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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 13 novembre 2007
Sa note : 15/20

LINE UP

Daemon
(chant+guitare)

Morfeus
(chant+guitare+claviers)

TRACKLIST

1)A Cosmic Funeral Of Memories
2)A Void Of Lifeless Dreams
3)Grace By Torments
4)Infernal Phantom Kingdom
5)Legacy Of Evil
6)Lycanthropic Tales
7)Nebulous Dawn
8)Seven Doors Of Death
9)Twilight Omen
10)Unleashed From Hell

DISCOGRAPHIE


Limbonic Art - Legacy Of Evil



C’est avec un sens certain du théâtral que Limbonic Art avait annoncé son retour le 6.6.2006, jour que certains qualifiaient de «jour de Satan» ce qui, il faut bien le dire, était plutôt rigolo. Et ainsi, mine de rien, un certain émoi s’était créé autour de cette nouvelle : car oui, Limbonic Art était absent depuis 2002 et le moyen The Ultimate Death Worship. Les enfants illégitimes d’Emperor allaient-il faire de ce come-back un retour aux sources, celles-là même qui nous ont fait vibrer à la fin du siècle dernier avec les monstrueux In Abhorence Dementia et Ad Noctum – Dynasty Of Death ? Pas si sur.

Une chose, en tous cas, est sûre : Limbonic Art persiste et signe dans la nouvelle optique qui est sienne. Optique plus brutale, plus directe, et surtout moins symphonique. Rappelez-vous, pour ceux qui se sont fait happer par la majesté Wagnérienne de In Abhorence Dementia, ou la lenteur mystique de Moon In The Scorpio ; rappelez-vous ces claviers grandiloquents, ces mélodies majestueuses et ces arrangements glaciaux qui avaient en deux albums donné ses lettres de noblesse à Limbonic Art. Souvenez-vous en, parce que Limbonic Art, ça n’est plus tout à fait ça. Oh, certes, les composantes de base (y compris la couverture réalisée comme de coutume par Morfeus) sont encore là : mais elles sont rassemblées dans un ordre de priorité différent.

Là où les claviers occupaient une place prépondérante dans la musique de Limbonic Art, c’est cette fois-ci la guitare qui envahit une bonne partie de l’espace sonore. Les claviers sont eux étonnamment discrets : plutôt que d’apporter une nouvelle dimension harmonique à l’ensemble, ils se contentent bien souvent de suivre les lignes de guitares, apportant certes une ampleur indéniable au son mais occultant les principales composantes orchestrales de l’ensemble. Morpheus et Daemon sont cette fois partis sur une base bien plus directe, plus agressive et plus heavy. Il n’y a qu’à entendre les premières secondes du CD pour s’en convaincre : l’album débute sur un blast-beat et le chant entre en scène directement - point d’intro ou de mise en ambiance.

Et cette direction sera suivie sur l’ensemble des soixante minutes de l’album : seule "Twilight Omen" se fend d’une longue intro symphonique comme à la grande époque, quoiqu’un poil en dessous de ce que Limbonic Art a pu créer par le passé. Tous les autres titres commencent donc sans préambule, et souvent très rapidement. C’est bien simple, le blast-beat occupe un pourcentage non négligeable de l’album. La batterie virtuelle au son si caractéristique se veut toujours aussi efficace. Sans chercher à donner l’illusion d’une vraie batterie, Morpheus et Daemon savent lui donner une certaine ampleur dès lors qu’elle sort des sacro-saint blast-beats ("Twilight Omen", "Legacy Of Evil" ou "A Void Of Lifeless Dream"). Mais qu’on ne s’y trompe pas, la violence est omniprésente. Et quand elle n’est pas frénétique, elle est froide et pesante comme sur "Grace By Torments" qui rappelle les rythmes lancinants de Moon In The Scorpio.

Passée la déception de ne pas retrouver la grandeur des opus passés, on reconsidère ce Legacy Of Evil d’un autre œil. Long et très dense, cet album est par conséquent assez difficile à appréhender. L’écouter dans son intégralité peut s’avérer éprouvant tant celui-ci est intense. Mais finalement, une fois la bête domptée, on constate que ce retour est une réussite. Il est certain que les fans des premiers albums de Limbonic Art risquent d’être déstabilisés par Legacy Of Evil (encore que la couleur avait été annoncée avec The Ultimate Death Worship) et sa violence discontinue (ou presque) mais la persévérance paye : il n’y a qu’à écouter les excellents "Lycanthropic Tales" et "Nebulous Dawn" ou le torturé "Seven Doors Of Death". Quant au chant, quoique majoritairement black, il est toujours varié, alternant les plages de chant clair ou incantatoire.

Et puisqu’il faut souligner les défauts de la bête, reconnaissons que la difficulté que l’on éprouve à s’envoyer l’album de A à Z en une fois vient en partie du fait de l’effet lassitude. Trop soumis à une intensité extrême, l’auditeur s’en détache progressivement avec la sensation diffuse d’écouter toujours la même chose depuis le début. De même que pour apprécier un bon vin, on ne doit pas le boire accompagné de n’importe quoi, dans n’importe quelles conditions et à n’importe quelle température, Legacy Of Evil se déguste par petites lampées. Deux-trois chansons d’affilée font en général parvenir l’auditeur à saturation, celui-ci préférant faire une pause quitte à y revenir un peu plus tard avec un plaisir décuplé, et prêt pour une nouvelle plongée au plus profond de cet abysse.


Sombre, violent et intense : Legacy Of Evil n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. Mais bien que Limbonic Art ait changé depuis ses débuts, l’ambiance et le mysticisme qui se dégagent de ses compositions sont toujours présents. Sous un jour toujours plus impitoyable, le duo Morpheus/Daemon peut se vanter d’avoir – sans parler de chef-d’œuvre - réussi leur retour, convaincant l’auditeur de la qualité de leur album non par la cajolerie ou la séduction, mais bien par la violence et une grosse baffe dans la face.


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