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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 18 novembre 2007
Sa note : 9/20

LINE UP

-Adrian Belew
(chant+guitare)

-Robert Fripp
(guitare+orgue+Frippertronics)

-Tony Levin
(basse+stick chapman+chœurs)

-Bill Bruford
(batterie)

TRACKLIST

1)Neal And Jack And Me
2)Heartbeat
3)Sartori In Tangier
4)Waiting Man
5)Neurotica
6)Two Hands
7)The Howler
8)Requiem

DISCOGRAPHIE


King Crimson - Beat
(1982) - pop prog - Label : E.G. Records




Intéressants, ces livrets des réeditions de King Crimson… on y apprend, au travers de coupes d’articles de la presse musicale, que si Discipline avait été bien reçu, les rock-critics encore traumatisés par les vestiges du progressif n’espéraient pas pour autant un retour prolongé du Roi. C’est ainsi que Beat, paru l’année suivante, s’est pris une volée de bois vert. Sauf qu’en fait, il ne l’a pas volée.



Beau ratage, en effet, que cet album. Il développe pourtant des éléments qu’avait apporté son prédécesseur, à savoir l’enchevêtrement des parties instrumentales répétées (inspiré du gamelan, pour ceux qui apprécient les termes techniques) et l’usage de la guitare comme instrument-orchestre, propre à reproduire des sonorités qu’on destinerait plus logiquement à un clavier. Dans les faits, ce sont les morceaux qui se cantonnent à cette approche qui s’en tirent le mieux ici. Ainsi, l’ouverture "Neal And Jack And Me" apparaît comme un prolongement possible du morceau-titre qui clôturait Discipline, tout comme l’excellent "Waiting Man", échappée des brumes de l’orient dans sa première partie avant de muer en une sauterie pop schizophrénique. Comme sur leur précédente réalisation, le travail rythmique accompli est exemplaire: avec Levin et Bruford à l'œuvre, difficile de se planter à ce niveau.

Seulement, quelque chose nous fait déjà tiquer… déjà, ce principe de « guitare-orchestre », lié à une époque où les techniques de reproduction des sons étaient peu avancées, se montre sans pitié en 2007. Il faut faire preuve d’une sacrée mauvaise foi pour affirmer qu’un titre comme "Sartori In Tangier" n’a pas horriblement vieilli, même si cet instrumental est plutôt agréable. L’autre problème, c’est le style vocal de Belew qui, justement, peine à trouver son style. Tantôt David Byrne, tantôt Daryl Hall, il ne quitte jamais le terrain de l’imitation honnête et n’a pas encore trouvé sa couleur beatlesienne qui lui siéra nettement mieux plus tard. Pour l’heure, ce mimétisme forcené agace les oreilles, d’autant plus que la place du chant est ici plus importante que sur leur précédent effort.

C’est ainsi que les tentatives pop-soul de "Heartbeat" et "Two Hands" tombent à l’eau, la faute à ce chant forcé et la froideur de l’ensemble. Quand la pop se fait sauvage et hargneuse, ça passe ou ça casse : ça passe avec "Neurotic"a, à l’urgence bienvenue dans un disque somme toute assez mou ; ça casse avec "The Howler", trop déséquilibré et mal amené pour y voir autre chose qu’un exercice de style gratuitement dissonant. Ce ratage reste minime comparé à l'horrible "Requiem", instrumental grossier qui reste l’une des pires absurdités jamais enregistrées par le groupe. Six minutes de masturbation collective qui se voudraient glauques et malsaines mais ne parviennent qu’à être péniblement bruyantes et terriblement veines. Un comble quand on pense à la folie qui habitait Starless And Bible Black, autrement plus sournoise et terrassante.


Finir un disque sur une telle impression n’aide pas à dresser un bilan positif : et pour sûr, Beat n’a pas beaucoup d’éléments qui plaident en sa faveur. Inégal, n’offrant pas de nouvelles perspectives, il reste le parent pauvre de la trilogie 80’s de King Crimson, et son achat est à réserver aux complétistes et autres acharnés de la cause Frippienne. Discipline reste l’achat qui s’impose pour découvrir l’identité du groupe dans cette décennie.


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