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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 27 janvier 2013
Sa note : 15/20

LINE UP

-Greg Anderson
(guitare+basse)

-Stephen O'Malley
(guitare+basse)

TRACKLIST

1) Sin Nanna
2) It Took The Night To Believe
3) Cursed Realms (of the Winterdemons)
4) Orthodox Caveman
5) Candlegoat
6) Cry For The Weeper

7) Báthory Erzsébet

DISCOGRAPHIE


Sunn O))) - Black One
(2005) - ambient drone - Label : Southern Lord Records



Sunn O))) le béhémoth aura fait couler tellement d'encre qu'il semble vain d'en parler une nouvelle fois. Pourtant, il est bien difficile de résister à la force d'attraction du monstre. Et quitte à aller à la pêche, autant commencer par un gros poisson comme ce Black One, initialement sorti en 2005 chez Southern Lord, propre label du groupe. Pour cet opus, les deux têtes pensantes du projet, Greg Anderson et Stephen O'Malley, ont expressément avoué s'être inspiré du mouvement black metal, dont vient d'ailleurs le titre de l'album, signe d'une volonté de lier le mal au mauvais: le black metal au drone. 

Pour aborder Sunn O))), il est essentiel d'oublier tout jugement préconçu sur la notion de musique. Le concept de base pour espérer pouvoir s’imprégner de l'oeuvre des Américains consiste à laisser de coté toutes les valeurs traditionnellement attachées à l'idée que l'on pourrait se faire d'une musique dite « traditionnelle ». Au revoir le rythme, bye bye l'harmonie, adieu la mélodie. Détruire pour mieux recréer, voilà une méthode que n'aurait guère renié notre bon vieux Nietzsche. Dieu est mort de sa main, Apollon succombera sous les coups de Sunn O))). Entre autres, car rendons à César ce qui est à César (et à Dieu ce qui est à Dieu mais l'affaire risque d'être compliquée en l'espèce : il est mort...), les Sunn ne sont pas les premiers à s'être essayés au minimalisme musical. Avant eux, divers artistes tels La Monte Young, Steve Reich ou même Lou Reed avec son ignoble Metal Machine Music, se sont joués des fréquences et des répétitions. Mais citons surtout Earth (dont Sunn O))) était à la base un tribute band), qui depuis le séminal Earth 2 (1993) (voire un peu avant, de façon moins aboutie) façonnait déjà son bloc d'ondes du coté de Seattle. Depuis, cette activité a pris un nom : le feedback qu'ils appellent ça. Le temps passant, l'idée a fait du chemin et Sunn O)) a pris de l'ampleur jusqu'à devenir ce que l'on sait: la pierre angulaire du drone à guitare, Earth ayant changé de cap depuis déjà quelques temps.Voilà pour le rappel du contexte. Très bref, trop bref, mais ayant le mérite d'exister. Allons-y pour le boucan ! euh... pour la musique.
Une fois que l'on connait notre sujet, le dronifiant Black One, il ne reste déjà plus grand chose d'objectif à dire. Dans la version courte, Black One se résume à un mur sonore, très grave, très lent (vraiment très lent) et passablement oppressant (à l'inverse d'un Earth 2 plutôt relaxant). La musique -le son- ne s'écoute pas, elle se ressent. Elle fait vibrer la pièce, le corps et l'esprit à la manière des chants tibétains. Et l'on se surprend à distinguer des sons qui n'existent pas et à interpréter ceux qui existent bel et bien. Bref, Black One est un opus de drone pur et dur malgré son inspiration black metal. Pour retrouver l'essence du black, il faudra chercher du coté de l'ambiance, et non des compositions, car de ce coté tout au plus faut-il distinguer "It Took The Night To Believe", jouée sur un tremolo basique typiquement black et "Cursed Realms", improbable cover d'Immortal. Dans la version longue, il est possible d'ajouter que les guitares, si elles dominent très nettement l'aire de jeu, ne sont pas seules. Ici ou là, quelques percussions s'invitent ("Sin Nanna", "Orthodox Caveman"...). Ailleurs, c'est une voix démoniaque, hantée, inhumaine qui nous gratifie de sa présence ("Cursed Realms (Of The Winterdemons)" dont le final sur-saturé est d'ailleurs parfaitement effrayant, ou "Báthory Erzsébet" dont la seconde moitié est parait-il enregistrée par un Malefic (Xasthur) en pleine crise de claustrophobie). Le groupe l'indique lui-même « Maximum volume yields maximum results » - on veut bien le croire, surtout à l'écoute des infra-basse du morceau final. Éreintant et fascinant. Brrr. 


Que dire d'autre ? C'est à chacun d'expérimenter la chose. Sans élitisme, il est clair que Black One ne saura guère être apprécié de chacun. Pour certains (rares) le déclic sera immédiat ; pour d'autres il pourra n'arriver que longtemps après une première écoute éprouvante. Sur Black One, tout n'est que bourdonnements, plus ou moins saturés ("Cry For The Weeper" l'est peut-être moins que "Candlegoat" mais honnêtement, on se marre bien en affirmant ça) mais toujours sombres et peu amicaux. Le souci, c'est qu'un album comme ça n'est ni bon ni mauvais: il est. Pour le reste, tout dépendra du prisme par lequel il sera observé. Bref, tentez l'expérience, vous verrez bien. 


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