AqME - Vicki Vale

Entretien avec Thomas (chant), Charlotte (basse), Yann (guitare), Nick (arrangements) - le 26 mars 2008

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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Avec Héresie (chronique ici) AqME a délivré son album le plus foncièrement violent... et en parallèle leur chanteur Thomas a participé à Vicki Vale, projet incluant notamment Yann de Mass Hysteria et dont l'album La vie après l'amour (chronique ici) est au contraire extrêmement doux et intimiste. D'où l'idée de cette interview croisée avec quatre musiciens enjoués et intéressants, et en exclusivité mondiale nucléaire Éternels qui plus est. Enjoy !


Cosmic Camel Clash : Thomas, c'est la première fois qu'une interview croisée AqME / Vicki Vale a lieu. C'est toi qui fais le lien entre toutes les personnes présentes ici, ça te fait quoi ?

Thomas : Ca me fait le lien (rires). Non, ça ne me fait rien de spécial, je suis content d'être dans les deux groupes, que ce soit Vicki ou AqME je trouve ça plutôt cool. Je le vis bien, j'aime bien avoir ces deux facettes, j'aime bien bosser avec tous ces gens. Ce que ça me fait... rien, je suis juste content de m'épanouir dans ce que je fais.

Cosmic Camel Clash : Yann, je devais choisir un membre de Vicki Vale pour me raconter la genèse du projet... ça tombe sur toi.

Yann : C'est très simple. C'est arrivé il y a deux ans et demi, quelque chose comme ça. Nous étions dans une soirée.. moi ça faisait longtemps que je voulais faire un projet de musique calme et j'aimais bien ce que faisait Thomas dans AqME dans les trucs acoustiques, dans les passages tristes. Je lui ai demandé si ça le branchait de faire ce genre de trucs, il m'a dit oui et après ça a pris un peu de temps pour que nous commencions à composer. Puis Nick nous a rejoint, nous nous y sommes mis et voilà, c'est venu assez simplement quoi.
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Cosmic Camel Clash : Justement Nick, contrairement aux trois autres tu n'es pas connu du public métal. Pourrais-tu nous dire qui tu es et d'où tu viens ?

Nick : Je suis australien, et à la base je suis chef d'orchestre classique. Je n'ai jamais joué avec un groupe de métal... j'ai fait plein de trucs avant de m'aventurer dans ce domaine-là, mais dans le classique donc les fans de métal ne connaîtront pas du tout mon nom (rires).

Cosmic Camel Clash : Et qu'est-ce qui t'a attiré principalement dans le projet Vicki Vale ?

Nick : C'est pas évident, car il y avait plein de choses à la fois. J'adorais l'idée du projet, l'idée de ces chansons sur l'amour trouble. C'est un truc assez universel et je trouvais ce format-là assez original. J'adore les textes de Tom et les riffs de Yann, donc j'étais très très vite séduit par le projet. Et ensuite quand nous avons commencé à explorer ça allait bien tous les trois, nous fonctionnions bien ensemble donc ça a avancé assez rapidement.

PhotoCosmic Camel Clash : Charlotte, les membres d'AqME ont tous un side-project : Etienne joue dans Grymt, Thomas dans Vicki Vale, Ben dans Die On Monday... et toi ?

Charlotte : Moi j'ai un projet en projet (rires). Bon, l'année dernière je n'ai pas eu le temps car l'année dernière j'ai privilégié mon côté sportive. J'ai toujours fait du sport et l'année dernière j'ai passé mon diplôme de prof de gym suédoise, ça fait un an que je donne des cours et ça m'a pris pas mal de temps. À côté j'ai un projet musical qui sera plus hard-rock avec certaines filles... comme nous sommes dispersées dans toute la France c'est pas évident. Il y aura Candice de Eths par exemple, mais elle est à Marseille et moi à Paris. Nous sommes assez bonnes copines donc nous avions envie de faire un truc toutes les deux. Nous avons trouvé les autres membres du groupe et nous nous envoyons des chansons par-ci par-là, mais c'est pas vraiment évident. C'est du mp3, machin... et comme je ne suis pas très forte en pro-tools et tout ça j'essaie de me faire aider un peu à droite à gauche, et voilà.


Cosmic Camel Clash : Question pour tout le monde sauf Thomas... Les thématiques d'amour torturé qu'il développe dans Vicki comme dans AqME, à quel point vous touchent-elles ?

Yann : Je n'ai pas voulu en parler tout à l'heure mais dans Vicki Vale c'est vrai qu'il y a la musique qui est ultra différente, mais Thomas reste dans son élément. C'est d'ailleurs pour ça que c'est lui que je suis allé voir : tout le côté triste ça me plaît vachement. Ça me touche carrément, je pense que nous sommes tous passés par là, les histoires sentimentales qui partent en sucette ça nous touche tous. Après Thomas a ses mots pour le raconter et je trouve qu'il en parle plutôt bien. Il y a plein de sincérité dans ce qu'il dit, ça se sent.

Charlotte : Thomas il explique trop bien les choses et les fait trop bien ressentir, du coup il fait passer une émotion qu'il ne fait pas passer à ce point-là dans AqME. Même si ses textes dans AqME sont assez mélancoliques, mais là... La première fois que j'ai écouté Vicki Vale on était en Suède, je suis arrivée dans la cuisine et je lui ai fait « oh, t'écoutes quoi ? », il m'a expliqué, j'ai écouté... c'était "Dans une autre vie" je crois et je n'ai pas pu écouter jusqu'au bout, je suis partie dans ma chambre pleurer, c'était horrible ! Après je lui ai dit « promis, j'écouterai l'album en entier » et durant le séjour j'écoutais une chanson, j'allais pleurer, puis j'écoutais une autre chanson, j'allais pleurer (tout le monde rit)... Et après le troisième titre je me suis dit que de toutes façons je n'y arriverais jamais. Je l'ai acheté depuis mais... c'est horrible car ils font passer un truc... je ne pensais pas que même Yann qui est un gros bourrin qui fait toujours des allers-retours sur son manche... (rires)

(Charlotte ayant lié le geste à la parole, un blanc absolument magnifique s'installe autour de la table puis tout le monde se marre)

Charlotte : Non mais... je ne pensais pas qu'il pourrait pondre des trucs aussi touchants à la guitare, voilà. Il y a un peu une osmose et c'est super poignant. Je suis conquise.

Cosmic Camel Clash : Nick, pareil ?

Nick : Oui. Les textes de Thomas m'ont beaucoup touché, je ne peux pas m'empêcher de me voir de temps en temps dans ses textes. De plus quand nous travaillions il y avait des moments où nous bossions les instrumentaux avant d'avoir les textes et je bloquais. Tant qu'il n'y avait pas le truc de Tom qui donnait la ligne directrice je ne pouvais pas avancer. C'est très très important.

Thomas : Merci les gars (rires).

Cosmic Camel Clash : Thomas donc, la teneur de tes textes en général laisse penser que tu te sers de tes groupes comme d'un exutoire, une manière de te débarrasser de certaines choses. C'est le cas?

Thomas : Complètement, c'est une thérapie. Que ce soit Vicki Vale ou AqME c'est un exutoire. Pour moi c'est important de parler de choses qui me tiennent à cœur, et souvent ce sont des choses tristes. Peut-être qu'un jour je ferai un groupe de ska parce que j'aurai envie de rire, avec de bonnes trompettes... (tout le monde rit) ... mais pour l'instant je préfère parler de trucs un peu lourds pour les banaliser...

Charlotte : Et passer à autre chose ?

Thomas : Oui, ça me sert aussi pas mal à passer à autre chose. Grâce à AqME ou Vicki Vale j'ai appris à tourner la page.
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Cosmic Camel Clash : Il y a un truc un peu frappant : ça fait quatre albums d'AqME qui sont sortis, plus un album de Vicki Vale... les choses ne s'arrangent pas vraiment, si ?

Thomas : Non mais les choses empirent, mais en même temps il faut dire que dans le monde les choses empirent, c'est pas ma faute. Dans un film un grand philosophe disait « monde de merde », et ben voilà. Merci monsieur Abitbol.

Nick : Et heureusement que les choses ne s'arrangent pas car sinon il ne pourrait plus écrire (rire général).

Cosmic Camel Clash : Il est vrai. Donc en fait tu es entouré de gens qui te maintiennent dans un état de malheur permanent juste au cas où.

Charlotte : Tout à fait, on lui met bien le nez dans sa merde (rires).

Thomas : Suffit de regarder autour : regarde les trucs qu'ils font dans le monde, des espèces de complots politiques et des choses horribles, tout ça juste pour que je continue d'écrire. C'est vraiment pas sympa.

Cosmic Camel Clash : Hérésie est l'album le plus violent d'AqME... est-ce qu'il y a un lien entre avoir sorti cet album ultra-bourrin d'un côté et quelque chose de très intimiste et mélancolique de l'autre ?

Thomas : En fait le projet avec Yann ça fait un peu deux ans et demi que nous sommes dessus, donc j'ai eu le temps de ruminer pas mal de Vicki Vale pendant qu'on enregistrait Hérésie et même pendant qu'on le composait. Donc peut-être que j'ai réussi à me débarrasser du côté sentimental qu'il y avait dans AqME pour mettre plus de rage et plus de colère, ce qui aurait fait qu'Hérésie est devenu ce qu'il est et que La vie après l'amour est comme ça.

PhotoCosmic Camel Clash : Et toi Charlotte, tu étais particulièrement véner ou bien ?

Charlotte : Ben euh... oui (rires). Non mais c'est vrai que les textes de Thomas...

Thomas : Ah non, pas moi encore ! C'est pas moi là !

Charlotte : Mais si ! Bon euh... c'est vrai qu'à la base les morceaux sont très très agressifs, très lourds donc nous n'étions pas dans l'optique de faire des chansons calmes, nous nous sommes lâchés complètement et une fois que Thomas a apporté ses textes c'était encore pire. Quand nous les avons enregistrés nous avons ressenti encore plus la rage... quand nous avons enregistré les maquettes nous nous sommes rendus compte que c'était « wow! » !


Cosmic Camel Clash : Le son d'Hérésie est aussi le plus gras de votre histoire. C'est venu avec les compos ? Daniel Bergstrand a écouté les maquettes et en a déduit qu'il vous fallait ce son-là ?

Charlotte : En fait ça fait depuis le premier album que nous voulions un son comme ça, mais nous n'y arrivions pas vraiment à chaque fois.

Cosmic Camel Clash : Daniel ne vous écoutait pas ?

Thomas : Il avait vraiment son truc, et il ne voulait pas enregistrer d'une autre manière.

Charlotte : Sur la basse c'est vrai qu'il mettait un son un peu synhtétique et tout, donc on n'arrivait pas trop à comprendre ce que je jouais. C'était comme si un synthé était derrière en train de jouer de la basse... donc là nous avons essayé de lui faire comprendre, nous lui avons dit « mec, tu viens en répet' » et il est venu à Paris. Nous l'avons placé au milieu, nous lui avons envoyé du son plein la gueule et nous lui avons dit « écoute, on veut ça » . On lui a fait écouter les maquettes et il a dit que c'était énorme et qu'il était partant pour ce projet-là, sans souci.

Thomas : Au final le son d'Hérésie c'est le son que nous avons en répet.

Yann : Jusque-là j'avais toujours trouvé qu'ils avaient un meilleur son en live que sur album.

Charlotte : C'était un peu frustrant de sortir un album à chaque fois pour se rendre compte que les morceaux étaient toujours plus impressionnants sur scène que sur album. Après c'est ça la différence aussi, c'est toujours agréable d'entendre une variation par rapport à l'album. Là nous avons envoyé le boulet, comme on dit.

Cosmic Camel Clash : Yann, comme Charlotte l'a fait remarquer tout à l'heure, tu as toujours été connu en tant que gros bourrin. Pendant toutes ces années tu cachais un coeur d'artichaut ?

Yann : Oui oui, j'ai toujours écouté des trucs calmes à côté. Je suis un grand fan de death metal mais je pense que si on n'écoute que ça on ne sait plus ce qu'on fait, on ne s'ouvre pas trop. Je suis un grand fan de Radiohead, de Portishead et d'autres groupes pas connus de musique calme, et j'avais vachement envie de partir dans un truc comme ça.
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Cosmic Camel Clash : Bon, ma question rituelle aux musiciens de métal français qui sont dans la scène depuis pas mal d'années... comment jugez-vous l'évolution de la scène ?

Yann : C'est de plus en plus dur. Avant, tu sortais un album tu en sortais 40 000, 30 000, 50 000 selon les groupes... et aujourd'hui si on en vend 15 000 - dans le type de musique que nous faisons – on est super content. Donc on se retrouve à vivre uniquement sur le live, et le live quand tu commences à avoir près de dix ans d'exitence et qu'il faut renouveler ton public constamment, c'est quelque chose qui n'est pas évident non plus. Je pense qu'AqME, Mass, Lofo... il n'y en a plus beaucoup de groupes qui restent de cetet vague.

Thomas : C'est marrant, ça fait un peu trois générations : les Lofo vous avaient pris en première partie et vous avaient fait connaître, et nous c'est Mass Hysteria qui nous avait fait connaître. Au final il reste encore d'autres groupes, mais les trois majeurs ça reste ces trois groupes-là. Malheureusement.

Yann : Nous sommes encore les trois qui arrivons à en vivre entre guillemets, et c'est vrai qu'à côté de ça ça rame. L'autre jour j'en discutais avec At(h)ome (ndCCC : label indépendant de Mass Hysteria, AqME, Lofofora et Vicki Vale entre autres) et je leur demandais ce qu'ils conseillaient à un jeune groupe car tout le monde est un peu en panique vu ce qui se passe du côté du rock, et il m'ont répondu « d'arrêter tout de suite ».C'est hyper négatif. Maintenant évidemment moi je n'irai pas jusque là, je pense que pour que ça revienne il faut qu'il y ait plein de groupes et ça reviendra à un moment donné. Mais c'est vrai que nous sommes dans une phase un peu dure, et malheureusement en France nous sommes le pays qui télécharge le plus. Tout ça ne joue pas en notre faveur.

Thomas : Si tu réfléchis, le dernier groupe français qui a réellement explosé c'est qui ? C'est Eths...

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Cosmic Camel Clash : Gojira...

Thomas : Gojira, ils avaient déjà sorti deux albums avant. Ils ont explosé avec un album y'a pas longtemps, mais ça fait dix ans qu'ils tournent.

Cosmic Camel Clash : Hacride commence à bien marcher aussi...

Thomas : Écoute, c'est la première fois que j'en entends parler donc j'espère que ça va bien marcher... mais écoute, c'est vraiment la loose. Il n'y a plus de groupes qui émergent d'un seul coup comme avant. Il y a plein plein de nouveaux groupes qui sont vraiment de qualité et qui se donnent la peine, il se passe vraiment des choses... mais ouais, le public n'achète pas de disques et ne vient plus aux concerts. C'est vraiment compliqué, c'est un peu la mort de la scène.

Yann : Il y a aussi une différence entre ce que tu vois dans les journaux, ce que tu vois... j'ai discuté avec Mario de Gojira à Biarritz il y a un mois et malgré tout ce qui leur arrive, trois fois le tour des Etats-Unis, machin, ils arrivent ici ils sont en galère d'argent. Evidemment ils ont eu l'opportunité d'y aller mais quand ils vont là-bas ils font des premières parties... c'est vrai qu'ils ont maintenant un nom qui peut leur donner la chance d'aller vachement loin, mais pour l'instant c'est pas ça. Tu citais Hacride, moi j'adore ce qu'ils font aussi mais j'imagine qu'au sein d'Hacride c'est pareil : ils ont intérêt à faire de l'international, mais faire de l'international c'est hyper long. Avant nous avions encore des éditeurs qui nous mettaient de l'argent pour pouvoir aller tourner à l'étranger et ça se fait de moins en moins, donc c'est de plus en plus dur. C'est très compliqué.

Cosmic Camel Clash : Nick, dans ton domaine c'est la même chose ?

(Gros blanc : Nick fait une telle tête d'enterrement à l'évocation de cette situation que tout le monde rit)

Thomas : Je ne veux pas répondre à sa place, mais Nick me dit souvent que la France est compliquée pour tout.

PhotoNick : C'est bien que tu l'aies dit... je trouve qu'en effet c'est malheureusement très compliqué dans la patrie de la création. Administrativement c'est un cauchemar... Sinon le marché de la musique classique est aujourd'hui dans un état où... je souhaite pas que le métal français arrive un jour à ce stade tellement c'est terrible. La musique classique est devenue une musique de musée avec un tout petit public et des fidèles de moins en moins nombreux. Le problème c'est qu'on a étouffé la musique dans tout ce qu'elle a d'excitant : bien joué ça prend aux tripes, c'est fort. Ce n'est pas doux, ce n'est pas un truc pour le troisième âge. Malheureusement sur cent concerts à Paris il doit y en avoir dix où quand on ressort on ne peut pas parler pendant une demi-heure, mais c'est de plus en plus rare car la musique classique est devenue actuellement comme le caviar ou le champagne : on l'achète pour faire la fête mais on ne fait pas trop gaffe à la qualité. Je pense que les fans de métal et plus globalement de rock ont un franc-parler qui fait du bien : s'ils aiment ils aiment, s'ils n'aiment pas ils n'aiment pas et ils le disent. Dans le classique ça fait cinquante ans qu'on ne dit pas que ça nous fait chier quand ça nous fait chier, et du coup on est en train de crever le business.


Cosmic Camel Clash : Dernière question, un petit peu axée science-fiction : si vous n'étiez pas devenus musiciens professionnels, où pensez-vous que vous en seriez aujourd'hui ?

Charlotte : (rires) Je pense que je ferais du sport, sûrement prof de danse. A la base c'est ce que je voulais faire.

Thomas : Moi je pense que je serais graphiste et que je gagnerais à peu près dix fois mon salaire d'aujourd'hui.

Yann : Prof de sport aussi.

Nick : Je pense que je serais graphiste aussi, mais directeur artistique... donc le boss de Tom et je gagnerais vingt fois son salaire. (rire général)



Crédits photos :
www.myspace.com/masshysteriaofficial
www.myspace.com/aqme
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