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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 12 juin 2014
Sa note : 13/20

LINE UP

-Martin "LeMar" Rammel
(chant)

-Erik Adam H. Grösch
(guitare)

-Ralph "Ralf" Hubert
(basse)

-Alexander "Alex" Landenburg
(batterie)

TRACKLIST

1) Introduction
2) Ouverture
3) The Armageddon Machine
4) The Sliver in Gods Eye
5) Janus
6) Inside the Outside of the Inside
7) Hindsight Bias
8) Mutant Messiah

DISCOGRAPHIE


Mekong Delta - In a Mirror Darkly
(2014) - thrash metal speed metal techno thrash - Label : Steamhammer



Parfois, sans que l'on n'y soit forcément pour grand chose, ça part mal. Il ne s'agit point là Messieurs d'une allusion aussi salace que désobligeante aux épilogues habituels de vos commerces intimes, mais d'un a priori né des déclarations révélatrices comme un lapsus de l'ami Ralf Hubert à propos du millésime 2014 de son joujou Mekong Delta. Dans le document promotionnel, le bassiste-producteur d'Outre-Rhin assure en effet que « mon – euh... - notre dernier album n'est pas une copie du précédent. » Se justifier sans être accusé de rien, ça ravive de coupables souvenirs d'enfance. Et voici comment une critique se retrouve prisonnière d'un prisme façonné malgré eux par deux esprits inconnus l'un de l'autre. Fascinant, non ?

Troisième véritable LP paru depuis la réactivation du projet Mekong Delta au milieu des années 2000 (si l'on exclut les ré-enregistrements composant la compilation Intersections parue en 2012), In a Mirror Darkly succède à Wanderer on the Edge of Time qui remonte déjà à 2010. Comme leurs compatriotes de Vanden Plas, Mekong Delta adopte un rythme de sortie quadriennal coïncidant avec les années de Coupe du Monde de football – à croire que les Allemands développent une nostalgie de plus en plus fébrile envers le palmarès de leur sélection nationale. Le tarabiscotage étant une quasi marque de fabrique du groupe, celui-ci a concocté un incipit en deux parties, une "Introduction" suivie d'une "Ouverture". Tiens, comme sur Wanderer on the Edge of Time. En revanche, pas d'interludes cette fois mais au final, on se retrouve avec une demi-douzaine de pistes dépassant – aisément – les cinq minutes, exactement comme sur... OK, tout le monde a compris. La conformité formelle ayant été dûment contrôlée, passons au contenu. L'introduction semi-acoustique qui bave un peu dans les médiums et vrille dans les aigus comme à la bonne époque de Dances of Death (1990) ? Validée. Le tempo très soutenu, la basse qui sprinte comme un lapin sous Guronsan®, les rythmiques complexes avec « mise à nu » initiale du riff, les roulements de batterie ultra-serrés qui claquent telle la cravache sur le dos du pur-sang dans la dernière ligne droite de Longchamp ? Présents. Si l'on y ajoute les textes « concernés », l'ADN Mekong Delta est ici clairement identifié.
Seule entorse au code en vigueur depuis bientôt 30 ans : le chant de Martin LeMar, nettement moins perché que celui des redoutables Wolfgang « Keil » Borgmann et Doug Lee qui officièrent dans les jeunes années du gang. Sur son troisième réalisation avec le Hubert's Band, LeMar – sorte de mélange vocal entre Matt Barlow (ex-Iced Earth) pour les graves et un Jello Biafra sobre dans les aigus – offre une prestation très maîtrisée. À l'image du recueil dans son ensemble et c'est paradoxalement ce qui empêche de s'enthousiasmer tout-à-fait sur cette dernière livraison des vétérans du techno-thrash. En effet, alors que les productions des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix se distinguaient par un son pas toujours très net, des vocalises parfois limites et des titres pour la plupart totalement imprévisibles, In a Mirror Darkly montre ses biceps de salle de muscu, une interprétation impeccable et des compositions... sans relief. Et ça, c'est déjà moins conforme au patrimoine génétique du Delta. Certes, le côté un peu « éparpillé » qui caractérisait la première période du collectif germanique valait pour le meilleur (The Music of Erich Zann, Dances of Death) comme pour le passable.
Mais au moins l'inattendu guettait à chaque break alors que désormais, une fois le thème et quelques variations exposés, l'inspiration semble subitement faire défaut : le morceau se répète jusqu'à atteindre la fourchette réglementaire des cinq à huit minutes prévue au cahier des charges, sans break ni solo - ou si peu. En l'absence de réelle brisure rythmique ou harmonique, l'auditeur a l'impression d'observer, de loin, de véloces déferlantes speed thrash toujours recommencées qui viennent s'écraser sur des récifs artificiels – les codas sont étirées avant de casser net sans que l'on comprenne vraiment ce qui a motivé le choix des minutages dont la plupart auraient pu être avantageusement écourtés. Petite exception dans ce panorama un peu morne : l'introduction acoustico-orchestrale à la Dead Can Dance sur "The Sliver in Gods Eye" à laquelle succède une seconde partie heavy à l'ambiance travaillée, beau contrepied aux galopades habituelles. Bien sûr, le niveau d'interprétation reste très élevé et ce qu'évoquent certaines parties est plutôt rassurant : le chant de la partie centrale de "The Armageddon Machine" rappelle le "Painkiller" de Judas Priest, riff et son de guitare sur "Inside the Outside of the Inside" font penser au meilleur de Mike Oldfield tandis que "Hindsight Bias" rappelle les bons moments du Cynic circa 1993. Mais dans l'ensemble, tout ceci sonne un peu trop propre, un peu trop pro, suscitant un intérêt poli qui confine parfois à l'ennui.


Confirmant l'abandon des sonorités eighties sans doute un peu trop nostalgiques pour être honnêtes qui prévalaient sur Lurking Fear (2007), l'album de la décryogénisation, Mekong Delta poursuit en 2014 le toilettage amorcé quatre ans auparavant sur Wanderer on the Edge of Time – la justification anticipée de son leader Ralf Hubert n'était donc pas anodine. Se mettant au diapason d'un chanteur difficilement critiquable, la formation pionnière du techno-thrash européen propose une œuvre qui ne renie cependant pas son passé mais qui, faute de séquences marquantes, offre peu de (sur)prises. Plus discipliné, moins alambiqué, toujours aussi rapide, le Mekong Delta des années 2010 se révèle également plus policé et, il faut l'avouer, un peu moins passionnant.


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