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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Steven "Netra" Le Moan
(tout)

TRACKLIST

1) Gimme A Break
2) Everything's Fine
3) Underneath My Words, The Ruins Of Yours
4) Live With It
5) Infinite Boredom
6) Don't Keep Me Waiting
7) A Genuinely Benevolent Man
8) Paris Or Me
9) Could've, Should've, Would've
10) Jusqu'au-Boutiste

DISCOGRAPHIE

Ingrats (2017)

Netra - Ingrats
(2017) - black metal indus jazz avant-garde/expérimental/trip-hop/urbain - Label : Hypnotic Dirge



Nothing. Nichts. Nada. Niente. Niets. Nichego. En breton : Netra. Oui, aujourd’hui, vous allez lire la chronique d’un groupe qui signifie « rien ». Bonne lecture. Et de rien.

Parce qu’on ne peut commencer une chronique en partant de rien, et parce qu’on ne peut pas commencer un projet musical en partant de rien, découvrons donc d’où nous vient ce one-man band créé par ce musicien à la pensée nihiliste. Steven Le Moan de son appellation civile, a fondé Netra en 2003 à Quimper, en Bretagne – logique implacable au vu de son nom de famille – avant de migrer dans une contrée beaucoup plus nordique, quoiqu’au climat comparable, en Norvège, juste après la sortie de son premier album Mélancolie Urbaine, en 2010. Puis, lui vient l’idée subite de déménager à dix-huit mille kilomètres de là, à Auckland capitale de la Nouvelle-Zélande, après la parution de sa seconde œuvre Sørbyen, en 2012. Un homme qui aime partir à l’aventure, faire le grand écart et qui n’a pas froid aux yeux.
Et cela se ressent d’ailleurs à merveille dans sa musique. Et si le contenant signifie « rien », on peut affirmer avec aisance que son contenu pourrait être un synonyme de « tout ». Car Netra brasse un sacré mélange de genres. À commencer par le plus flagrant : Ulver, période Perdition City. Rien d’étonnant au vu de l’ancrage géographique du bonhomme. Écoutez "Underneath My Words, The Ruin Of Yours" et "Live With It", cela vous sautera à la figure. Si vous ajoutez à cela une touche industrielle et une voix d’une grande similitude avec Marilyn Manson ("Could’ve, Should’ve, Would’ve" en tête de gondole), vous commencerez à apercevoir les contours qui forment la silhouette de notre ami breton. Pourtant, il ne faut pas perdre de vue que la base reste très black metal à grande tendance dépressive comme en témoignent les tremoli, les cris perçants et le break, dignes du meilleur de Silencer, introduisant "Everything’s Fine" et venant remplir la dernière piste "Jusqu’au-Boutiste".
Mais toute cette mixture ne ressemblerait réellement à rien, si Steven Le Moan n’y avait pas incorporé tous ces composants purement ambiants. L’introduction "Gimme A Break" en est l’exemple parfait. Piano, ambiance cinématographique, bienvenue à vous. L’interlude "Infinite Boredom" nous ressert, pendant moins d’une minute, du piano, ainsi que des samples de rivages, nous rappelant à l’image d’un Pascal, la vacuité et la fugacité de notre existence. En dehors de ces deux pistes, on retrouve également un léger côté jazz avec l’apport d’un saxophone totalement noyé dans le noir sur "Don’t Keep Me Waiting" et avec légèrement plus d’espace dans "A Genuinely Benevolent Man". Des ingrédients trip-hop sont présents çà et là au long de l’album, rendant l’écoute plus perméable et à la fois surprenante et rafraichissante. Enfin, cette sensation de se balader dans les méandres d’une cité urbaine, provoquée par le côté black industriel, rappellera aux plus fins connaisseurs du style, le groupe suédois Ofdrykkja, passé maître dans le style que l’on désigne désormais sous l’appellation de black metal urbain.


Quelle est la meilleure façon d’apprécier cet album ? C’est simple : attendez le milieu de la nuit, arrêtez toute activité que vous aviez l’intention d’entreprendre, et sortez dans les rues désertes de votre ville, muni d'un casque. Maintenant, lâchez prise et ne pensez plus à quoi que ça soit pendant quarante minutes. Si ce n’est à Rien.



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