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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 27 novembre 2007
Sa note : 15/20

LINE UP

-Adrian Belew
(chant+guitare)

-Robert Fripp
(guitare+soundscapes)

-Trey Gunn
(Warr Guitar)

-Pat Mastelotto
(batterie+programmation)

TRACKLIST

1)The Power To Believe I: A Cappella
2)Level Five
3)Eyes Wide Open
4)Elektrik
5)Facts Of Life (Intro)
6)Facts Of Life
7)The Power To Believe II
8)Dangerous Curves
9)Happy With What You Have To Be Happy With
10)The Power To Believe III
11)The Power To Believe IV: Coda

DISCOGRAPHIE


King Crimson - The Power To Believe
(2003) - rock prog - Label : Sanctuary Records



Élève Fripp, c’est à vous ! Prenez place, tombez la veste si cela vous chante, je sais que ce n’est pas trop dans vos habitudes mais faisons fi des conventions, vous avez l’habitude après tout… bien, comme votre tuteur me l’a précisé, vous avez souhaité effectuer un travail de synthèse sur vos expériences de ces dix dernières années. À voir ce que donne le résultat final, même si je dois vous avouer que je suis plutôt confiant, voyez…

Certes, vous n’avez pas été d’une grande productivité sur la décennie, du moins comparé à vos efforts passés… ce ne sont pourtant pas vos productions qui manquent, mais disons que le choix de les publier sous diverses incarnations, et de manière parfois assez confidentielle, fait qu’hormis vos plus grands admirateurs – et l’on chuchoterait ici et là qu’il y en aurait un certain nombre – peu de personnes ont suivi ce que ce vous avez pu faire pendant tout ce temps. Du moins liront-ils votre nouvelle prose avec un œil frais, eux, car je note que vous avez inclus dans votre essai des sections que vous aviez déjà incorporé dans vos précédentes réalisations… pour les parfaire, me dites-vous, fort bien, ne vous vexez pas. Oui, "Level Five", "The Deception Of The Thrush" – ici incorporé comme troisième partie de l’opus-titre, tiens donc ! – tout cela rappellera des choses à certains, me trompe-je ?

De même, monsieur Fripp, je constate que vous réutilisez à loisir des tournures grammaticales qui vous étaient propres il y a déjà trente ans ; mais, ma foi, vous les modernisez avec une telle élégance que je ne peux que m’incliner. Facile de voir que "Level Five", sous son intitulé, cache une probable cinquième partie de votre histoire de langues d’alouettes, mais quelle ! La construction est imparable, les sections tarabiscotées s’enchaînent sans pitié, et ce travail rythmique, pardi ; quelle belle manière de lancer votre prose ! Et l’on trouve aussi "Elektrik" plus loin, que l’on prendra sans peine pour un développement possible de "Fracture", et même si vous n’atteignez pas les hauteurs de votre modèle, vous savez toujours frapper là où il faut, et quant à savoir comment, vous pouvez compter sur vos camarades Gunn et Mastelotto.

Et puis, c’est louable, pas de faute de goût à déplorer. Allez, pinaillons, on pourrait trouver à redire sur cette charge un peu facile contre ces jeunes débridés au style… néo, dit-on ? Oui, voilà : ce "Happy With What You Have…" ne dépasse malheureusement pas le stade de la joyeuse plaisanterie. Dans le même style, vous vous montrez bien plus efficace avec "Facts Of Life", tranchant comme un couperet et délicieusement pervers… mais je m’égare. Ce sont d’ailleurs les seuls efforts qui comportent un quelconque dialogue, si l’on inclut le léger "Eyes Wide Open" et ses phrasés enchevêtrés, un des rares et bienvenus moments d’accalmie de votre travail.

Mais s’il est une spécialité dans laquelle vous excellez toujours autant, monsieur Fripp, c’est bien cette science du crescendo, et toute cette sournoiserie, cette cruauté qu’elle concentre… oui, derrière cette attitude stoïque, se cache le plus grand carnassier qui soit. Parlons de "Dangerous Curves", de ce motif lugubre qui ne cesse de croître jusqu’à menacer d’éclater, et rend son dernier râle dans un point final ignoble, qui aura au moins confirmé une chose : le laid possède sa beauté propre. Ce que vous savez déjà depuis longtemps, Ro… enfin monsieur Fripp. À ceux qui en doutent encore, vous offrez en pénultième attaque l’ultime déclinaison d’une de vos pièces les plus sombres, ce fameux "Deception Of The Thrush", dans une forme plus ramassée mais tout aussi troublante et perturbante, et de rendre votre tablier sur une petite note d’espoir, ou de calme après la tempète ; un "Coda" qui remplit gentiment sa fonction.


Alors certes tout cela manque un peu de folie, monsieur Fripp, mais n’est-ce pas le propre des œuvres de synthèse de se concentrer sur le contenu et la substance, au détriment peut-être de l’imagination et l’ambition à n’en plus finir ? Mais vous avez déjà suffisamment donné de ce côté-là dans vos réalisations passées pour qu’on puisse savourer sans complexe ce rapport 2003. Excellente et pertinente actualisation des thèmes qui vous sont chers, vous avez, une fois de plus, mérité de figurer au tableau d’honneur !


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