Hellfest 2016


Hellfest

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 17 juin 2016
Jour 2 : 18 juin 2016
Jour 3 : 19 juin 2016

REPORTS DU JOUR


Amon Amarth
(S1phonique)
Black Sabbath
(Pietro)
Enslaved
(Ptilouis)
Puscifer
(Ptilouis)


GALLERY

Album photo du festival pour Les Eternels webzine :
Das Silverfoto

Un grand merci tout particulier aux photographes qui nous ont également largement dépanné en photos:
Nidhal Marzouk

Leonor Ananké pour Hard Force

E.L.P-Photo (Elie Lahoud-Pinot Photography)

Phenix Photography

Toute reproduction interdite sans autorisation écrite des photographes.

 


Jour 3 :19 juin 2016



Dimanche 19 Juin

Troisième et déjà dernier jour de festival, le dimanche est toujours un jour un peu particulier : parfois déjà teinté de nostalgie pour certains, parfois plus calme car on doit reprendre la route le soir-même ou dans la nuit, c’est également la « der’ des der’ » pour d’autres et donc le bon prétexte à se lâcher totalement, une ultime fois (en témoigne l’ambiance du camping dans la nuit du dimanche au lundi, souvent délétère), avant de retourner à sa petite vie quotidienne. Cette année ne dérogera pas la règle, avec un temps magnifique en guise de cerise sur le gâteau, et une programmation monstrueuse en guise de deuxième couche de gâteau posée sur la cerise elle-même posée sur le premier gâteau (c’est un peu riche du coup, mais croyez-moi après deux jours complets de festoche, ça passe). Et comme les Éternels sont véritablement des dingues, nous sommes encore une fois en poste dès 10H30 du matin pour les premiers concerts de la journée. Commençons donc sans plus attendre, car pour changer, le programme est des plus chargés (ndlr : précisément trente-deux concerts à vous narrer aujourd’hui - à pleine bouchées la pièce montée).

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On débute cette dernière journée par la Mainstage pour assister au concert d’Arthemis (10H30 – MS2) Quoi de mieux pour entamer un marathon live qu'une bonne rasade de power metal italien ? Pardon ? « N'importe quoi d'autre » ? Oh, vous êtes taquins. D'autant que dans le genre, Arthemis se débrouille plutôt bien, le quatuor de Vérone officiant depuis plus de quinze ans et malgré plusieurs changements de musiciens, cela s'entend. Le son est propre, les musiciens font montre d'un niveau technique plus qu'honorable et le chanteur se révèle très à l'aise sans en faire des caisses. De quoi faire passer une agréable demi-heure sur ce qu'il reste d'herbe au soleil renaissant, parmi un auditoire clairsemé mais enthousiaste. On a ensuite juste à faire quelques pas pour se retrouver devant la MS1 et assister au set de Raveneye (11H05 – MS1). RavenEye, c'est le groupe formé il y a à peine deux ans par Oli Brown, guitariste tendance blues à la réputation assez solide pour lui permettre de jouer avec ses nouveaux potes en ouverture de Joe Satriani et Blues Pills avant d'avoir sorti le moindre enregistrement. Au programme, un hard rock blues très seventies qui se distingue par l'hyper activité de son guitariste/ chanteur en tartan, celui-ci n'hésitant pas à descendre dans le public malgré la tranchée de sécurité. Véritablement déchaîné, il se hissera même sur les solides épaules de son bassiste, à la Angus Young. Une demi-heure de haute-énergie sur une MS1 qui en a miraculeusement rapetissé.

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Chemin inverse à nouveau, et on retourne devant la MS2, pour assister cette fois-ci au set de Nightmare (11H40 – MS2). Magali Luyten, la chanteuse qui a récemment remplacé Jo Amore, est manifestement en forme en cette fin de matinée : après avoir demandé aux membres de l'assistance s'ils en étaient au café ou à l'apéro, elle exprime sa joie d'être « avec [eux] ce soir » - saleté de décalage horaire. Sur sa lancée, elle prononce l'une des phrases cultes de ce Hellfest 2016 : « Hey, les filles, c'est pas parce que je suis une nana qu'il faut pas montrer vos nichons, il y en a à qui ça fait plaisir ». Deux siècles de lutte féministe anéantis en dix secondes, la Belge fait très fort. Pour le reste, la Leather Leone du Plat Pays fait le job en compagnie des vétérans rescapés de l'un des groupes phares du power/thrash français - gosier puissant qui arrache dans les aigus, riffs tranchants, solos réglementaires et rythmique cavaleuse. Le gang de Grenoble en profite pour interpréter un nouveau titre issu de l'album à paraître en novembre – la frontwoman assure le service pré-vente en martelant l'info à deux reprises – et à cette occasion fait venir sur les planches Kelly "Sundown" Carpenter, présenté comme celui qui remplaça Jorn Lande dans Beyond Twilight – l'affaire date de plus de dix ans, mais c'est toujours sympa de faire reluire la carte de visite de l'invité. Le duo fonctionne et renforce l'impression générale d'une prestation de très bon niveau, qui éveille la curiosité quant au contenu du prochain enregistrement.

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Et on poursuit ce début de journée exclusivement placé sous le signe des Mainstages, puisqu’on retourne ensuite tranquillement devant la MS1 pour voir jouer les sympathiques thrashers de Municipal Waste (12H15 - MS1) : quel backdrop attend les festivaliers ! Ni plus ni moins que le pire candidat de l’Histoire à la Maison Blanche se tirant une balle dans la tête (ndlr : lui assurant au passage d’avoir et d’être un trou de balle). Par ce backdrop aussi fun que politiquement fort, Municipal Waste donne le ton de la demi-heure à venir. La foule se presse pour accueillir le thrash crossover des Américains qui passent une partie de l’été à tourner en Europe. Pas de temps mort puisque Mister Foresta « wants to kill Donald Trump » et va lancer un set très saccadé et aux très nombreux titres, piochant dans les morceaux les plus bourrins de la discographie du groupe, entre un "Beer Pressure", "Thrashin’ Bizness" ou autre "Toxic Revolution". Le mosh pit va s’exciter et se donner à fond durant les pistes, et les intermèdes du bavard M. Foresta grignotent peu à peu le temps alloué au groupe. Ajoutons un hommage verbal à leur ancien batteur décédé il y a quelques semaines avant de lancer "Substitute Creature", et le groupe se voit couper les micros avant d’avoir fini son set, puisqu’il aura même bouffé la marge prévue entre les deux scènes. Pourtant tout le monde avait bien vu les coulisses se remplir, hurler, lever les bras et prévenir les bonhommes avant le « cut off »... Le groupe ronchonne et le public hue à peine les héros du moment, mais peu importe.

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D’ailleurs, vous reprendrez bien un peu de Mainstage, non ? Non ? Eh bien c’est dommage, car on va encore y rester un peu ! Notamment pour assister au récital toujours appréciable d’Orphaned Land (12H50 - MS2) : Alors que Municipal Waste vient de se faire violemment couper son final, c’est au tour des Israéliens de réconcilier tout le monde avec leur metal prog oriental des familles. Pourquoi des familles ? Car ici et au vu du nombre de panneaux prônant la paix entre les différentes religions, tout est amour et chansons. Ainsi, la bande à Kobi Farhi arrive sur les airs sinueux de "Ocean Land (The Revelation)" et le public est en fête. Bien qu’il n’y ait pas foule, tous reprennent gaiement les différentes mélodies des titres du groupe, du très récent All is One au plus vieux Mabool. Les compatriotes de Melechesh ne demandent pas mieux et enjoignent régulièrement le public à taper dans leurs mains pour les accompagner. Côté musicien, Chen Balbus et Idam Amsalem hypnotisent les spectateurs avec leurs mélodies sinueuses à la guitare, tandis que Kobi Farhi reste agrippé à son micro et lance de nombreux sourires à la foule. La prestation est très bonne, les musiciens carrés (ndlr : ronds, ça aurait fait trop punk), mais desservis par une basse trop forte. Pour le reste, les Israéliens balancent une dose de bonne humeur hallucinante, que ce soit par la très bonne prestation de "The Kiss of Babylon" - même si le chant growlé reste samplé - ou encore l’entêtante "Sapari". Mais c’est sur "Norra El Norra (Entering The Ark)" que les festivaliers se lâcheront complètement en formant un cercle géant ou chacun danse main dans la main. Une belle preuve d’unité qui s’achèvera sur l'outro d’"Ornaments of Gold" du vénérable Sahara.

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12H50, c’est également l’heure à laquelle un Éternoz, n’écoutant que son courage et son amour du metal, décide enfin de décoller son cul de la Mainstage pour aller voir ce qu’il se passe de beau sur le reste du festival. Et Thor sait qu’il s’en passe, de belles choses, à commencer par le set de Fallujah (12H50 – Altar). Alors qu’on rejoint sans trop de peine les premiers rangs de l’Altar (même si Fallujah a visiblement de nombreux fans, il y a encore peu de monde sur le site - et après plus de deux jours de foule dense, ça s’apprécie), il est clair que les Américains ne sont pas venus pour déconner. Niveau technique extrêmement élevé, son plutôt clair (même si c’est moins ça dans les aigus - et dans la musique proposée par Fallujah, il y en a malheureusement des tonnes), frontman surmotivé et bonne humeur ambiante, les moshpits et circle-pits vont bon train et ne s’arrêteront pas durant tout le set des Californiens. Géniteurs d’un second album largement célébré par la critique, Dreamless, les américains vont tout naturellement lui tailler la part du lion : on aura donc notamment le plaisir d’entendre "The Void Alone", "Scar Queen", ou encore l’excellente "Amber Gaze". Le reste des morceaux sera réparti entre les deux premiers albums du combo. Néanmoins, on aura quand même un peu de mal à rentrer totalement dans ce set extrêmement technique, qui demeurera par trop desservi par un son manquant tout de même de restitution fidèle des aigus. Plutôt un groupe d’album que de live donc, a priori, même si cette sentence ne devrait pas trop plaire aux fans de death technique.

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Après ce démarrage sur les chapeaux de roues, il était plus que temps de lancer la première attaque «über-ubiquité » de la journée. Vous connaissez le principe désormais : trois Éternoz + trois concerts différents + le tout à la même heure = puissance absolue, qui nous a donc permis d’aller voir : en premier lieu, Vintage Trouble (13H35 – MS1).Vintage Trouble, qui avait ouvert pour AC/DC au Stade de France l'année passée, c'est le show à l'américaine, la classe à l'américaine et une musique un peu aseptisée très... américaine, elle aussi. Question look, c'est un sans faute : les costards et les chapeaux façon Blues Brothers sont de sortie, tandis que le chanteur s'est fait la tête d'Otis Redding, son modèle manifeste tant dans l'énergie déployée sur scène – quitte à en faire un peu trop – que sur le phrasé. L'interprétation est au top dans le style soul rock, ça swingue et pourtant, la mayonnaise ne prend pas réellement, en raison de chansons impersonnelles qui servent surtout de prétexte à un spectacle (trop) bien huilé, malgré une dédicace émouvante aux victimes des attentats de Paris et Orlando.

En second lieu, Skalmöld (13H35 – Temple). Groupe surprise de la Temple, Skalmöld continue sur la lancée impulsée par Orphaned Land. Ici nous ne sommes pas dans du metal prog oriental, mais les sonorités joyeusement folk sont bien présentes avec les Islandais. Mettant tout d’abord dans l’ambiance avec un "Innras" tout en chœur, les gars enchaînent avec l’entêtante "Gleipnir". Le morceau fonctionne à merveille, les mélodies s’implantent dans le crâne des festivaliers qui ne peuvent que sauter ou headbanguer. Fertiles donc, les compatriotes de Sólstafir et carrés en plus de ça ! Börn Loka se taille la plus grande partie du concert avec pas moins de cinq titres joués et on ne s’en plaindra pas au vu de leur efficacité. D’ailleurs, Björgvin Sigurðsson s’avère bien en forme, gueulant et vivant ses morceaux. Les autres musiciens ne sont pas en reste que ce soit les autres l'aidant au chant, les chœurs ultras efficaces et les refrains repris par le public ("Fenrisulfur", "Narfi") sans oublier le rôle prépondérant des guitares. Celles-ci n’hésitent pas à tricoter mélodies reconnaissables, solos épiques, passages à l’unisson et même effectuer un tapping de folie. Des morceaux comme "Sleipnir" ou "Narfi" mettent le public d’accord : les Islandais savent ce que c’est que de faire du metal viking et épique. Le titre "Kvadning" qui achève le concert ne fait que renforcer cette bonne impression avec sa mélodie frénétique et entraînante et son passage instrumental juste fou. Du bon metal folk, viking sans prise de tête.

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Et en troisième lieu, les jeunes loups et futures stars absolues du hardcore old-school/fusion 90’s, j’ai nommé les piles électriques de Turnstile (13H35 – Warzone) : les choses se sont salement accélérées pour la section de Baltimore depuis la sortie de leur (excellent) premier album (précédé par deux EP tout à fait cool également), Non-Stop Feeling. Depuis, c’est non-stop signature chez Roadrunner, non-stop tournées, non-stop hype, bref, tout ce qu’il faut pour bien énerver une partie de la frange la plus conservatrice de la scène. Personnellement, je trouve ces mecs géniaux, et le vent de fraîcheur et de fun qu’ils font souffler sur la scène est un véritable plaisir. Et d’ailleurs je ne suis pas le seul puisque la Warzone est très bien garnie pour voir jouer les sales mioches, arrivés avec une énergie complètement délirante : ça saute dans tous les coins, ça crie, ça bouge, ça échange avec le public, tout le monde a le sourire aux lèvres, il fait beau, bref c’est véritablement un parfait petit début d’aprèm’. Côté setlist, le groupe joue évidemment une bonne partie de Non-Stop Feeling, déclenchant moshpits et 2-steps en cascades dans une ambiance hyper bon enfant : on aura évidemment le droit à "Gravity", "Phazed Out", "Blue By You", mais également "Drop". Il manque juste "Out Of Rage" et "Stress" pour que ce soit le top, mais les morceaux des deux premiers EP du combo, venus compléter la playlist, font le taff à merveille, notamment "Canned Heat" et "Keep It Moving". Au final le concert passe beaucoup trop vite, mais le groupe fait un triomphe : il est évident que le potentiel de ces petits gars-là est faramineux (avec notamment un sens du groove exceptionnel), et qu’ils finiront par dominer la scène un jour où l’autre, n’en déplaise aux lamentables petits rageux.

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C’est donc remonté à bloc qu’on se dirige vers la Valley… Pour redescendre immédiatement de plusieurs crans, car King Dude c’est une toute autre affaire (14H20 – Valley) : là ou Turnstile donne dans le sautillant, le léger et le fun, King Dude donne dans un genre très personnel d’americana/country-folk/blues hyper sombre. On se fige rapidement, saisi par la beauté des compositions des Américains (qu’on ne connaissait qu’assez peu avant le Hellfest, donc désolé, mais pas de setlist) et l’élégance de musiciens tout de noir vêtus - disons-le, sapés comme des milords. Claviers discrets, batterie (très) discrète elle aussi, accords de guitare éthérés et voix rocailleuses autant que vaporeuses, forment le concert intimiste de la musique de King Dude : une sacrée contre-programmation en somme, chose de plus en plus fréquente à la Valley (et on en remercie tellement l’orga !). Malheureusement, et comme probablement la plupart des composantes d’un public qui demeure très clairsemé, on peine à rentrer totalement dans le show : trop grosse scène, trop de lumière, on ressent rapidement que ce type de concerts demande une plus grande intimité entre public et artiste, et il est vrai que le gigantisme de la nouvelle Valley ne s’y prête plus trop (sans aucunement regretter l’ancienne, ne vous y trompez pas).

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On quitte donc les lieux, contents d’avoir assisté à ces quelques moments de tranquillité, pour repartir en recherche de plus de sensations fortes. Pour ça, on pouvait aller voir les tricoteurs de manche bien connus des fans de Guitar Hero, j’ai nommé évidemment Dragonforce (MS2 – 14H20). Les gars traînaient avec eux une sale réputation de mauvais groupe de scène ne sachant pas retranscrire leurs morceaux en live. Pourtant, depuis quelques années, le groupe a retravaillé ses concerts et même s’ils restent toujours très kitschs, ceux-ci sont loin d’être des catastrophes. Cette année au Hellfest, le collectif vient défendre son dernier-né Killer Elite. Oui, mais en réalité pas tant que ça, puisqu’un seul morceau de l’album ("Heroes of Our Time") sera joué. Pour le reste, Dragonforce privilégie l’efficacité et propose une setlist sans risque mais soignée avec le très bon "My Spirit Will Go On" et l’entêtante "Cry Thunder", sans oublier l’immanquable "Through The Fire and Flames". Des valeurs sûres. Le public ne demande que ça : faire des pogos sur les différents morceaux, reprendre les refrains et admirer les interminables duels des musiciens qui pour l’occasion auront droit à un petit promontoire prévu à cet effet afin que tout le monde puisse en profiter. Le concert se déroule parfaitement avec un Herman Li faisant le show sur pratiquement tous ses solos (il va même jusqu’à lécher les cordes de sa gratte) au détriment d’un chanteur, Marc Hudson, bon, mais complètement invisible face aux différents délires instrumentaux. Les festivaliers eux jouent le jeu et osent même imiter des rameurs pour le début de "My Spirit Will Go On" et l’ambiance sera bouillante sur l’excellente "Through The Fire and Flame". Bref, voir un show de Dragonforce c’est l’assurance de passer un bon moment devant une ambiance kitsche, rigolote et bon enfant.

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L'autre solution pour retrouver de l’influx, c'était tout simplement de se pointer à la Warzone pour assister à un nouveau set riche en moshpits et autres 2-steppers : celui des nouveaux maîtres du crossover thrashcore de Power Trip (15H05 – Warzone). En l’espace d’un seul album sorti il y a pourtant bientôt trois ans, et sans successeur en vue à ce jour (on l’attend d’ailleurs de pied ferme), les Texans se sont pourtant imposés comme une nouvelle référence de la scène crossover et ils vont rapidement démontrer pourquoi à une Warzone initialement clairsemée, mais qui aura tôt fait de se remplir, les badauds étant attirés par les bons breaks et autres séquences thrashisantes distillées par les Américains. Côté fosse, ça moshe et ça 2-steppe de manière nettement moins bon-enfant que pendant Turnstile, car un petit trou du cul s’est mis en tête de gâcher l’ambiance en agressant des gens au hasard. Las, la sécurité le repère vite fait et vient le choper sans aucun ménagement, avant de l’emmener derrière la scène où on imagine qu’il s’est pris quelques claques bien méritées avant de se faire couper son bracelet et virer du fest. On ne le rappellera jamais assez aux pathétiques FDP qui se pointent aux concerts de hardcore uniquement pour se battre : inscrivez-vous à la BOXE, comme ça vous cognerez sur des mecs qui 1. s’y attendront 2. seront là pour ça. Le pit est fait pour se défouler, pas pour se blesser. Ceci dit, une fois Monsieur Tocard viré, les choses rentrent dans l’ordre et tout le monde passe un excellent moment. Les Texans déroulent la quasi-intégralité de leur petite bombe Manifest Decimation, notamment les tueries "Crossbreaker" et "The Hammer Of Doubt", mais également "Manifest Decimation" ou encore "Conditioned To Death", ce qui semble ravir une Warzone encore une fois remplie de connaisseurs. Les Texans sont eux aussi bienheureux et quittent la scène sous les vivats.  (ndlr : pour être précis, le groupe vient du Texas). Le soleil brille de pleins feux sur les enfants du metal et la suite de la journée s’annonce fantastique

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Aucune raison de perdre le rythme : on court donc assister au set de Unsane sous la Valley (15H50 – Valley). Encore un concert au goût de contre-programmation, car même si Unsane est loin d’en être à sa première apparition au Hellfest, les New-Yorkais, darons du noise-rock option vénère (plus vénère que Sonic Youth quoi), ne sont pas exactement en terrain connu (ni conquis) lorsqu’ils officient dans un festival aussi majoritairement metal. Néanmoins, leur aura et leur carrière sont telles qu’ils attirent tout de même une belle foule sous la Valley en ce dimanche après-midi. Il faut dire aussi que leur musique se prête à merveille aux sets courts propres aux gros festivals. En formation power-trio, le combo va à l’essentiel pour convaincre : riffs directs et taillés à la serpe, un peu à la façon d’un Helmet des débuts, chant gueulard mais parfaitement en place et maîtrisé, batterie qui en fout partout et qui propulse les morceaux des New-Yorkais avec talent et vélocité, le tout joué avec ce son râpeux et grinçant, parcouru de secousses et de larsens, propre à la scène noise. Sans être un grand fan du groupe ni un fin connaisseur de noise-rock, on passe un très bon moment et on apprécie la grande maîtrise du groupe (sept albums et bientôt trente ans de carrière avec un line-up quasiment jamais changé, donc ouais ça maîtrise à fond).

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Mais si on ne se trouvait pas trop d’humeur à se faire contre-programmer la couenne par les facétieux organisateurs, on pouvait tout aussi bien jouer la carte « metal to the bone » et aller voir Tarja (15H50 – MS1) (ndlr : soulignons le courage et l'abnégation sans faille de notre Team de choc !). Revenir du set intimiste de King Dude et de sa magnétique bassiste pour se faire agresser par les éructations approximatives de Tarja sur la MS2, ça fait un vilain choc. D'ailleurs, une partie de l'auditoire s'effondre instantanément, terrassée. Il est en effet plus prudent d'adopter une position fœtale afin d'affronter le danger - l'éviter se révélant impossible - ce qui offre en sus l'avantage non négligeable de reposer ses lombaires avant de se frotter à Gojira sur la scène voisine. Les titres sympho metallo gothiques se succèdent en une morne litanie tandis que la Finlandaise suscite les plus vives réprobations de la part d'une fraction peu amène de l'assistance quant à ses activités supposées de gourgandine, tout en étant vertement invitée à rejoindre sa formation d'origine dans les meilleurs délais. Si ces propos orduriers n'honorent guère ceux qui les profèrent, ils reflètent malgré tout l'opinion partagée par bon nombre de spectateurs qui constatent, même en somnolant et malgré un récital somme toute correct, que l'ancienne vocaliste de Nightwish n'a plus grand chose d'excitant à proposer.

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Ensuite venait l’heure d’un des grands moments de la journée, et du CHOIX ! Gojira ou Mgła ? Heureusement, et contrairement aux Éternels (ndlr : pleure, pleure, pleure), vous n’aurez pas à vous déchiqueter le cœur en petits bouts de metal pour choisir, puisqu’on vous raconte les deux. Et honneur aux Frenchies bien entendu, puisque les plus fiers représentants de la scène metal française, qui sont ici chez eux, étaient attendus comme le Messie pour célébrer la sortie de leur superbe dernier album, le protéiforme et surprenant Magma. Place à Gojira donc (16H45 – MS1). La Mainstage est maintenant noire de monde comme si la tête d’affiche de 22h débutait son set. Gojira est attendu : on fête ici le retour des « enfants sauvages », qui se sont produits une semaine plus tôt à la première édition du french Download à Paris, sauf qu’ils vont cette fois-ci se présenter devant nettement plus de monde. D’autant que leur dernier-né, le très annoncé et anticipé Magma, défraye un peu la chronique dans le petit monde du metal depuis sa sortie. Néanmoins, le terme « Acclamation » serait trop faible pour définir l’atmosphère de la fosse : « Hystérie » collerait plus parfaitement au propos, même si de nombreux spectateurs semblent, comme toujours, vouloir vivre leur joie intérieurement. La setlist de la petite heure sera très finaude et fera évidemment la promotion du nouveau LP, bien encadrée par les hits massifs du groupe. "Toxic Garbage Island" ouvre le set, suivi par "L'Enfant Sauvage", pour enfin voir la fosse exploser sur l’imparable "The Heaviest Matter of the Universe". Jo ayant à présent toute l’attention du public, sont alors lancés "Silvera" puis "Stranded", qui réussissent parfaitement le passage de l’épreuve du live. Hormis l’intermède avec "Backbone", pendant lequel le public souhaitera un bon anniversaire à Mario qui fête probablement sa trentaine et en profite pour quelques allusions au fait de jouer à Clisson, à l’honneur donné au groupe et la pression que celui-ci semble s’être mise, on peut trouver le groupe relativement froid avec le public au regard des années passées. C’est un fait, Gojira est devenu gros, très gros, trop même sans doute pour une certaine partie de son public historique qui commence à faire entendre qu’il a définitivement tourné les talons. Le Français moyen n’apprécie pas toujours à sa juste valeur la réussite de ses concitoyens, et le metalleux français moyen n’aime visiblement pas quand son groupe fétiche devient trop connu. Deux bonnes raisons pour les Landais de lâcher ces boulets au profit de la reconnaissance globale d’un public plus large, sans aucunement mettre de côté ses qualités artistiques (ndlr : et c’est bien ça le plus important, non ?). Un groupe de patrons en somme, à retrouver bientôt en tournée nationale (ndlr : avec notamment une date à l’Olympia en avril qui s’annonce homérique) avant de les voir faire le tour du globe. Gojira a frappé fort, c’est indéniable, mais pour autant, il était tout simplement impossible de ne pas vous parler du set du groupe ayant sorti le meilleur album de black-metal de l’année dernière, et peut-être même bien le meilleur depuis pas mal d’années.

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On court donc voir Mgła (16H45 – Temple) et on n’a absolument pas regretté. La notoriété grandissante des Polonais, évidente à l’aune de la qualité immense de leurs productions et notamment de la dernière (l’exceptionnel Exercises In Futility), se vérifie sur pièces et sur place via une Temple bien remplie, fait plutôt rare pour un nom encore assez peu connu des masses metalliques laborieuses. Mais Mgła se fout visiblement de tout ça : sans un mot, vêtus très simplement (aucun atour black-metal classique en vue), sans backdrop, de simples cagoules noires recouvrant leurs visages, les Polonais prennent place et font s’abattre un véritable maelström sur la gueule d’une Temple qui n’en demandait pas tant. Surpuissant, doté d’un son très clair et sans aucun temps mort, le set dévaste tout sur son passage et se place indéniablement comme un très sérieux challenger au Trophée Stipe Miocic des moments les plus violents du festival. Pourtant, les bonshommes restent ultra-statiques et mutiques entre leurs morceaux, mais cela ne les empêche pas de délivrer un véritable tir de barrage qui fait mouche à chaque fois. Conséquemment, côté setlist, on est évidemment privés de leur morceau le plus mélodique (l’incroyable "Exercices In Futility IV"), puisque le groupe a décidé de latter des couilles et de se concentrer sur ses morceaux les plus bourrins : on se mange donc en plein buffet les trois morceaux les plus vindicatifs du dernier né ("Exercises Futility I", "II", et "VI"), mais aussi des morceaux issus de leurs albums précédents, moins connus donc, mais que les gens ne devraient pas tarder à découvrir, notamment "With Hearts Towards None I" et "VII" ou encore "Further Down The Nest I". À la fin du set, Mgła s’en va comme il est venu, sans un mot, sous les vivats de la Temple, et on retiendra de ce concert intense que lorsque la musique est bonne, pas besoin d’en faire des caisses à côté.

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Passée la folie Gojira, il reste encore pas mal de monde côté Mainstage pour accueillir le cador teuton du power metal du marché commun pré et post Brexit : Blind Guardian (MS2 - 17:40 - 18:30). Il fait enfin beau, tout le monde va pouvoir chanter à tue-tête les refrains assimilés au bout d’une fois et se mettre plein les oreilles de solos vifs et épiques, fonds de commerce du combo. Le son ne met pourtant que peu en avant les six-cordes au profit de la grande bouche d’Hansi Kürsch, tout sourire durant le set. En huit titres, les Allemands vont largement régaler le public de fans et de curieux tentés par la réputation acquise depuis toutes ses années. Entre un "Valhalla" , un "The Bard's Song" et un "Mirror Mirror", le groupe balance quelques nouveautés comme un "The Ninth Wave" ou des titres moins joués tels un "Tanelorn (Into the Void)". Carré et maître de maîtrisé (ndlr : ...), le groupe réussit son set sans pour autant dépasser les limitations. Peut-être le groupe ayant le moins trouvé sa place dans le running order de la journée, sans pour autant en diminuer la qualité du set.

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Le site est désormais ultra blindé comme les jours précédents (on parle d’une jauge atteignant les 160.000 personnes en trois jours), difficile donc de voir Slayer de près, mais qu’à cela ne tienne, un set de Slayer ne se loupe pas (18H35 - MS1). Dès que le backdrop aux couleurs du dernier album apparaît en fond de scène, on sait à quoi s’attendre tant les passages obligés sont nombreux lors d’un concert de Slayer, tous plus jouissifs les uns que le autres. Déboulant sur le très efficace morceau-titre de son dernier album, le gang de Huntington Park ne fait pas de quartier. Chacun se place de son côté de la scène, Araya au centre, et on envoie du lourd. Sans fioritures. Sans chichis. Slayer, quoi. Loin de faire pâle figure, Gary Holt fait honneur au regretté Jeff Hanneman et apporte même au son du groupe une touche plus précise dans son jeu de guitare. Le répertoire du groupe est tellement puissant que chaque titre, sans exception, a des allures de classique ultime, d'un antédiluvien "Fight till Death" jusqu'à "You Against You", l'autre extrait de Repentless joué aujourd'hui. Seul moment de répit lors duquel le groupe sort du cadre strict de son set, Araya ramasse un béret lancé sur scène et finit par le mettre après une longue hésitation devant l'insistance du public. On a le droit de se détendre, même à un concert de Slayer ! Tout cela se termine logiquement sur un "Angel or Death" définitif devant un backdrop en hommage à Hanneman. Sans avoir besoin d'en faire trop, Slayer est venu, a vu et a vaincu.

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À peine le temps de s’extirper de la masse grouillante de la Mainstage pour filer voir Katatonia officier (19H30 – Altar). Alors que la soirée commence, il est temps de savourer quelques groupes de metal classieux à commencer par le metal prog de Katatonia. Défendant leur nouvel album The Fall of Hearts, les Suédois débutent par la très mélodique "Serac" qui passe très très bien en live. La guitare d’Anders Nyström est bien mise en avant avec un son clair permettant au public de profiter au mieux de ses soli. C’est le cas sur "Hypnone", les claviers ajoutant un aspect triste et aérien fort appréciable. Jonas Renkse lui est très en forme, sa voix claire ressort très bien, transmettant parfaitement la tristesse et la mélancolie des divers morceaux joués. En revanche, impossible de prendre ce type en photo entre la fumée très présente et sa tête constamment cachée par ses longs cheveux noirs. Niveau ambiance, le choix se porte plutôt sur un lightshow rouge ou bleu assez sobre, mais efficace, collant parfaitement avec les émotions qui règnent sous l'Altar. Pour les morceaux, le public est bien servi avec l’excellent refrain lent de "Nephilim" ou l’énorme "Deliberation". La deuxième partie du concert s’avère tout aussi efficace avec un "Serein" passant plutôt bien l’épreuve du live et surtout un final avec "Forsaker" dont le refrain marche à merveille et le solo emporte très facilement un public déjà conquis. Classe tout simplement.

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Retour à la Mainstage ensuite, afin de ne rien louper de l’instant « kermesse viking » du festival, proposée par les inévitables et si attachants Amon Amarth (19H40 – MS2) que l'on vous détaille par le menu ici. Dans le même temps, il est encore une fois possible de s'abandonner aux charmes de la contre-programmation à la sauce Valley, puisque ce sont les Rival Sons qui prenent les planches (19H30 – Valley). Choisis par rien de moins que Black Sabbath pour officier en première partie de leur tournée d’adieu mondiale, les Californiens sont un peu les nouveaux chouchous de la scène rock indé : sorte de mélange pas bien original mais extrêmement bien fait entre les Black Keys, Jack White, Them Crooked Vultures et autres Wolfmother, Rival Sons c’est typiquement le genre de groupe à faire mouiller les organisateurs de Rock-En-Seine ou les journalistes des Inrocks. Qu’à cela ne tienne, les garçons ont du métier et vont livrer un set tout à fait agréable devant une Valley bien blindée pour l’occasion (leur notoriété les précédant), et défendre leur dernier album en date (l'agréable Hollow Bones) avec brio et assurance. Porté par la voix versatile et haut-perchée d’une sorte de vague sosie de Jim Morrison et les riffs classieux d’un guitariste à la moustache des plus improbables, le combo le plus hype de la programmation de cette année s’en tire à merveille et la Valley, fidèle à sa réputation de scène la plus ouverte d’esprit du festival (ça se revérifiera d’ailleurs bien plus tard dans la soirée, et pas qu’un peu), lui réserve un traitement des plus chaleureux. Encore un coup des plus inspirés de la part de l’orga, félicitations.

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Alors que le soleil amorce son déclin et que la dernière nuit du festival vient doucement recouvrir tous les enfants du metal, on fonce ensuite voir Empyrium (20H35 – Temple). Rares en concert, les Allemands imposent leur style d'entrée de jeu : un folk metal très dark à l’élégance rare. Markus Stock, alias Ulf Theodor Schwadorf, s’affiche silencieux devant le public, poing levé, tandis que résonnent les premières notes de "The Days Before The Fall". Les mélodies mélancoliques et aériennes planent sur la Temple, le public ferme les yeux et se laisse emporter par la classe et la sensibilité romantique des Allemands. Le chant clair et puissant de Thomas Helm, absolument bluffant pendant tout le concert, complète parfaitement celui de Markus Stock, plus grave et plus écorché. À côté, Aline Deinert ajoute une touche de poésie grâce à son violon. Les mélodies s’entremêlent entre le clavier, la guitare, le violon et les voix dans un voyage onirique transportant très loin un public assez peu nombreux. Et quel dommage, car Empyrium est véritablement un groupe touchant, ne parlant que très peu et présentant sobrement leurs morceaux. Le public s’en fiche car le tout resplendit, tout comme ces lumières simples, mais superbes. Les titres s’égrènent, que ce soit la superbe mélodie à la guitare de "The Mill", "With The Current Into Grey" ou les aspects plus acoustiques de "The Franconian Woods in Winter’s Silence". Rien à redire. Et les Allemands finissent sur la plus folk mais tout aussi propice au voyage "Many Moons Ago". Les spectateurs, conquis, se laissent bercer par les voix de Stock et Helm. Empyrium offre en ce dernier soir l’un des concerts les plus beaux et les plus sensibles de cette édition 2016.

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C’est également le moment d’aller voir Megadeth et son si affable (ndlr : lol) chanteur/guitariste Dave «J’aime Trump et les armes» Mustaine (20H45 – MS1). Le nouveau line-up est au centre de toutes les discussions : Kiko Loureiro va-t-il se montrer à la hauteur de sa réputation et puis tout simplement, qui va-t-on trouver derrière les fûts ? Chris Adler étant semble-t-il définitivement out, c'est un musicien bien connu chez nous qui s'installe à la batterie : le Belge Dirk Verbeuren, ex-Scarve et batteur de Soilwork depuis une dizaine d'années. Autant le dire tout de suite, les deux nouveaux venus vont mettre tout le monde d'accord avec des prestations sans faille, Loureiro étant tout simplement parfait dès le pourtant exigeant "Hangar 18" qui ouvre les hostilités. La setlist concoctée pour le festival est particulièrement pertinente, savant mélange du best-of parfait (tous les classiques du groupe ou presque sont au rendez-vous) et de la promo du très bon nouvel album Dystopia dont cinq titres seront joués. Parmi ceux-ci on retiendra surtout l'énervé "The Threat Is Real" et le plus mélodique morceau titre. Le passage obligé sur lequel sont jugés tous les guitaristes passés par Megadeth est celui du mythique solo de "Tornado of Souls" (que Mustaine dédie à Nick Menza, disparu récemment). Verdict : chair de poule ! "À Tout le Monde", "She Wolf", "Sweating Bullets"... les « tubes » s'enchaînent jusqu'à la triplette de classiques qui clôt la plupart des concerts du groupe : "Symphony of Destruction", "Peace Sells" et "Holy Wars". Mustaine et son fidèle lieutenant Ellefson ont su rebooster la carrière de leur groupe en injectant du sang neuf et ne se sont pas loupés sur le casting, c'est le moins qu'on puisse dire !

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Soyons honnêtes, Grand Magus incarne ce que le heavy a produit de meilleur ces cinq dernières années (21H30 – Altar). Avec une flopée d'albums constants en qualité à son actif, à commencer par le déjà culte Hammer Of The North, le trio suédois déboule justement sur scène avec l'excellentissime opener "I, The Jury". Dès lors, il faudra peu de temps aux amateurs de riffs lourds et velus pour mettre une ambiance de feu en cette fin de festival devant une Altar qui commence malheureusement à se dégarnir ! C'est tubes sur tubes que livrent les Vikings avec un son impeccable. On aperçoit déjà certains avec leurs vestes à cent patchs secouer furieusement leurs cheveux au vent, quand il ne s'agit pas de chanter à tue-tête les hymnes fédérateurs des guerriers du Nord ! Car s'il faudrait résumer Grand Magus en une expression, ce serait « la bonne humeur », pour une musique qui se veut auto-parodique en répétant les canons du genre avec une fidélité bien trop aiguë (souvenez-vous de ce petit groupe ricain des années quatre-vingts qui utilisaient aléatoirement "blood", "fire" et "steel" pour composer ses paroles...), mais une justesse dans la composition et une exécution de maître qui ne peuvent que laisser le public à genoux. « Veni, vidi, vici ! »

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C’est désormais l’heure de l’un des moments les plus attendus du festival : le set de Ghost (22H05 – MS2), dont les (plus ou moins) anonymes membres sont carrément devenus des stars internationales de la scène rock au sens large depuis leur dernier passage au Hellfest. Les Suédois avaient promis un show spécial pour le Hellfest et ils ont tenu parole. Après l'intro désormais classique piquée à la scène de la partouze masquée dans Eyes Wide Shut, les musiciens débarquent sur scène accompagnés de leur pape de chanteur. Le set est presque entièrement consacré au dernier album Meliora, seuls deux titres du deuxième album Infestissumam seront également joués (et bizarrement donc, aucun du premier !). Le début du concert peine un peu à décoller, il faudra attendre que Papa Emeritus quitte sa tenue papale et se retrouve plus libre de ses mouvements pour vraiment rentrer dedans. L'homme est un excellent frontman, classe, drôle et délicat à la fois, même quand il parle de cul (ce qui arrive très souvent). À partir de "Cirice", on nage en plein bonheur, le tube "Year Zero (Hail Satan !)" et les très heavy "Absolution" et "Mummy Dust" ne faisant que le confirmer. Mais l'apothéose est sans doute atteinte sur le sublime "He Is", carrément bouleversant. Le show n'est pas en reste, des bonnes sœurs descendant de scène pour aller faire boire du vin (ou du sang ?) au public, ou bien encore distribuer des préservatifs. Une chorale d'enfants vient chanter le refrain lancinant de "Monstrance Clock" (pour un titre qui parle d'orgasme féminin, il fallait oser!) qui achève le concert sous un feu d'artifice tiré à côté de la scène. Ghost est devenu quelque chose d'énorme, immense, gigantesque (trop, diront certains). Mais Ghost le mérite amplement. Et pendant que Ghost dispense sa bonne parole, d’autres Éternels ont préféré aller voir quelque chose d’un peu plus poilu, comme par exemple les incomparables Enslaved (22H35 – Temple) à vivre en intégralité ici

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Mais ne nous y trompons pas, la plupart des festivaliers (comme Les Éternoz, d’ailleurs) sont déjà massés aux abords de la Mainstage, quasiment impossible d’accès à cette heure, pour voir ce qui est annoncé comme le dernier set de l’histoire de Black Sabbath en France (23H10 – MS1). On vous le conte évidemment ici en intégralité. Mais comme il n’y a pas que Black Sabbath dans la vie (si si, on vous assure) et que la Team Éternels est riche de goûts divers et variés, on est également allé voir Paradise Lost (23H40 - Altar). Paradise Lost traîne une réputation de groupe imprévisible en live, capable de performances intenses un soir et d'endormir tout le monde le lendemain. Et aussi de s'obstiner à proposer les mêmes « tubes » alors que sa discographie conséquente – quatorze albums en plus de vingt-cinq ans d'existence – lui permettrait aisément de varier la setlist. Et bien il faut croire que la bande à Greg Mackintosh se trouve dans de bonnes dispositions puisque, outre la scie "Say Just Words" qui semble, enfin, être mise de côté, ni "One Second", ni "Erased" et, plus étonnant, ni "As I die" ne seront interprétés sous l'Altar. À la place, la formation britannique fait la part belle à des titres délaissés de l'âge d'or de sa période doom/death des années quatre-vingt-dix, tels "Dead Emotion", "Shattered", "Rapture" ou encore "Falling Forever" - une relique extraite du mythique Gothic - exécutée pour la seconde fois de toute sa carrière, ce que Nick Holmes souligne à sa manière en souhaitant « bonne chance » au public. L'autre bonne nouvelle, c'est la forme affichée par l'ombrageux vocaliste et ses compères. Oh, pas de miracle ni de révolution, leur jeu de scène n'ayant manifestement pas fait l'objet de recherches chorégraphiques très poussées, se résumant à des allers-retours bord de scène - batterie de la part du frontman et aux dodelinements d'Aaron Aedy, le souriant six-cordiste. Mais à l'instar de ce dernier, les musiciens paraissent impliqués, soucieux d'instaurer un climat pesant : les guitares sont puissantes et le son accrocheur malgré la caisse claire un peu trop mise en avant de Waltteri Väyrynen, le nouveau et androgyne batteur finlandais – heureusement que le répertoire du quintet d'Halifax est assez parcimonieux en nombre de frappes par minutes. Et puis Nick Holmes fait le « show », ce qui signifie à son niveau qu'il distribue un florilège plutôt fourni de son humour pince-sans-rire, en signalant par exemple que Paradise Lost « n'est pas Black Sabbath » - manière de rappeler la programmation simultanée et malheureuse des deux formations – avant de lancer un peu plus tard, un rien bravache, que « Black Sabbath n'est pas Paradise Lost ». Quant à la séquence « oldies », le chanteur précise que lui et ses camarades ont renoncé à piocher des titres du premier enregistrement, afin de ne pas assommer l'assistance avec des « morceaux de huit minutes » - ce qui est plutôt ironique quand on sait que Lost Paradise ne comporte aucune piste aussi longue. Prestation soignée et appréhensions levées.

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Nous poursuivons notre route vers la Valley pour le set de Puscifer (23H40 – Valley), groupe sans doute le plus à part sur cette belle affiche 2016, qui jouait en remplacement (dans un genre totalement différent néanmoins) de Down, et qui sera l’occasion de démontrer, une dernière fois, l’immense largeur d’esprit des organisateurs et du public de la Valley. On vous raconte tout ça ici, avant de réaliser, terrifiés, que c'est déjà la fin. Il ne reste plus que trois concerts à voir avant que le Hellfest ne ferme définitivement ses portes et que tous les enfants du metal ne rejoignent leurs pénates pour une nouvelle année d’attente. Bien entendu, nous vous narrons les trois, et on commence avec un des groupes les plus bourrins qu’il était possible d’inviter pour clôturer le festival : Deicide (00H45 – Altar). « Holy shit ! » éructe un Glen Benton ricanant juste avant d'entamer le set et marquer le dernier concert du week-end sous la Temple, dont les croix renversées en guide de décorum rappellent celle que l'impayable leader du gang pionnier, qui n'est clairement pas « seul dans sa tête » (pour reprendre l'expression d'un chroniqueur maison), s'est gravée sur le front un jour de crise mystique. Et c'est parti pour une heure de death metal old-school et sans temps mort, avec une session rythmique en mode panzers lâchés dans une descente à quinze pour cent - les moulinets de la main droite de Benton n'ayant rien à envier en célérité à ceux de son collègue bassiste Shane Embury de Napalm Death, c'est tout dire. Le son, un peu crado, accentue la ressemblance entre les morceaux de sorte qu'à cet horaire tardif, au dernier jour d'une édition aussi intense, il faut être un fan hardcore pour prendre plaisir à encaisser une série d'uppercuts aussi brutaux. Douloureuse, la berceuse d'avant dodo.

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Dans le même temps, la Warzone avait tapé un grand coup en nous sortant une énorme performance des vétérans de Refused (00H45 – Warzone) : remontés à bloc depuis leur retour d'entre les morts en 2012 (et déjà au Hellfest), les géniteurs de l'un des meilleurs albums de tous les temps (ndlr : The Shape Of Punk To Come, ben oui) avaient une réputation de bêtes de scène à tenir, notamment Dennis Lyxzen. Et une fois de plus, elle ne fut pas usurpée : bien aidés par un son exceptionnel, les Suédois ont superbement enflammé cette fin de festival, envoyant une dernière décharge d'énergie et d'adrénaline à une Warzone qu'on a déjà vue tellement plus fatiguée et silencieuse pour une clôture de festival. La setlist est démentielle (tous les tubes, plus quelques morceaux du dernier album dont l'énormissime "Dawkins Christ'', la déjà classique ''Elektra'', ainsi que ''Destroy The Man'', carrément plus cool en live que sur LP, disons-le), le groupe semble en forme olympique et Lyxzen est, comme à son habitude, absolument fou et ultra-charismatique. On a rarement vu une fosse aussi pêchue un lundi à 1h et quelques du mat', et d'ailleurs tout le monde s'autorisera un dernier pétage de plombs généralisé sur l'hymne absolu des Suédois, la fameuse ''New Noise''. Encore un superbe choix de programmation de la part de l'orga, et une conclusion musicale parfaite pour tous les coreux du festival.

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Et pour finir, à tout seigneur tout honneur, ce n'est à nul autre qu'au grand King Diamond que revenait le redoutable honneur de clôturer le festival sur les Mainstages (00H45 – MS2), pour un concert dans une ambiance particulière. En effet, clôturer un festival tel que le Hellfest n’est pas une tâche facile. Après trois jours ininterrompus de festivités, de concerts, de pogos, de boue, de slams, de décibels, de pyrotechnie, de lumières… Le festivalier n’en peut plus. Plus de la moitié du public qui s’amassait il y a encore quelques minutes devant la prestation de Black Sabbath a en effet déjà quitté les lieux, ceux qui restent bénéficient donc enfin et pour la première fois depuis vendredi de ce qui manque le plus au Hellfest : de l’espace. Nombreux sont ceux qui assistent à ce show (car avec King c’est de ça qu’il s’agit) allongés dans l’herbe. Il flotte un parfum de nostalgie à Clisson avec ce concert qui marque la fin d’un week-end une fois encore inoubliable. Tout cela n’empêche nullement King Diamond de délivrer une prestation habitée en grandes pompes, avec tout le décor et la mise en scène auxquels on a droit. La première partie du set a des allures de mini best-of qui culmine sur le génial "Sleepless Night" et s’achève sur rien de moins que deux reprises de Mercyful Fate ("Melissa" et "Come to the Sabbath"). Mais le gros morceau est l’interprétation en intégralité et dans l’ordre de l’album culte du King (pas celui de Las Vegas, celui de Copenhague), l’effrayant Abigail. C’est là que la mise en scène a le plus d’intérêt, appuyant l’histoire de cet album concept avec ses différents personnages joués par des acteurs, son escalier et son charmant bébé mort-né. La musique n’est pas pour autant reléguée au second plan, King assure son chant si particulier et sa paire de guitariste Andy LaRocque et Mike Wead n’en mettent pas une à côté. Un très bon concert que le groupe aussi semble avoir apprécié, vu le temps qu’ils passent sur scène pour dire au revoir aux derniers fidèles, mais donné dans une ambiance particulière de fin de festival.

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Et voilà, c’est (encore) fini. Et merde. Pourtant chaque année on le sait, chaque année on s’y attend. Mais rien n’y fait : à peine les portes du festival passées une dernière fois, à peine le dernier regard jeté à la cathédrale et au HellCity Square qu'on se retrouve comme pris d’une nostalgie douce-amère. Ressassant les moments de bravoure de cette année (il y en a eu plein) et les nouveautés les plus marquantes (la nouvelle rue du HellCity Square, plus encore la nouvelle Warzone et la statue de Lemmy, exceptionnelles), on se dit que vraiment, on a bien de la chance d’avoir en France un festival de musiques extrêmes de ce calibre. Que reste-t-il à demander au Hellfest, à attendre de lui ? Encore quelques gros noms du rock à accrocher à son tableau de chasse (SOAD, QOTSA, AC/DC, Tool, Foo Fighters, Metallica, etc…), certes : cela viendra, ou pas. Et après ? Un peu plus de place sur un site qui - et on n’aurait jamais cru écrire cela un jour - commence à se faire un peu étroit face à l’immense succès populaire qu’il constitue ? Oui, indéniablement, mais faisons confiance à l’orga sur ce point, l’amélioration du site année après année restant leur point fort. Et pour le reste ? Ma foi, rien de plus en fait... Le Hellfest nous a déjà tellement donné et nous lui avons déjà, toutes et tous, tellement rendu. Aussi, demandons juste que cela dure encore, année après année, décennie après décennie, avec un niveau de qualité et de passion équivalents. Jusqu’à ce que nous soyons, toutes et tous, vieux et pleins de longs cheveux blancs et que les « dinosaures » de la programmation s’appellent Gojira, Slipknot ou encore Ghost... Quant à toi, ami(e) lecteur/-trice qui a ressenti la même nostalgie que nous à chacune de tes fins de Hellfest, nous te conseillerons juste de faire ce que nous faisons toutes et tous pour lutter contre celle-ci : simplement te laisser bercer par la petite voix qui, bien cachée au fond du cœur, derrière tous les décibels, te murmure doucement « à l’année prochaine… » . Oui, à l’année prochaine, pour le fest-report du Hellfest 2017 des Eternels. D’ici là, portez-vous bien et passez de très bonnes vacances.

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Dimebag et la Team Eternels : S1phonique, MFF, Ptilouis et Pietro, nos Chroniqueurs de Steel - Silverbard le Photo-Reporter de l’extrême - Tabris et Painlesslady en Back-of-Hell à la relecture-correction


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