Nordic Noise festival 2019


Nordic Noise festival

UN REPORTAGE DE...




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Jour 1 : 11 mai 2019

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Jour 1 :11 mai 2019



Quand les Tygers of Pan Tang annoncent sur les réseaux sociaux qu'ils vont partager l'affiche avec The Night Flight Orchestra deux semaines plus tard à l'occasion d'un festival qui avait échappé aux radars, il n'y a pas d'alternative - on y va, bien sûr. Même si l'événement se déroule à mille kilomètres, à Copenhague plus exactement. L'occasion de découvrir sous un soleil radieux une cité charmante dans laquelle l’historique et le contemporain cohabitent en bonne intelligence – de quoi faire sangloter les habitués du parvis de la Gare Montparnasse. Située légèrement en retrait du centre historique, l'Amager Bio - prononcé « Amabiou » par le barbu à casquette en charge de la présentation des groupes – est une salle type MJC avec bar(s) et mezzanine à la décoration indus assez sobre, sorte de mix entre le Ferrailleur de Nantes et le Trabendo parisien. Des barrières empêchent l'accès à la scène – on comprendra qu'il s'agira d'un dispositif visant essentiellement à dégager l'accès aux photographes – dommage pour la proximité, tant mieux pour les lombaires des spectateurs placés au premier rang. Alors que la jauge est à moitié remplie, la seconde partie du Nordic Noise Festival débuté la veille - avec notamment une prestation à domicile de la superstar Mike Tramp (White Lion, Freak of Nature) - commence.

Conformément aux usages, c’est une formation locale qui ouvre le bal. Les quatre membres de SILVERA (18h30) donnent dans un hard rock mélodique à la Foo Fighters, emmené par un guitariste/ chanteur beau gosse aux inflexions vedderiennes – dommage que celles-ci soient un peu noyées dans le mix et ne couvrent pas assez les approximations de son acolyte préposé aux chœurs. Heureusement, ce dernier, chemise rouge à carreaux (évidemment) et mine renfrognée, se montre autrement plus habile six-cordes en main, avec laquelle il assène quelques solos bien sentis, bien que parfois trop longs comme sur le deuxième morceau.

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Le temps de remarquer le seyant tee-shirt rétro d'Anthrax porté par le batteur et c'en est déjà terminé du récital des Danois que l'on pourra qualifier de sobre. Soit exactement l'inverse de celui asséné par leurs compatriotes d'ETHEREAL KINGDOMS (19h15), qui aura relevé de bout en bout de la pure hallucination. Rien que l'amorce est un poème : sur une mélopée supposément onirique égrenée aux synthés, une jeune femme s'avance en miaulant à la façon d'une recalée de conservatoire de type Tarja, puis s'immobilise, bras ouverts, regard au loin et cheveux au vent – artificiel, bien sûr. On se dit à ce moment précis que ça va être très pénible. Jusqu'à ce que la Castafiore en legging noir trop serré et chemise blanche trop courte balance un growl magistral, digne d'une Angela Gossow à laquelle elle ressemble vaguement par ailleurs. Et c'est parti pour une grosse demi-heure de délire total, de guitares plombées et de metal épico-symphonique proche du premier Within Temptation. Musicalement, rien de novateur ni, il faut bien l'admettre, de très emballant, malgré un son tout-à-fait correct. En revanche, le spectacle offert par le collectif à géométrie variable se révèle fascinant. Aux trognes impayables du guitariste et du batteur, encapuchonnés et grimés façon trolls des sous-bois, s'ajoute à partir du deuxième titre une violoniste elfique, arborant une chevelure presque aussi impressionnante que celle d'Onielar (Darkened Nocturnal Slaughtercult, Bethlehem). Peut-être la conséquence d'une crispation palpable, sa première intervention est totalement fausse. Pas de quoi freiner Sofia Schmidt, la cantatrice emphatique, qui enchaîne les vocalises en s'accompagnant de force gestes déclamatoires et fait à nouveau retentir son registre guttural – hop, magie ! - le violon de sa collègue devient juste. Mais il ne sera pas dit que le forfait initial de la mini Catherine Lara – elle chante aussi - restera impuni : la titulaire du micro, après s'être emparée d'un second biniou sorti d'on ne sait où, fracasse ce dernier au sol dans une salve de hurlements hystériques sous le regard faussement désapprobateur mais réellement impuissant de sa collègue (aucun(e) violoniste digne de ce nom n’aurait validé cette idée).

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Gaffe, Sofia, la prochaine fois vérifie la distance avec le public - quelques débris acérés du malheureux instrument ont voltigé jusque dans la fosse. Après ce basculement dans la démence, trois choristes masculins tout de noir vêtu et sérieux comme des papes s'avancent sur l'estrade, partition à la main. Ils repartiront après le quatrième morceau. Et reviendront pour le sixième, sans qu'à aucun moment on ne les entende distinctement, la délicate Sophie phagocytant la quasi totalité du spectre vocal. Alors oui, tout cela pourrait sombrer dans le ridicule le plus total, sauf que la frontwoman assure, n'en déplaise aux ricaneurs. Certes, il est difficile de ne pas sourire devant sa chorégraphie mélangeant bonds de gazelle replète et toupies à un demi-tour qui évoquent davantage les pros de l'aérobic permanentées de Fame qu'Odette dans Le Lac des Cygnes, surtout quand la ballerine du melodeath expectore son désespoir en s’échouant sur les retours à la manière d'une princesse déchue. Néanmoins, l’hyperactive créature probablement issue d'un autre monde, dont la partie gauche du visage est constellée de gommettes pailletées qui se décollent depuis les premières notes, fait preuve d'un tel investissement qu'elle en suscite une admiration sincère, celle qu'engendrent les personnes prêtes à tout pour réaliser leurs rêves d'enfant. Ou alors c'est une sacrée comédienne qui simule la folie à la perfection. Qu'importe : même si la musique aura été anecdotique dans l'histoire, Sofia et ses amis auront réussi à nous transporter dans leur monde bizarre et féerique – ok : violemment timbré.

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Si des programmateurs étrangers ont assisté à ce grand moment de surréalisme, nul doute que les plus aventureux d'entre-eux s'emploieront à attirer ce beau monde hors des terres de King Diamond. La musique, en revanche, est loin d'être anecdotique s'agissant de TYGERS OF PAN TANG (20h). L'audience est désormais copieusement garnie, savant amalgame de vieux metalheads en vestes à patches et de post ados insouciant(e)s portant tee-shirt – bon, l'inverse se vérifie aussi, mention spéciale et hilare au quinquagénaire arborant un manches courtes floqué « Pink Freund – The Dark Side of your Mom ». Une fois achevée la harangue réglementaire du casquettu venu s'enquérir de la présence des festivaliers – au cas où tout le monde se serait barré avant les têtes d'affiche - tandis que raisonnent des.... feulements (ils ont osé), le quintet de Whitley Bay déboule tout sourire sur les accords vigoureux d'"Only the Brave", l'opener du très honorable dernier album paru en 2016 et dont la suite est en cours d'enregistrement. Point d'extrait de celle-ci en avant-première mais un panachage entre morceaux récents pas désagréables mais un peu trop centrés sur la réalisation suscitée et quelques hits de la grande époque, vieille de bientôt quarante piges il est vrai – c'était bien la peine de demander la setlist favorite des fans sur le net si c'est pour faire comme d'habitude, les gars. Foin de ronchonnades, car pour le reste, le bonheur semble s'être incarné dans ces cinq énergumènes que la bonne humeur ne quittera pas durant une heure.

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L'interprétation est de très haut niveau, malgré les limites du batteur sosie de Yvan Le Bolloc'h qui compense cependant par un nombre conséquent de grimaces – ça ne rattrape pas tout à fait les roulements foirés sur les dernières mesures de "Euthanasia", mais ça participe de la sympathique ambiance. Robb Weir, le boss et ultime membre fondateur laisse volontiers Micky Crystal, son jeune compagnon au pseudo de star du X, se dépatouiller avec les soli les plus techniques. Et il s'en sort remarquablement, le bougre, parvenant à faire monter la tension malgré un rendu sonore un peu brouillon et une tendance à l'immobilisme. De son côté, le leader à la barbe poivre et sel souffle dans le tuyau de son vocoder et surtout, mouline des riffs énergiques en diable évoquant les plus belles heures de la New Wave of British heavy Metal, entre l'entêtant "Suzie Smiled", le sautillant "Don't Touch Me There" et les speed "Hellbound" et "Gangland" – on aurait bien aimé entendre l'homérique "Slave to Freedom" que la section britannique joue encore de temps en temps, mais il faut savoir respecter les choix d'un collectif dont l’enthousiasme communicatif est en partie alimenté par le chanteur Jacopo Meille qui, en dépit d'un jeu de scène pas ébouriffant de dynamisme, sait chauffer l'atmosphère en alternant bons mots entre les chansons et screams puissants en point d'orgue de lignes de chants maîtrisées.

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Le Transalpin à bouclettes rejoint ses compagnons en fin de partie afin de s'adonner à un feu d'artifice buccal (!) pratiqué autour de la batterie - ce n'est pas sale, juste vert - prélude à une interprétation survoltée de "Love Potion #9", l'un des nombreux tubes de Leiber et Stoller. Joyeux et fougueux, les Tygres ont partagé leur entrain et démontré une compétence qui, à l'évidence, ont ravi aussi bien les fans que les novices, laissant entrevoir de belles promesses quant à leur futur proche, que ce soit en studio ou en live - on touche du bois. La conclusion du Nordic Noise fait honneur à son nom puisque ce sont deux sections suédoises qui sont chargées de clore les débats. À commencer par THE NIGHT FLIGHT ORCHESTRA (21h30). Les bardes magiques qui ont réussi avec maestria leur pari de (re)vitaliser l'AOR abordent la soirée cintrés dans leur désormais traditionnels costumes de personnel navigant – le blanc sied décidément à l'énergique Sharlee d'Angelo.

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On notera avec désappointement une certaine sobriété vestimentaire de la part du claviériste Richard Larsson, lui dont la chemise mi Hawaï-mi clic clac avait tant impressionné à Paris. De violet vêtu, à l'instar des choristes-hôtesses de l’air qui disposent sur leur pupitre d’un combiné téléphonique vintage de même couleur, « Speed » Strid, toujours aussi bien portant, fait retentir le signal de l'embarquement, à savoir le scream en introduction de "Sometimes the World ain't enough", le titre homonyme du dernier album en date. Le vol durera une heure, ce qui induit quelques sacrifices par rapport à la prestation parisienne – pas d'escale à Miami ni à Rio tandis que "Josephine" a été abandonnée sur le tarmac. Le tranquille "Something Mysterious" est rehaussé d'une introduction au piano alors que sur "Speedwagon", autre titre de la catégorie pas mal-mais-on-aurait-préféré-"Sail on", Jonas Källsbäck entame une conversation avec un roadie qui lui fait louper une frappe, à l'étonnement amusé de David « touched by the grace » Andersson qui pour sa part enquille les plans magiques à la guitare avec une forme de relâchement qui confine à la nonchalance. Cependant et malgré l'émerveillement qu'il suscite en tant que compositeur et interprète, le peu expansif toubib n'a toujours pas été visité par la fée du charisme – on ne peut pas avoir tous les dons. Et à part ça ? La joyeuse routine. Les aficionados survoltés reprennent tous les refrains en chœur - "Gemini" a une nouvelle fois fait péter le sonomètre – les premiers accords de "Midnight Flyer" collent toujours autant les frissons et Strid se fait servir son champ' par les Airline Annas sur le désormais classique "1998".

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Quant aux dynamiques "Paralyzed" et "This Time", issus du controversé dernier LP, ils passent toujours aussi bien la rampe en live, malgré une batterie qui a tendance à s'imposer plus que de raison et un Strid qui donne l'impression d'être à l'économie. Ses lancements manquent d'ailleurs un peu de patate mais pas d'humour – le natif d'Helsinborg faisant mine de laisser le choix à l'assistance entre une communication en danois ou en suédois avant d'opter pour... l'anglais, pas de jaloux. Il réussira également à lancer une chenille avant "West Ruth Ave" en guise de traditionnel et orgiaque final. Bref, les concerts se suivent et se ressemblent : en dépit d'un son un peu déséquilibré, le collectif de Scanie fait preuve d'une qualité d'exécution qui lui permet de faire honneur à son répertoire d'une richesse tout simplement indécente et procurer soixante minutes de bonheur. On en espère au moins autant de la part des compatriotes de CANDLEMASS (23h), les vedettes de la soirée, censées jouer une heure et demie. Les précurseurs du doom metal tiendront admirablement leur rang, surmontant un incident technique survenu dès le second titre, en l'occurrence le mutisme de la basse du fondateur/ compositeur Leif Edling qui précise que ça fait vingt ans que ça ne lui était pas arrivé – moment historique. La crainte est alors grande de ne plus revoir le superbe instrument floqué du fameux crâne transpercé d'Epicus Doomicus Metallicus, le premier album fondateur. Heureusement la quatre-cordes refait son apparition – il ne pouvait en être autrement, l'affiche mentionnant en outre la présence de Johan Längqvist qui officiait sur l'enregistrement mythique susmentionné.

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Celui-ci a été interprété dans sa totalité - six titres, l'affaire était réalisable. Il convient toutefois de préciser que "Demon's Gate" a été exécuté en bout de course, à la suite d'un deuxième rappel, sous l'insistance d'un auditoire tout acquis à la cause des Suédois – il y a fort à parier que nombre de compatriotes ont franchi spécialement le détroit de l'Øresund tout proche pour venir communier avec leurs idoles. L'organisation ne se fait pas trop prier pour accéder à la requête du quintet qui aura régalé les fans de ses riffs lourds bourdonnant sur des tempos poisseux, dans une veine heavy metal néanmoins un peu systématique – la répétition et les minutages allongés n'effrayant pas les sombres vikings tout de noir vêtus. Le revenant et très tactile Längqvist, qui fait régulièrement des pokes aux deux premiers rangs, confirme ses bonnes dispositions entendues sur le dernier recueil. Ses rictus manquent de variété mais sa voix ne connaîtra pas de défaillance et si sa présence scénique souffre de la comparaison avec celle, massive, de Messiah Marcolin - l'un de ses mémorables successeurs/ prédécesseurs - il n'hésite pas à se déplacer et même s'adresser à la foule, privilège réservé habituellement au leader Leif Edling. Hormis des faussetés assez prévisibles sur les arpèges liminaires de "Sorcerer's Pledge", l'interprétation et le son auront été de très bonne facture – le style pratiqué par Candlemass n'appelant pas non plus à la virtuosité. On remarquera les superbes Dr Martens à l'effigie de Sid Vicious portés par Mats Björkman, le flegmatique guitariste rythmique, tandis qu'Edling enchaîne les gorgées de cognac, insistant même pour se faire resservir au mitan du récital.

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Quant à la setlist, outre l'intégrale d'Epicus... déjà citée – ah, la jouissive accélération sur "Black Stone Wielder" ! - un savant mélange de quelques titres récents et de classiques tels que "Marche Funèbre"/ "Dark are the Veils of Death" et l'incontournable "Bewitched" auront été proposés pour la plus grande joie du parterre. Les adieux auront été fervents, les membres du groupe ayant du mal à quitter la scène.



Ainsi s'achève le Nordic Noise Festival, événement à l'organisation irréprochable – tout juste pourra-t-on tiquer sur un merchandising très chiche et la distribution de gobelets en plastique jetables qui, comme il fallait s'y attendre, finiront leur courte existence à même le sol, et ce malgré les corbeilles disposées dans la salle. Mais cela ne suffira pas à ternir une très belle soirée, marquée par des performances étonnantes (surtout une), d'autres plus attendues, mais toutes de haut niveau et source de beaucoup de plaisir – l'occasion de souligner une dernière fois les sets particulièrement revigorants de Tygers of Pan Tang et The Night Flight Orchestra. Il est temps maintenant de s’enfoncer dans les rues baignées de nuit pour y abandonner la volute d’un violon martyrisé
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