d'extrême et à ceux qui goûtent à l'occasion aux plaisirs de la violence musicale faite metal. Les blackeux les plus puristes passeront leur chemin car à l'inverse d'Emperor, Obtained Enslavement ne peut pas les accrocher à cause de son côté trop entraînant. Cela n'occulte pas le fait que ce disque est une réussite phénoménale pour un premier album, de la trempe d'un For All Tid de Dimmu Borgir par exemple. La victoire se fait donc aisément aux points mais pas par KO.


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