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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 07 octobre 2018
Sa note : 16/20

LINE UP

-Björn Ove Ingemar "Speed" Strid
(chant)

-Anna-Mia Bonde
(chœurs)

-Anna Brygård
(chœurs)

-David Andersson
(guitare)

-Sebastian Forslund
(guitare+congas+percussions)

-Richard Larsson
(claviers+percussions)

-Charles "Sharlee D'Angelo" Petter Andreason
(basse)

-Jonas Källsbäck
(batterie)

A participé à l'enregistrement:

-Åsa-Hanna Carlsson
(violoncelle)

TRACKLIST

1) This Time
2) Turn to Miami
3) Paralyzed
4) Sometimes the World Ain't Enough
5) Moments of Thunder
6) Speedwagon
7) Lovers in the Rain
8) Can't Be That Bad
9) Pretty Thing Closing In
10) Barcelona
11) Winged and Serpentine
12) The Last of the Independent Romantics
13) Bonus: Marjorie
14) Bonus (Japan only) : Pacific Priestess

DISCOGRAPHIE


The Night Flight Orchestra - Sometimes the World Ain't Enough
(2018) - hard rock hard FM - Label : Nuclear Blast



La question est récurrente à chaque nouvelle sortie de The Night Flight Orchestra : vont-ils le refaire ? Par trois fois, les Scandinaves ont offert à l'humanité un chef d'œuvre de hard rock revival, faisant suffisamment évoluer leur formule magique pour se réinventer sans désorienter les adorateurs éperdus d'un premier album dont la suite n'allait pas de soi, les musiciens étant tous engagés au sein d'autres collectifs. Le succès a crû et le rythme de parution s'est emballé – à peine un an a passé depuis la sortie du prodigieux Amber Galactic. L'adage « jamais trois sans quatre » restant toutefois à valider – à inventer corrigeront les fans lucides d'Anthrax et Metallica – il conviendrait sans doute de pondérer son optimisme à l'approche de ce défi qui a fait trébucher les plus grands : or, qui mieux que la NFO Airlines est aujourd'hui capable de le relever ?

En attendant que David DiSanto livre un jour sa réponse avec Vektor, l'étonnement et la joie se mêlent au moment de découvrir Sometimes the World Ain't Enough et son intitulé à la James Bond : « quoi, déjà ?! » Alors que les effluves envoûtantes d'Amber Galactic n'ont pas encore eu le temps de s'évaporer, ses auteurs larguent un engin dont la destination suggérée par la pochette - en suite logique et malicieuse de la précédente - semble trahir une ambition grandissante, au diapason d'une maison de disques qui ne donne pas l'impression de lésiner sur les moyens. Le secret de cette cadence soutenue a été dévoilé par les instigateurs du projet : ces derniers possèdent leurs propres studios et auraient en stock plusieurs dizaines de compositions, prêtes à sortir à la demande. Pendant que les aficionados de Tool débutent un check-up complet de leurs fonctions vitales suite à cette annonce affolante, une interrogation surgit : « Amis nordiques, n'auriez-vous pas, même inconsciemment, réservé vos occurrences les plus abouties pour vos réalisations initiales, faisant le lit d'une baisse qualitative qui surgira tôt ou tard, le génie créatif n'étant pas inépuisable ? » Puissante analyse, Dr Freud. Aussitôt démentie par "This Time", opener pétaradant lancé par un combo intro spatiale/ riff vigoureux/ scream ravageur en frère revanchard de "Sail On" sur Skyline Whispers, et qui renoue avec les irrésistibles envolées d'Amber Galactic, voire même de l'inaugural Internal Affairs si l'on se fie au piano retrouvé en amorce d'une intervention tourbillonnante à la guitare. Tourbillonnante mais brève. Vraiment brève. OK, quelque chose a changé. Quelque chose de déterminant. Les synthés ont pris le pouvoir.
Le constat est d'autant plus étonnant que David Andersson est crédité sur plus des trois-quarts des morceaux. Pourtant, le claviériste Richard Larsson, qui officiellement n'a jamais écrit une ligne pour l'Orchestre du Vol de Nuit, est bien celui qui se fait le plus entendre sur ce quatrième effort longue durée. Hormis sur quelques courts solos, la guitare est systématiquement doublée, et même submergée par les claviers qui tendent à aseptiser un recueil par ailleurs généreusement garni en bonnes idées. Le déficit de dynamisme engendré par cette orientation 75% Toto-compatible ne permet pas de masquer les légères baisses d'inspiration – et de tempo – perceptibles sur les empesés "Moments of Thunder" et "Winged and Serpentine". Néanmoins, si The Night Flight Orchestra ne parvient pas à un mimétisme complet avec le gang sus-nommé ayant commis "Rosanna" – auquel on peut associer Journey et Foreigner – c'est évidemment en raison de l'absence de saxophone mais aussi grâce à Speed Strid. Certes, celui-ci ne peut pas faire grand chose pour rattraper le patchwork mollasson que constitue "The Last of the Independent Romantics" (!), « epic » essentiellement instrumental dont les ruptures font l'effet de pétards mouillés en raison de la production ripolinée – la comparaison avec "The Heater Reports", l'enivrante chevauchée clôturant Skyline Whispers, se révèle malheureusement sans appel. En revanche, le chanteur sauve quasiment à lui seul "Speedwagon", unique chanson entièrement écrite par Sebastian Forslund et qu'une relative fadeur éloigne à plusieurs parsecs du fantastique "Gemini" que le multi-instrumentiste avait composé pour le LP antérieur - s'il s'agit d'un clin d'œil aux émollients Reo Speedwagon, l'hommage demeure malgré tout flatteur. C'est encore le gosier musclé officiant habituellement chez Soilwork qui vivifie "Can't Be That Bad", son bébé à lui, dont la répétition du refrain très accrocheur ne masque pas tout à fait des couplets moins hauts en couleur. Cette option du « tout pour la ritournelle » vaut pour la grande majorité des pistes, qui évoquent par moment leurs homologues les plus intenses de Praying Mantis, jadis chantre d'un hard fm tonique aux intentions similaires. Les suiveurs du désormais octuor feront remarquer que les refrains ont toujours fait l'objet d'un soin particulier au sein du Long Courrier Nocturne. C'est vrai. Mais rarement au point d'éclipser les autres composantes – il ne faut pas compter trouver d'équivalent au final d'anthologie qui illuminait "West Ruth Ave" sur Internal Affairs, entre autres exemples fameux de cavalcades effrénées.
Que les inquiets se rassurent: le doc cultive toujours l'art de ciseler des mélodies aussi imparables qu'exaltantes, promesses de concerts mémorables si la balance veut bien suivre. Bien sûr, les auditeurs attentifs auront repérés les habituelles auto-citations – le thème de "Turn to Miami", très proche de "Star of Rio" présent sur Amber Galactic en même position ou la désormais traditionnelle citation de "Music (was my first Love)" de John Miles qui lie l'énergique "Barcelona" à "Living in the Nighttime" de Skyline Whispers. Ceci étant dit, à moins d'être frappé d'une forme incurable d'anhédonie ou d'un goût exclusif pour le brutal death metal, il ne reste plus qu'à se laisser emporter par ces mélopées héroïques, renforcées par des chœurs à la lisière de l'hystérie que délivrent les deux hôtesses de l'air désormais officiellement intégrées à l'équipage. La phrase « j'ai déjà entendu ça quelque part » a beau fréquemment s'immiscer, il n'est pas humainement possible de rester de marbre à l'écoute des mesures émouvantes de "Lovers in the Rain" ou celles du titre homonyme, écho des moments les plus « chauds » d'Asia. Et à l'intention des amateurs de digressions, il convient de signaler l'atmosphère à la fois tendue et feutrée de "Pretty Thing Closing In", réactualisation bluffante du "Run like Hell" des Pink Floyd - ces cocottes, ce solo de gratte hautement réverbérée à la Gilmour – et surtout le discoïde "Paralyzed", à la fois clinquant comme une boule à facettes et classe comme un jeune acteur hollywoodien se déhanchant en costard italien. Succulent et irrésistible.


« The AOR will be AOR-ier. » De tous les arguments promotionnels déclinés par les fondateurs de The Night Flight Orchestra, il s'agit sans aucun doute de celui qui contient l'information la plus importante : rien ne pourra empêcher la mutation de la troupe vintage en groupe US de hard fm. Traduction : keyboards everytime-everywhere et banco généralisé sur les refrains. Mais quels refrains ! Que de mélodies ahurissantes ! Alors, oui, celles-ci ne suffisent pas toujours et un déficit de gnaque dévitalise quelques séquences. Cependant, une fois assimilée cette orientation synthétique qui muselle la guitare, l'ivresse ressentie atteint bien souvent celle procurée par les enregistrements ensorcelants déjà publiés par les Suédois en ce monde décidément trop petit pour eux, et qu'il leur reste, paradoxalement, à conquérir. « Jamais trois sans quatre » ? Validé.

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