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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2022
Sa note : 8/20

LINE UP

-Lucas Mann
(guitare+basse+batterie programmée)

-Joel Omans
(guitare)

TRACKLIST

1) Shrine
2) Kronos
3) Ascending
4) Genesis
5) Mind Place
6) Sector 80
7) Shinigami

DISCOGRAPHIE


Rings Of Saturn - Rings Of Saturn
(2022) - instrumental deathcore technique - Label : Independent



Il était temps. Il fallait que ça arrive un jour. C’était inévitable. Difficilement concevable à l’échelle d’une vie de chroniqueur. Oui, mesdames, messieurs, Djentleman va pousser coup de gueule, le premier, peut-être pas le dernier, mais en tout cas, ce phénomène est aussi difficile à observer que les anneaux de Saturne.

À l’évocation du nom de la formation californienne, plein de stéréotypes vous viennent d’office à l’esprit. Le groupe est notamment accusé de ne pas savoir reproduire ce qu’ils jouent en studio, ou quand c’est le cas, à l’aide de vidéos accélérées, devant même se justifier avec la présence d’horloges analogiques. Les condamnations vont également bon train concernant leur difficulté à se renouveler et à s’enfermer toujours plus dans un style qui n’avance et n’innove plus depuis bien longtemps. Alors, à l’approche de ce nouvel album de sept pistes, les doutes des derniers récalcitrants étaient au minimum légitimes.
Pourtant, le désormais duo de Californie nous avait envoyé quelques sondes spatiales pour nous prévenir. Tout d’abord par l’intermédiaire des réseaux sociaux, en communiquant sur le fait que ROS allait se tourner vers des albums instrumentaux à l’avenir, après le départ de Ian Bearer, présent de 2012 à 2019. Il n’est pas impossible que les ambitions, le caractère buté et l’égo surdimensionné du leader Lucas Mann, aient eu raison de la motivation du frontman. D’après les deux compères, se tourner vers une composition exclusivement instrumentale leur permettrait « d’ouvrir de nouvelles portes en termes de créativité musicale […] de nouveaux territoires d’écriture et d’élargir le son global du groupe ». Mouais. Dans cette optique, ils ont donc pris l’initiative de ressortir toute leur discographie, remasterisée et nettoyée de tous vocaux, modifiant au passage l’aspect des artworks.
Après cette métamorphose qu’un Kafka n’aurait pas renié, nous voici en juin 2022, et cet album éponyme vient de sortir sous label indépendant. Pochette qui sort totalement des standards auxquels nous ont habitué Lucas Mann et Joel Omans ; nombre de titres et durée du skeud inférieurs d’un tiers par rapport aux précédentes sorties (à peine trente minutes !). On dirait presque un EP Mais surtout . . . SURTOUT . . . ce son ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ?! Où est la folie technique et sonore, où sont les ambiances aliencore que savaient nous fournir les compères il y a encore trois ans ? Envolées. Place à des arpèges de musique classique aussi bien à la guitare qu’au synthé et à une œuvre qui a tendance à tirer vers l’épique.
Alors oui, certains diront que je suis mauvaise langue, que les trois dernières pistes (dont "Sector 80" interlude de quatorze secondes) ressemblent fortement à du ROS classique. Et il serait de mauvaise foi de les contredire. Mais si c’est pour se taper des tentatives expérimentales qui flirtent avec le John Williams de Star Wars sur "Shrine", avec des musiques de fête foraine sur "Kronos", des bornes d’arcade pas très récentes sur "Ascending", du Ulver sur "Genesis", du Eskimo Callboy sur les deux précédemment nommées, ou même des sons ambiants accompagnant les mah-jongs numériques, ça sera un grand non, avec les remerciements de la maison. Ou les insultes.


Il est vrai que Rings Of Saturn nous avait habitué à inclure une piste instrumentale – voire deux – sur chacun de ses albums, mais de là à passer sur de l’exhaustivité instrumentale, c’était difficile à prévoir. Rings Of Saturn a beau ne pas être mauvais dans l’absolu, il est fade au possible quand on connait le background du groupe. Et on est en droit d’en attendre mieux, même si c'est précisément ce pour quoi ils nous ont énervé qui a disparu.



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