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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 avril 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Vincent Damon "Alice Cooper" Furnier
(chant)

-David William Logan "Davey" Johnstone
(chœurs+guitare)

-Richard Allen "Dick" Wagner
(guitare)

-David "Dee" Murray Oates
(basse)

-Dennis Conway
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Marcella "Macy" Levy Detroit
(chant sur "Millie and Billie")

-Pauline "Kiki Dee" Matthews
(chœurs)

-Sheryl Cooper
(chœurs)

-William Bradford "Bill" Champlin
(chœurs)

-Robert Troy "Bobby" Kimball
(chœurs)

-Mark "Flo" Volman
(chœurs)

-Howard "Eddie""Kaylan" Kaplan
(chœurs)

-Thomas F. "Tom" Kelly
(chœurs)

-Totally Committed Choir
(chœurs)

-Steven Lee "Steve" Lukather
(guitare)

-Jay "wah wah" Joseph Graydon
(guitare+claviers)

-Richard Alan "Rick" Nielsen
(guitare)

-Jefferson Kewley
(guitare)

-David Walter Foster
(claviers)

-Frederick Lawrence "Fred" Mandel
(claviers)

-Robert Glenn "Robbie" King
(claviers)

-William David Hungate
(basse)

-Jonathan "John" Pierce
(basse)

-Kenny Passarelli
(basse)

-Leland "Lee" Sklar
(basse)

-Rick Shlosser
(batterie)

-Michael "Mike" Ricciardella
(batterie)

-James Lee "Jim" Keltner
(percussions)

-Jeffrey Thomas "Jeff" Porcaro
(programmation)

-Frank DeCaro
(chef d'orchestre)

TRACKLIST

1) From the Inside
2) Wish I Were Born in Beverly Hills

3) The Quiet Room
4) Nurse Rozetta
5) Millie and Billie
6) Serious
7) How You Gonna See Me Now
8) For Veronica’s Sake
9) Jackknife Johnny
10) Inmates (We’re All Crazy)

DISCOGRAPHIE


Cooper, Alice - From the Inside
(1978) - hard rock - Label : Warner



Alice à la croisée des chemins. Que faire lorsque l'autoroute du succès s'est transformée en sentier cahoteux, gravie à coups de gnôle pour se donner du courage ? Impasse de la redite d'un côté, voie incertaine de la nouveauté de l'autre : quel choix opérer ? S'entêter, façon Led Zep et Yes, en attendant des jours meilleurs ? Suivre ces morveux hirsutes qui réinventent le rock dans la rage et l'impolitesse ? Plus radical, encore : arrêter les frais, à l'instar de Deep Purple et King Crimson ? Non, jeter l'éponge ne peut pas être une option - Alice est le rock, excès inclus. Il doit bien exister une autre solution. Pourquoi ne pas l'inventer, avec l'aide de quelques amis ?

La liste d'invités longue comme le bras donne une indication assez lourde sur l'assistance dont a bénéficié Vincent Furnier pour accoucher de son onzième effort longue durée. Outre un aréopage de requins de studio, les membres de Toto et surtout les musiciens qui accompagnent habituellement Elton John sont venus prêter main forte au grand prêtre du shock rock. Même Bernie Taupin, le parolier attitré de l'interprète de "Don't go breaking my Heart" est de la partie - Kiki Dee, l'autre moitié du duo qui a remporté le jackpot avec la gentille rengaine, aussi. Dès lors les choses sont claires : une proposition a été violemment rejetée. From the Inside ne sera pas punk. La supposition d'un changement de style n'était pas farfelue, le natif de Detroit traînant régulièrement dans les clubs new-yorkais avec son ami et concitoyen Iggy Pop, le parrain du genre popularisé par les Ramones et les Sex Pistols. Malheureusement le prétexte de ces virées nocturnes semble plus à voir avec la biture qu'avec la musique, ce que confirme le séjour en sanatorium observé par le Coop' afin de mettre fin à son addiction à l'alcool - juste après la tournée qui a suivi le froid et décevant Lace and Whiskey (1977), album concept à l'ambiance polar sans doute inadaptée à l'exubérance du showman au maquillage horrifique. Maquillage qui dégouline en gros plan sur la pochette, tandis que dans les prunelles d'un Furnier blafard et terrifié s'incrustent les visages des pensionnaires qui ont inspiré le sujet de From the Inside: sombre dans le fond, léger dans la forme ?
L'ouverture éponyme confirme et dément tout à la fois cette hypothèse un peu trop évidente. Car si les paroles n'incitent guère à la rigolade – certain(e)s ne manqueront pas de moquer ce soudain accès de sérieux – la mélodie principale, même renforcée par des chœurs avenants, ne donne pas dans la fadeur, loin s'en faut. À la fois entraînante et mélancolique, elle éclate telle une jolie bulle d'humeurs acides, en conclusion d'un motif à la tension subtile mais tenace, guidé par un piano et des guitares dédoublées que survole le chant habité de celui qui vient de se farcir trois mois d'HP. Les fans qui ne jurent que par les titres les plus lourds du macabre Monsieur Loyal adepte des simulacres de mises à mort sur scène penseront leur idole vendue aux sirènes fructueuses du disco à l'écoute de "Wish I Were Born in Beverly Hills", seconde pépite au tempo effréné qui donne effectivement une envie irrésistible de se secouer le bas des reins. Néanmoins les guitares prennent nettement le dessus, insufflant l'énergie qui irise cette ritournelle tirée vers la lumière par une chorale guillerette, seul lien immédiatement identifiable reliant Cooper au pianiste chauve doté de lunettes loufoques qui lui a prêté du personnel. De fait, à l'exception du single "How You Gonna See Me Now", ostensiblement orienté radio, la six-cordes électrique l'emporte toujours sur le clavier, omniprésent mais cantonné à un rôle d'accompagnement. Ainsi protégés de toute mièvrerie et scandés par les inflexions tranchantes du boss, les morceaux évoquent de douloureux appels au secours, constat potentiellement ironique au regard du nombre conséquent de ballades – quatre, et même cinq si l'on inclut la singulière piste finale. Cela fait sans doute beaucoup.
Et pourtant, grâce à des lignes mélodiques qui font mouche, des vocaux hargneux ("The Quiet Room"), un solo musclé ("Jackknife Johnny"), aucune de ces compositions faussement apaisées ne verse dans l'insipide, y compris "Millie and Billie" sur laquelle Vincent donne l'impression de gentiment roucouler avec sa petite amie sur un banc solitaire… Sauf que celui-ci est vissé dans le sol douteux d'une cour d'asile. Les fragiles échanges entre la Thérèse Raquin de la Grosse Pomme et son amant adepte des lames bien aiguisées sont emportés par les accords cinglants des violons – le climax ainsi obtenu est sans doute un peu too much, tout en ayant le mérite de rappeler que la mignonne petite histoire contée par Tonton Alice et ses nouveaux copains parle de psychopathes et de claustration. Et si certains passages se révèlent un peu moins marquants, ceux-ci sont rattrapés par une fougue communicative - sur le véloce "Serious", notamment ou encore "For Veronica’s Sake", renforcé par un break percussif à la manière de "We will rock you" de Queen. Quant à la lunatique "Nurse Rozetta", l'ajout d'une séquence récitative aurait pu lui apporter un peu de consistance supplémentaire, bien que l'astucieuse montée en puissance sur le refrain et une superbe parenthèse au mitan lui confèrent déjà une aura délicieusement trouble. Toutefois, l'occurrence la plus étrange, mais pas la moins belle, se situe en toute fin de parcours. Sorte d'affrontement paroxystique entre un bloc cordes/ chœurs séraphiques/ piano et celui formé par la doublette chant lead rugueux/ guitare, "Inmates (We’re All Crazy)" constitue un épilogue aussi exalté que miraculeusement équilibré, conclusion émouvante qui s'abîme dans un enchevêtrement hystérique de violons et de voix lancinantes. Un modèle d'orchestration à la limite de la pop que n'aurait pas renié le démissionnaire Bob Ezrin, producteur et co-auteur des tubes des années dorées qui travaille pour sa part sur le prochain Pink Floyd. Où il est question d'un mur, et d'enfermement.


Finalement, Alice n'a pas vraiment choisi. Brodé à fleur de peau, dynamique, tendre, contrasté, chiadé, dansant, tendu de bout en bout et remarquablement arrangé, From the Inside s'apparente de prime abord à la tentative la plus commerciale du frontman à haut-de-forme, mais se révèle bien plus profond et touchant que sa facture classique et son propos ultra-mélodieux ne le laissent présager. Cependant, dans ce précipité de folie, la star déchue ne s'empreint nullement de l'urgence mordante d'une jeunesse qui entend bousculer les notables du rock. Ne cédant en rien aux modes nouvelles alors qu'il les côtoie de près, Alice Cooper poursuit fièrement sa trajectoire insolite, plus classe que jamais malgré les addictions et le désamour. Quitte à se précipiter dans le ravin.


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