CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
le 14 novembre 2008




SETLIST

Auslander
Desperate People
Middle Man
Pride
Funny Vibe
Type
Which Way to America ?
Elvis Is Dead
Method to Madness (nouveau titre)
Deca-dance (nouveau titre)
This Little Pig
Ignorance Is Bliss
Glamour Boys
Bi / Hideaway
Bless Those / Solo de batterie
Never Satisfied
Time's Up
Cult of Personnality

Rappels:

Talkin' Bout a Revolution
Love Rears It's Ugly Head
Should I Stay or Should I Go? / What's Your Favorite Color ?
Happy Birthday to Corey Taylor

AFFILIÉ

Living Colour
Paris - Zénith
(13 décembre 2009)

05 novembre 2008 - Paris - New Morning


Living_Colour_Paris_-_New_Morning_20081105

Mercredi 5 novembre 2008, vous faisiez quoi ? La question mérite d’être posée puisque voilà tout simplement une date que les heureux chanceux présents au New Morning ce soir-là ne sont pas prêts d’oublier, certains parlant même de meilleur concert de l’année. Ni plus, ni moins d’autant qu’une partie de ce noble public était déjà sorti la veille pour assister au magistral show d’Extreme (live-report ici). La raison de cet engouement: le 5 novembre, Living Colour a dépassé toutes les espérances de ce qu’il est possible d’attendre de la part d’un groupe pour le prix d’un simple billet.

Plus c’est long, plus c’est bon, paraît-il. Musicalement, ce n’est pas toujours vérifiable sachant qu’en principe le spectateur sort plus souvent déçu d’une salle de concert en raison de la courte durée d’une prestation (ZZ Top ? Marylin Manson ? Rage Against the Machine ?) que d’un spectacle qui se serait un peu trop éternisé (Dream Theater ?) Dans le premier cas, le fan se sent un peu lésé et dans le second, un peu gavé. Que penser alors et rétrospectivement d’une prestation de 2h30 de Living Colour ? Le connaisseur se pince histoire de bien réaliser qu’il n’a pas rêvé. Ensuite, il se remémore les premiers mots de Vernon Reid entrant en scène : «Tonight, it’s a special night!» Une nuit spéciale pour tout le monde. Car le 5 novembre 2008, les membres de Living ne sont pas prêts de l’oublier non plus : Barack Obama est devenu le 44e Président des Etats-Unis, mais surtout le 1er Black à conquérir ce poste. Et ça va se fêter, là, ici, à Paris. Et ça va faire mal. Encore plus mal que lors de leurs deux derniers passages parisiens, en juillet 2007 (LIEN CHRONIQUE DVD), dans cette même enceinte du New Morning. Et ça va sonner fort. Encore plus fort comme semble en attester le matériel disposé sur scène, plus conséquent que lors de leur précédente tournée.

Pourtant le matin même, à l’annonce du résultat des élections chez nos amis d’Outre-Atlantique, votre serviteur a immédiatement pensé à l’impact de cet événement politique sur la soirée qui l’attendait. A la limite et sans mauvais esprit aucun, il redoutait quelque peu le speech lourdingue, voire même un surplus d’énergie qui finira en tirade bien moralisatrice. Living Colour appartient (et bien lui en prend) à la Black Rock Coalition, dont le seul nom permet d’appréhender les missions exercées par cette noble institution. Et bien non, les New-yorkais ont exprimé leur bonheur de la plus simple et belle des manières : via leur musique, et en assénant le barrackobamien «Yes we can» par intervalles réguliers, systématiquement repris en choeur par un public qui aurait de toute façon glissé le même bulletin de vote dans l’urne que Vernon et ses zouailles s’il avait la nationalité américaine.

Inutile dans ces circonstances de chercher à comparer la prestation du soir de celles dispensées en 2007. Et ce même si dans les deux cas, Living Colour n’avait aucun nouvel album à défendre. La crainte d’une redite de l’année précédente pouvait sembler légitime. Elle s’estompe dès le premier morceau qui ne sera pas “Type”, mais le plus méconnu et heavy “Auslander”. Une entrée en manière symbolique de la tonalité de la soirée : extrêmement rock, bien plus que lors de leur dernière venue. Ce n’est pas pour autant que l’aspect funk qui fait leur renommée a été laissé dans les flightcases. Bien au contraire. Glover (qui porte bien le keffier) et les siens enchaîne directement un quarté gagnant très groove : “Middle Man”, “Pride”, “Funny Vibe“ et “Type”. Chaque fin de morceau est propice à balancer la sauce, quitte à dévier de l’esprit funky originel (pour souvent mieux y revenir). Sur “Pride”, Glover (qui a excellé de bout en bout) finit par hurler comme s’il s'était transformé en Brian Johnson. Wimbish (le meilleur bassiste au monde, au moins ce soir-là) balance ses sons les plus fuzz sur “Funny Vibe”. Calhoun, malgré quelques pains et visiblement plus fatigué qu’en 2007, aurait pu cogner sans conteste pour Slayer... si Slayer avait composé “Pride”! Et Reid, fidèle à lui-même, a ajouté quelques kilos de saturations dans son bel arsenal d’effets, pour mieux shredder et donc aligner de la note à en laisser Malmsteen ou Batio sur le bas côté. Le tout sans jamais trahir l’esprit des morceaux, et sans pour autant parler de nouveaux arrangements à proprement parler puisque les titres les plus funky conservent toujours leur caractère funky. Ils prennent juste un petit côté heavy rock / hard rock supplémentaire qui leur sied à ravir dans cette dimension live. Il semble d’ailleurs qu’il s’agisse de ce vers quoi s’oriente le prochain opus studio (intitulé The Chair in the Doorway), une petite galette arlésienne attendue pour le printemps prochain. Deux nouveaux morceaux ( l’hypnotique “Method to Madness” et l’entraînant “Deca-dance“) ont d’ailleurs intégré la setlist… pour être immédiatement adoptés par un public visiblement en attente de réelles nouveautés depuis 2003 et Collideøscope. Deux nouveautés rageuses, rugueuses qui laissent augurer le meilleur. Yes, we can. Incontestablement.

La soirée est pourtant loin d’être finie. Pour dire vrai, le plat de résistance n’a même pas encore été servi ! Les titres plus classiques et plus conformes à leur enregistrement studio s’enchaînent dans la bonne humeur, entre les insertions de riffs et mélodies ultra-connus (Le Thème du Parrain, Smoke on the Water, tout Hendrix par Vernon) et les effets/bruitages balancés par un Wimbish via son portable Mac nanti d’une sacrée banque de sons (aboiements, miaulements…) Et comme en 2007, il est important de rappeler qu’aucun membre ne tire la couverture à lui, même lors des inévitables interludes solo. Le groupe s’est même adjoint les services d’un ami musicien sud-africain, au saxophone sur “Elvis is Dead” et aux claviers sur “Love Rears It's Ugly Head“. Chaque membre introduit son successeur, l’encourage, puis le félicite. Calhoun, munie de ses baguettes luminescentes s’offre la plus longue partie en solitaire, dans une salle devenue silencieuse et bien sûr dans la pénombre. Un son et lumières un poil longuet, d’autant que sur la fin, le batteur semblait quelque peu en souffrance… Cela ne l’a pas empêché de cogner on ne peut plus fort sur les cultissimes “Time’s up“ et “Cult of Personnality“ juste avant de faire une pause. En temps normal, cette sortie de scène aurait été qualifiée de pré-rappel. Parlons cette fois juste de pause puisque Glover et Reid rappliquent dare-dare avec leur version du “Talkin' Bout a Revolution” de Tracy Chapman. ZE chanson de circonstance, il va sans dire, mais ma-gis-tra-le-ment chanté par Corey. Ce dernier (qui a fondu en larmes) se souvient -lui- chaque année du 5 novembre puisqu’il s’agit de son anniversaire. Les yeux humides, il soufflera les bougies du gâteau apporté par une charmante jeune femme. Un happy birthday on ne peut plus mérité lui sera offert par ses collègues, le public et le management du New Morning, juste après l’interprétation de l’énorme “Love Rears It's Ugly Head“ et surtout de “Should I Stay or Should I Go“?


Should I Stay or Should I Go ? Puisque la question est posée, nombreux seraient les spectateurs qui seraient restés pour en prendre encore plus dans leurs esgourdes. 2H30 de bon son ne laissent heureusement personne sur sa faim. Seule déception : cette année, pas une caméra (officielle) n’a immortalisé cette splendide sauterie. Tant pis, Living Colour reviendra dès l’année prochaine en France avec un nouvel opus dans ses bagages et probablement quelques kilos de surprises. Obama sera alors toujours président et aura commencé sûrement à ne pas tenir toutes ses promesses électorales. Contrairement à Vernon et les siens qui ne semblent pas prêts de trahir leur bon esprit et leur générosité communicative. Donc leur public. Amen.


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