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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

Geoff Tate
(chant)

Chris DeGarmo
(guitare)

Michael Wilton
(guitare)

Eddie Jackson
(basse)

Scott Rockenfield
(batterie)

TRACKLIST

1)Remember Now
2)Anarchy-X
3)Revolution Calling
4)Operation: Mindcrime
5)Speak
6)Spreading the Disease
7)The Mission
8)Suite Sister Mary
9)The Needle Lies
10)Electric Requiem
11)Breaking the Silence
12)I Don't Believe in Love
13)Waiting for 22
14)My Empty Room
15)Eyes of a Stranger

DISCOGRAPHIE


Queensrÿche - Operation Mindcrime
(1988) - metal prog - Label : EMI



Parfois, on croit la presse et on a raison. A force de lire des termes du style "génial", "culte", "chef-d'œuvre" et "légendaire" dans les magazines spécialisés à son sujet, cet album s'est progressivement hissé dans le top restreint des albums qu'on sait qu'on va réécouter longtemps. Queensrÿche pratique un métal prog non démonstratif qui se focalise sur la construction des chansons pour atteindre sa cible, ou plutôt la construction d'un album car c'est d'un concept album qu'il s'agit, avec une bonne dose de frissons et de moments d'anthologie.

Mais si, vous savez, un concept album. Avec les chansons liées car elles racontent une histoire, voir Scenes From A Memory de Dream Theater par exemple, groupe dont il va falloir parler dans cette chronique tant l'influence de Queensrÿche sur la bande à Portnoy apparaît flagrante à l'écoute de ce disque, a posteriori… Donc l'histoire dans Operation: Mindcrime, est centrée sur Nikki, un jeune anar skin junkie chelou qui devient le jouet du Dr. X (bien avant Action Man !!), leader subversif d'un mouvement révolutionnaire secret. Ce dernier se sert de la dépendance à l'héroïne de Nikki pour le conditionner et en faire son tueur à gages. Ne racontons pas tout, vous découvrirez par vous-même. Sachez juste que l'histoire est très bonne, lisible à de mutliples niveaux, et que le niveau général des textes est excellent. Operation: Mindcrime est un de ces albums qu'il faut écouter en entier d'une traite pour en comprendre la teneur, car c'est seulement au fur et à mesure que l'on réalise l'étendue de la palette du groupe, à l'image de son chanteur Geoff Tate qui est un sacré morceau. Voici donc ce qui vous attend.

Après une intro parlée, avec des dialogues relatifs à l'histoire, arrive l'instrumental d'ouverture, "Anarchy-X", qui fera bondir les fans de Dream Theater (comme moi), tant la similitude est flagrante. Pas de soli de malades, mais une succession d'accords et de structures qui mettent en place l'ambiance et montent lentement en puissance, typique. Le son est bien clair, c'est du miel. La prod est typée années 80 et heavy metal, et n'a vraiment pas vieilli depuis 1988, avec un son de guitare très shred (style Petrucci de chez machin…), une bonne basse audible (chouette), et ce son de batterie si reconnaissable avec le coup de caisse claire qui fait « SCHPLAOUM! » à cause du delay… à part que là il y en a juuuste ce qu'il faut, ça ne choque pas, et le tout passe à merveille. Ca part très rapidement dans des harmonies de guitare, et des jolies, ce qui est une caractéristique fondatrice et très agréable du groupe (si on aime ça).

En général, on peut dire que Queensrÿche est un groupe à mélodies ET à riffs, ce qui est une approche diablement efficace. Après la montée vient "Revolution Calling", riff en harmonies, base carrée, et là vu vu son statut annoncé de référence, on attend le chanteur au tournant et … déception. Tate est comme le reste du groupe, c'est au bout de sept ou huit chansons qu'on s'aperçoit de l'étendue de son spectre. Au début, sur un titre qui fait hard eighties comme pas possible, Tate sonne comme un chanteur typiquement prog mais pas extraordinaire, évoluant dans le registre médium-à-aigu propre à (pardon) James LaBrie par exemple. Pré refrain, refrain qui gueule le titre, du bon 4/4 qui pourrait être de la musique pour bikers sans ce son si typiquement heavy et clair (et le chant prog). Ah, et les chœurs soignés sur les refrains, bonheur constant. Break, solo, on attendait ça aussi parce que la guitare, dans le métal, tout ça… Michael Wilton semble être un émule du solo à la Adrian Smith, recherchant plus la note qui tue avec le feeling de sa mère que la descente de gammes. Rythmiques précises et efficaces.

Ensuite vient "Operation Mindcrime", la chanson, qui s'ouvre sur une ambiance pesante posée par la mélodie et un riff bien lourdingue avant de partir sur un couplet encore plus eighties que le précédent (avec les coups de caisse claire dans le vide et tout!), et c'est surtout le refrain qui accroche avec cette ambiance pesante qui revient. Tate évolue toujours dans le même registre, et on commence à se dire qu'ils sont bien gentils chez Rock Hard, mais que c'est quand même pas Dickinson ou Kürsch non plus. En troisième titre arrive la première réelle tarte dans la gueule du groupe, "Speak". Cette chanson est un bonheur de métal, qui chope l'auditeur et ne le lâche pas avant la dernière note. Intro fracassante en arpège à deux guitares, puis excellent riff up-tempo qui porte le couplet et qui fait bouger la tête à lui tout seul. C'est presque speed, c'est bon, Tate commence à se lâcher, et là BAM, un refrain imprévisible, calme, sur un break (!!), court mais hypnotique, et ça repart. Mais on est resté scotché car notre ami Tate est… descendu très bas et c'est le timbre chaud et puissant de son registre grave qui nous a pris aux tripes l'espace d'un instant… car la chanson vous réemporte, et refrain, et bridge, et break, et retour des harmonies, et aaaahhhh lààà lààà ce refrain…

Enfin bref, on est tout secoué car le début de l'album s'éloigne musicalement, ici on fait du métal et plus du hard-rock, et tout ça dans une parfaite continuité, et c'est jubilatoire. La suite va devenir encore meilleur au niveau des sensations, car le début de l'album est en fait une montée en puissance des plages une à huit, et le morceau suivant, "Spreading The Disease", est plus noir et plus rock que le précédent. On y trouve une intro vraiment heavy qui revient en break, et encore une fois un refrain limite ahurissant de puissance : on l'écoute une fois et dès la fois suivante on gueule "spreaaaading the diseeaaase" comme un damné. Imparable. Le break acoustique confirme que la part de prog elle aussi augmente… que de la mélodie, pas de démonstration, est c'est bon. "The Mission commence" sur une mélodie archiconvenue et l'on se prend à s'inquiéter, mais Tate tue le match en chantant tout dans le grave, avec cette voix si ample, si chaude, avec ce profond vibrato, vraiment très impressionnante tant en technique qu'en émotion. La mélodie à la con dure très peu de temps, et Tate saute bientôt allègrement un octave et demi pour lancer un titre tout en puissance et en chœurs, et on commence à comprendre la formule Queensrÿche. Refrains wouaou, breaks mélodiques « kivonbien », on commence à adhérer.

Intermède parlé, puis voici LE morceau de l'album, "Suite Sister Mary". Cette chanson est folle. Chœurs (d'opéra cette fois, aussi), longue intro, tout plein de plans limpides, ça dure… et soudain, venue de nulle part, surgit la voix d'écorchée vive de Sister Mary, personnage-clé de l'histoire. Et c'est Pamela Moore qui chante, et maman, cette voix ! Fragile, souffrante d'abord, puis incroyablement puissante, complétant à merveille celle de Tate qui se la joue "regarde quelles notes je peux atteindre moi aussi quand je monte", et quand ils partent à deux c'est l'extase. Très longue, complexe, ponctuée de nombreux breaks et pourtant immédiatement accessible, c'est LA chanson prog « kibut ». Tout amateur de métal qui se respecte se doit d'écouter "Suite Sister Mary". Deux fois. Mais que vont-ils nous sortir après ça? Un titre qui tabasse! "The Needle Lies", un morceau de speed mélodique qui défouraille nos oreilles toutes justes remises de l'émotion du morceau précédent. Et ça le fait! Tate tient une ligne de chant à la Kiske, et même si il ne part pas dans le suraigu non plus, on comprend mieux pourquoi ce type jouit d'une telle réputation vu ce qu'il nous a sorti auparavant. Bluffant. Du riff metal, du refrain à déchaîner les stades, des harmonies de guitare, des solis, du riff prog, du bonheur.

Un "Electric Requiem" inquiétant, petit interlude semi-instrumental très bon, et l'album rebascule dans les sonorités FM… mais intituler deux titres consécutifs "Breaking The Silence"("of the night!") et "I Don't Believe In Love" (!!!!), c'est pousser loin le concept!! Les refrains restent killer, je pense que vous devez commencer à comprendre le principe, et sinon c'est du joli couplet en arpèges, etc., etc., eighties forever. "Waiting For 22" est un interlude acoustique et électrique somptueux, de la mélodie à pleurer, et "My Empty Room" en est un autre, où c'est cette fois Tate qui s'amuse, et ça débouche sur le titre final, "Eyes Of A Stranger", la conclusion de l'histoire. C'est un titre heavy/FM convenable, et cette fin déçoit, même si le titre a été un énorme succès aux States en tant que single (j'aurais tendance à voir un lien quelque part). La chanson comporte tout de même les immuables breaks et mélodies à deux grattes. Après l'outro, et le "Revolution!" qui clôt l'album, le sentiment d'avoir eu entre les oreilles un groupe d'exception persiste.


Et ce sentiment ne fait que grandir au fil des écoutes, comme j'espère que vous le dévouvrirez. Queensrÿche est un groupe dont j'avais fortement sous-estimé l'influence considérable sur les années 80 et 90, c'est un sacré groupe qui a eu tôt sa manière bien à lui de faire du prog, limite en avance sur son temps. Forcément, ça demande une écoute patiente et attentive (et répétée !), mais passer à côté de cette rondelle serait louper un grand moment de bonheur des sens. La fin me semble un peu moins bonne que les deux premiers tiers, mais ça reste du grand métal. Oh yeah!


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