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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 23 octobre 2026
Sa note : 17/20

LINE UP

-Andreas Wærholm
(tout)

TRACKLIST

1) Renkesmed
2) Marionett
3) Jærtegneren
4) På røyndommens rand
5) Ids fanger
6) Mammons slaver
7) Malstrøm
8) Naturens skrik
9) Stemmer i vinden

DISCOGRAPHIE


Urkraft - Naturens skrik
(2026) - black metal atmo - Label : Dusktone



- Alors, parlez-moi de votre projet musical… nous allons trouver votre positionnement optimal sur les réseaux sociaux !
- Alors c’est un projet metal...
- Metal ? Dans l’air du temps ! Le Hellfest, merveilleux ! J’ai ici un algorithme qui…
- Du black metal.
- Oh oh ! Monsieur est un rebelle ! Une petite odeur de soufre plane dans le bureau tout d’un coup, non ? Ha ha ! Aucun problème, mon alg…
- De black metal atmosphérique.


- Atmo… atmosphérique ?
- Atmosphérique. Spectral. Brumeux. Incorporel tendance bizarroïde…
- Je vois oui… Et sinon, vous écrivez également ? Vous peignez peut-être ?

Il y a clairement des projets plus porteurs que d’autres. Maintenant que le metal, et même le black metal, ont tellement pignon sur rue que l’on peut y greffer des concepts sociétaux porteurs et en tirer une gloire infinie - entendre plusieurs milliers de followers sur « Insta », et pourquoi pas TikTok -, composer une musique faites de nuances, de blasts un tantinet fantomatiques et ne rien aborder de très sulfureux - ou si c’est le cas, c’est en norvégien, pas en anglais, big fail... -, eh bien ça ne vend pas des masses. Eh quoi ? Ne nous lamentons pas ! Andreas sait ce qu’il fait ! Ses rentrées d’argent ne proviennent pas de la musique, c’est sans doute assumé puisque Naturens skrik est le troisième bébé de ce multi-instrumentiste de talent. Et puis, pour vivre heureux, vivons cachés ! Les quelques fans de ce projet de black éthéré et un brin mortifère peuvent profiter des compositions de cette nouvelle offrande en toute tranquillité, sans personne pour venir leur expliquer le groupe ou pour cracher dessus. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, il se trouve que la qualité du troisième effort de ce Norvégien solitaire est du même ordre que celle de Lyset skinner best i mørket, l’album précédent.
En revanche, le décor change quelque peu. Si l’on retrouve cette touche de dissonance, ces mélodies morbides et ces plages atmosphériques, le nouvel opus s’avère moins sylvestre et moins secret que son prédécesseur. Un peu comme si le terrifiant crapaud de l’étang du fond du bois maudit s’était transformé - par le biais d’un bisou comme dans les contes ? Ma foi, tous les goûts sont dans la nature ! - en un méchant sorcier décidé à parcourir le monde et le ravager. Plus musclé que le deuxième volet de l’aventure Urkraft, plus agressif, Naturens skrik joue un peu moins sur l’hypnotisme de ses compositions et augmente la dose de symphonie. Rien à voir avec Dimmu Borgir cependant, les claviers et les chœurs, très présents sur l’ensemble de l’œuvre, sont toujours entourés d’un halo brumeux et confèrent à l’ensemble une beauté maladive assez saisissante. Et si la seconde moitié du travail ne se situait pas un ton en dessous de la première - pas de quoi s’alarmer, mais à partir de "Mammons Slaver", le tout rentre un peu dans le rang avec des compositions plus attendues -, on aurait pu parler de réussite totale tant la musique jouée de "Renkesmed", longue intro délétère, à l’épique "Ids fanger" et son superbe break pinkfloydien s’avère brillante et même foisonnante.
On retiendra tout particulièrement deux splendides titres. D’une part, "Jærtegneren", mêlant habilement black metal racé façon Vergezicht d’Iskandr et mélodies à la Wongraven, le temps d’un break central rappelant le point culminant du mythique "Det var en gang et menneske". D’autre part, un "På røyndommens rand" étonnamment technique et bouillant, avec son rythme chaloupé et sa basse intenable, vous donnant à chaque écoute l’impression d’avoir fait un petit tour du côté de l’inframonde. Toutefois, même si ces deux morceaux constituent peut-être l’intérêt principal de l’album, et malgré les quelques réserves émises sur sa seconde partie, l’album doit absolument être écouté d’un trait car, tout comme sur l’album précédent, la puissante magie de l’ensemble réside dans sa cohérence et son atmosphère globale. Ne charcutez pas Naturens skrik sous peine de voir votre plaisir considérablement amoindri et, pourquoi pas, une visite inamicale d’Andreas. Vu ce qu’il arrive à composer, ça ne m’étonnerait pas qu’il possède deux ou trois pouvoirs, celui-là…


Que la sortie du nouvel Urkraft fait du bien, tant cette année 2026 a peiné à me contenter en termes de black metal. Plus sauvage que son prédécesseur, Naturens skrik - le cri de la nature - montre le one-man-band sous un jour plus agressif et musical. J’invite chaudement tout fan de black atmo (a)normalement constitué à découvrir ce projet aussi atypique que fascinant. Allez, j’y retourne !





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