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CHRONIQUE PAR ...

6
Lord Henry
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Geoff Tate
(chant)

-Michael Wilton
(guitare)

-Chris DeGarmo
(guitare)

-Eddie Jackson
(basse)

-Scott Rockenfield
(batterie)

TRACKLIST

1)Best I Can
2)Thin Line
3)Jet City Woman
4)Della Brown
5)Another Rainy Night (Without You)
6)Empire
7)Resistance
8)Silent Lucidity
9)Hand on Heart
10)One and Only
11)Anybody Listening?

DISCOGRAPHIE


Queensrÿche - Empire
(1990) - metal prog - Label : EMI



Après la sortie du mythique Operation: Mindcrime, petit bijou de concept-album dont beaucoup se sont inspirés, Queensrÿche fait retomber la vapeur avec un disque moins ambitieux et sans doute plus commercial. Empire étant à ce jour leur plus grand succès, il faut croire qu'ils ont bien fait. Le côté progressif présent sur Rage For Order et, dans une moindre mesure, sur le grand Mindcrime, a ici pour ainsi dire complètement disparu, alors que le hard-rock FM gentillet y prend de plus en plus d'ampleur. Cela ne nuit en rien à la qualité de la musique du groupe, qui achève avec cet album de poser les fondations d'un style inimitable. Le dernier volet d'une trilogie essentielle.

Ce style, on le reconnaît instantanément quand retentissent les riffs si caractéristiques de "The Thin Line" ou de "Empire" ; ou bien quand la basse tonitruante d'Eddie Jackson, très présente dans chacun des morceaux, y va de son introduction dans "Jet City Woman" ou "Della Brown" - quel son, amis bassistes... Mais c'est aussi et surtout quand la voix de Geoff Tate entre en scène, au timbre particulier, qui peut de ce fait ne pas plaire, mais qui mine de rien en balance méchamment. Une grande voix du metal, injustement mésestimée à mon sens. Tate est l'archétype du chanteur qui ne donne pas l'air de se donner à fond, mais qui fait preuve d'une maîtrise technique hallucinante ; le summum de l'intensité qu'il est à même de dégager étant atteint lorsqu'il évolue dans les tonalités très graves : "Empire", "Silent Lucidity" en sont de bons exemples. Il ne craint personne dans ce registre. Et au détour d'un riff ou d'un coup de caisse claire, sans prévenir, l'enfoiré vous jette une note que seuls les chiens peuvent entendre - et sans tomber en falsetto, s'il vous plaît. La production, quoique juste et très classique pour l'époque, ne lui rend pas honneur. Mais cet homme est grand.

Aujourd'hui, il est sûr que certains gimmicks du groupe paraissent vieillots et désuets : les choeurs FM de "Hand On Heart" et "One And Only", un jeu de batterie limite glam-rock, et surtout des sons de clavier complètement obsolètes. Il importe donc, pour apprécier la qualité de cet album, et même du groupe, de se replonger dans le contexte ! Dream Theater existait à peine quand ce Empire sortit, Symphony X n'en parlons pas... L'ouvreur "Best I Can", avec sa structure décousue, ses longs couplets et sa chorale d'enfants allait en fait déjà loin dans le concept. Cela dit, Queensrÿche sait aussi donner dans le classique, comme le prouve un "Another Rainy Night (Without You)" des plus convenus, mais dont le riff ultra-catchy est tellement jouissif. L'esprit hard FM de L.A. se fait alors très présent. Idem pour "One And Only", même si ce dernier s'avère moins bon. "Empire", le morceau-titre, est articulé autour d'un tempo curieusement lent et heavy, et dévoile une nouvelle facette du talent du groupe, faisant mouche grâce au chant modulable de Geoff Tate, à l'instar de "Della Brown", une pièce mid-tempo très calme à l'ambiance intéressante mais peut-être un poil longuet.

Du côté des ballades, "Silent Lucidity" donne dans le tristounet, avec force guitares acoustiques et nappes de claviers. Geoff Tate y brille encore majestueusement, révélant plus que jamais l'influence qu'il a pu avoir par la suite sur ses pairs - André Matos pour ne pas le citer - dans une démonstration qui ne peut que mettre tout le monde d'accord. Mais quand son inspiration dans la composition et l'agencement de lignes vocales atteint son faîte, accompagné par un Chris DeGarmo brillant tant en arpèges qu'en lead, cela donne "Anybody Listening", ultime morceau de bravoure incontournable et sans doute LE grand moment du disque. Une leçon de feeling. A noter que si vous achetez l'édition remasterisée, vous aurez en outre droit à "Last Time In Paris" et "Dirty Lil Secret", moins efficaces, ainsi qu'à une plaisante reprise de Simon And Garfunkel pas piquée des hannetons, "Scarborough Fair". Au final, Empire ne dégage peut-être pas autant d'émotions que son illustre prédécesseur, mais reste un vestige d'un groupe unique qui a apporté beaucoup au metal. Et le nombre de hits qu'il contient ne peut que vous persuader de la légitimité de l'investissement.




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