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CHRONIQUE PAR ...

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Lord Henry
Cette chronique a été mise en ligne le 18 février 2008
Sa note : 12.5/20

LINE UP

-Tony Kakko
(chant)

-Jani Liimatainen
(guitare)

-Marco Paasikoski
(basse)

-Mikko Harkin
(claviers)

-Tommy Portimo
(batterie)

TRACKLIST

1)...Of Silence
2)Weballergy
3)False News Travel Fast
4)The End Of This Chapter
5)Black Sheep
6)Land Of The Free
7)Last Drop Falls
8)San Sebastian (Revisited)
9)Sing In Silence
10)Revontulet
11)Tallulah
12)Wolf And Raven
13)Power Of One

DISCOGRAPHIE


Sonata Arctica - Silence
(2001) - mélodique speed metal - Label : NTS




Sonata casse la baraque en 2000 avec un Ecliptica imparable, et part dans la foulée en tournée aux côtés de Stratovarius et de Rhapsody. Pas mal pour un début. Il faut maintenant transformer l’essai et confirmer le statut de jeune espoir que beaucoup s’accordent à lui allouer. C’est ce que Silence ne fera qu’à moitié. Là où Ecliptica aligne tube sur tube sans grosse baisse de régime, Silence se montre étrangement, fichtrement, cruellement irrégulier.


C’est là que le bât blesse. Car des hits dans la veine d’Ecliptica, il y en a : entendre "Black Sheep" et son lead clavier-guitare malmsteenien, ou bien "San Sebastian", alias THE hymne speed-mélo, géniteur de pogos furieux en concert. Carrés, mélodiques, un brin de folie, c’est bien cela qu’on a tant apprécié dans le premier album des zouaves. Qualités que l’on retrouve par ailleurs dans l’instrumental allumé "Revontulet" (« aurore boréale » en finnois) d’obédience néo-classique. Alors pourquoi "False News Travel Fast", "Land Of The Free" ou "Weballergy" ne fonctionnent-ils pas aussi bien, alors que c’est peu ou prou la même recette qui est appliquée ?

Difficile à dire. Le premier se perd en tergiversations et en ruptures brutales de rythme dans un effort de structure plutôt vain – et ce n’est pas l’invité Tomi Kotipelto qui peut arranger ça. Le deuxième… n’est pas une bonne composition, tout simplement. Une mélodie bateau, un refrain en dessous de tout… On entend du Nightwish lors du break « grand cirque de Monte-Carlo » …À oublier. Le troisième aurait pu faire mouche si le groupe avait su masquer sa platitude autrement que par une avalanche de double grosse caisse. Et ce texte… Curieux de la part d’un Tony Kakko habituellement bien plus appliqué que cela. Bonne partie instrumentale malgré tout.

Aux titres les plus speed succèdent sans transition les ballades les plus mollassonnes, autre erreur de jugement qui brise l’homogénéité de Silence. "Tallulah" gagnera sans peine la palme du slow le plus gnangnan écrit par Sonata Arctica, avec son piano tout droit sorti des « Feux de l’Amour» . "Sing In Silence" se veut plus sombre mais le groupe rate son ambition, faute de mélodie réellement marquante. "Last Drop Falls" retombe dans le cliché power-ballade de metalleux lovers, mais la qualité d’interprétation fait ici la différence. Je parle particulièrement des lignes vocales, domaine où Tony se met réellement à épater la galerie. Une bonne chanson qui arrive malheureusement un peu comme une perruque lancée violemment dans la marmite de potage, coincé entre les speedés "Land Of The Free" et "San Sebastian".

Ce diable de Tony ne fait certes pas encore de merveilles en live, mais il maîtrise parfaitement son sujet en studio, et même plus que ça. Certains titres ont de toute évidence nécessité plus d’implication que d’autres lors du processus d’écriture, et notre vocaliste saura y retransmettre un paquet d'émotions. C’est le cas de "The End Of This Chapter", premier mid-tempo réellement « construit » du groupe, premier volet d’une suite conceptuelle basée sur un personnage (et poursuivie plus tard avec "Don't Say A Word" et "Caleb"), et première véritable réussite de cet album. L’épique "The Power Of One" souffre du même manque de réalisme que "Destruction Preventer" sur Ecliptica, en alternant de nombreux plans sans réelle cohérence ; pourtant le jeune Kakko nous y montre l’étendue de son registre, du plus grave (introduction) au plus aigu (deuxième pont) via le plus soft (conclusion). Et comment ne pas parler de "Wolf & Raven", tuerie speed où Tony bluffe littéralement son monde en servant un chant à la fois aigu (mais jamais suraigu), agressif et saccadé ? Quel débit ! Quel refrain !


C’est par ailleurs sur ces mêmes titres que nous retrouvons les qualités techniques des compères, avec force soli, duels clavier-guitare, breaks structurants, etc. Un peu comme si le groupe avait bossé d’arrache-pied sur quatre ou cinq chansons et se serait contenté de chutes de studio pour boucler son album… Très frustrant, d’autant que dans un amas de compositions dispensables, la qualité des meilleurs titres ne transparaît pas aux premières écoutes. Néanmoins certains extraits de ce Silence figurent en bonne place dans chacun des concerts du groupe, et ce n’est pas pour rien. Dommage tout de même !


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