5623

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 30 novembre 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Björn Ove Ingemar "Speed" Strid
(chant)

-David Andersson
(guitare)

-Richard Larsson
(claviers)

-Charles "Sharlee D'Angelo" Petter Andreason
(basse)

-Jonas Källsbäck
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Malin Lund
(violon)

-Stina Jansson
(violon)

-Gerda Holmquist
(violoncelle)

-Åsa-Hanna Carlsson
(violoncelle+chœurs)

-Lisa "Lips" Nitsopoulos
(saxophone)

-Sebastian Forslund
(percussions+programmation)

TRACKLIST

1) Siberian Queen
2) California Morning
3) Glowing City Madness
4) West Ruth Ave
5)
Transatlantic Blues
6)
Miami 5:02
7) Internal Affairs
8) 1998
9) Stella Ain't No Dove
10) Montreal Midnight Supply
11) Green Hills Of Glumslöv
12) American High (bonus digipack)

DISCOGRAPHIE


The Night Flight Orchestra - Internal Affairs



Cette chronique commence par un aveu : l'annonce d'un énième side-project de Björn « Speed » Strid n'avait pas soulevé un enthousiasme délirant. Il faut dire que le butinage tous azimuts du seul membre d'origine de Soilwork vire un peu au mercenariat, tendant à confirmer son envie - si ce n'est son besoin - de sortir du carcan thrash / death / core redondant de sa formation principale. L'identité de ses collègues occasionnels officiant dans des groupes de melodeath (Sharlee D'Angelo d'Arch Enemy à la basse) et de heavy pas franchement ébouriffants (Mean Streak, Von Benzo) ne semblait pas non plus donner le gage d'une sortie qui marquerait l'exercice 2012. C'est peu de dire qu'on se trompait.

Avec The Night Flight Orchestra – un nom qui envoie quand même plus de rêve que, au hasard, Dirt – Strid et sa bande bornent le terrain : du rock lourd typé seventies, doté d'une production moderne - certains diront un peu trop lisse - susceptible d'offrir un confort d'écoute à destination d'un public peu familier des enregistrements vintage. Pari gagné : tout en empruntant des sonorités incontestablement d'époque, surtout grâce à l'orgue tenu par l'excellent Richard Larsson qui rappelle feu Jon Lord (Deep Purple), les morceaux claquent avec l'insolence et la fougue de la jeunesse, permettant au collectif d'éviter le piège du passéisme fossilisant dans lequel sont tombées tant de sections stoner. Quant au contenu, c'est un festival de références ingénieusement réappropriées au service de compositions figurant parmi les plus plaisantes qui aient été livrées depuis le début de cette décennie. Si l'on exclut une très relative baisse de forme sur la toute fin du recueil, les Suédois à la technique de haute volée délivrent une brassée de titres terriblement addictifs sertis de refrains magnifiques, de soli jamais bavards et de breaks judicieux. La monotonie ? Un terme totalement incongru concernant Internal Affairs. Difficile dans ces conditions de ne pas tomber dans le track by track, chacun offrant son lot de plaisirs singuliers. L'opener "Siberian Queen" débute par un riff de basse qui évoque à la fois celui de "Wrathchild" d'Iron Maiden et "Immigrant Song" de Led Zeppelin (une chanson sur les Vikings...), écrin idéal sur lequel se pose la voix - grave - de « Speed ». À ce moment précis, on tombe de la chaise.
C'est que le hurleur de Soilwork nous la joue ici baryton velouté avec une aisance proprement stupéfiante, sorte de croisement inédit entre David Coverdale (Whitesnake), Jeff Lyne (Electric Light Orchestra) et, plus étonnant encore, Alex Kapranos de Franz Ferdinand – écoutez-le sur le break d'"Internal Affairs" en réplique du "40' " des Écossais ! Cette excellente surprise est à l'image de l'œuvre dont il constitue l'atout numéro un - et le Diable sait que celui-ci en contient d'autres. Les Scandinaves n'ont en effet pas choisi leurs influences à la légère : en plus des quasi-légendes déjà citées sont également convoqués Thin Lizzy, Blue Öyster Cult, Night Ranger et bien d'autres encore comme autant de clins d’œil que chacun prendra plaisir à relever selon ses goûts. Ainsi, l'introduction au clavier sur la power ballade "Transatlantic Blues" est un calque du supertrampien "The Mirror Maze" d'Ayreon alors que le riff énorme qui fait décoller l'engin au mitan fait irrésistiblement songer à celui que décoche Randy Rhoads sur "Diary of a Madman" d'Ozzy Osbourne. Ce petit jeu très amusant se reproduit un peu partout comme sur "Internal Affairs", sommet funky de l'album qui marie les cordes du discoïde "Last Train to London" d'E.L.O. avec le clavinet infernal de "Trampled Under Foot" de Led Zeppelin. Avertissement : la succession à mi-parcours de "Miami 5:02" (hommage croisé aux "Rendez-vous 6:02" de UK et "Dallas 1 pm" de Saxon ?), "Internal Affairs" et "1998" - ce dernier s'achevant sur un très intéressant solo de... saxophone ! - procure une volupté qui confine à l'impudeur, vous voilà prévenu(e)s.


Pressenti comme un passe-temps sans intérêt conçu pour combler le désœuvrement de semi-brutes nordiques, le projet The Night Flight Orchestra se révèle au final comme l'une des réussites les plus passionnantes à avoir vu le jour en 2012. Certes, Internal Affairs ne sera sans doute jamais mentionné au palmarès des réalisations qui auront bouleversé l'histoire du rock tant sa nature relève avant tout du pastiche - on frise souvent le plagiat. Mais un pastiche de cette qualité – peut-être le blind test le plus stimulant jamais proposé à ce jour – on en redemande. Thank you, gentlemen.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 1 polaroid milieu 1 polaroid gauche 1