Rage

Entretien avec Peavy Wagner (chant+basse) - le 02 avril 2008

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Cosmic Camel Clash

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Kroboy

Une interview de




Rage_20080402

Il y a des groupes comme ça pour lesquels on a un faible, par exemple quand il font du heavy allemand sans relâche depuis près de vingt-cinq ans tout en réussissant à se renouveler et à rester pertinents album après album. Suite à la sortie du sympathique Carved In Stone (chronique ici), Peavy et sa bande ont entamé une tournée qui les a vus s'arrêter au Nouveau Casino de Paris début avril (live-report ici). L'occasion rêvée pour faire un brin de causette avec le très culte Peavy Wagner.


Cosmic Camel Clash : L'évènement marquant entre les deux albums fut le départ de Mike Terrana (batterie). Comment as-tu trouvé son remplaçant ?

Peavy Wagner : Andre vient du même coin que nous, et nous le conaissions depuis vraiment très longtemps. Il jouait dans Silent Force qui sont des amis à nous et nous savions qu'il était dans le coin. Après que nous ayons malheureusement dû virer Mike du groupe (rires) il s'est avéré que nous étions en studio pour enregistrer la compilation anniversaire du label Nuclear Blast, Into The Light... et Andre était un des batteurs de session sur cet album. Nous avons travaillé avec lui, ce qui s'est révélé très facile et sympa, et nous n'avions plus de batteur... donc nous sommes dit que nous pourrions essayer de jammer ensemble. Il s'est avéré qu'il était un fan de longue date du groupe, il connaissait déjà les chansons avant que nous nous mettions à répéter donc il a démarré au quart de tour, dès la première note. Nous avions fait des répétitions avec d'autres batteurs et c'est avec lui que ça sonnait le mieux. Ça a été facile.

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Cosmic Camel Clash : Pourquoi aviez-vous dû virer Mike ?

Peavy Wagner : C'était devenu impossible de continuer à travailler avec lui. Ca faisait presque huit ans qu'il était dans le groupe et les premières années s'étaient très bien passées... puis il y a quatre ans il a commencé à beaucoup changer sur un plan personnel. Il est devenu très négatif à propos de tout... Ce n'était pas un musicien de session mais un membre à part entière, nous partagions les revenus en trois parts égales, sa parole avait autant de poids que la mienne ou celle de Victor (Smolski, guitare)... et c'était devenu très dur de travailler avec quelqu'un qui était toujours contre tout. Quoi que nous essayions de faire c'était toujours « non, non... », il ne voulait rien faire en fait. Il ne voulait plus travailler avec les gens de notre entourage, il voulait virer notre crew... et nous aimons notre crew ! Nous travaillons avec ces gens depuis plus de dix ans et nous ne voulions pas les virer pour des raisons à la con. Il avait des problèmes avec tout le monde, il n'aimait personne (rires). Idem pour notre ingé son Charlie Bauerfeind, qui a mixé notre dernier album... il haïssait son travail et ne voulait plus travailler avec lui. C'était très dur de trouver des compromis, et durant les deux dernières années il est devenu de plus en plus agressif envers tout le monde. Par exemple il a jeté un trousseau de clés à la tronche de notre ingé son live qui a menacé de quitter la tournée, ce qui nous posait évidemment problème (rires). Et sans raison, juste parce que son portable était tombé en panne ! Tu vois ce syndrome où les gens pètent un câble sans raison ? Il est comme ça et c'est très dur de bosser avec ce genre de personne. A la fin il était devenu agressif envers Victor et moi, il m'a craché dessus durant un show à Barcelone... ce n'était plus possible. Il ne voulait pas qu'on se voie et qu'on parle pour tenter de régler le problème, il n'y avait plus du tout de communication. Et quand nous avons commencé à travailler sur le nouveau répertoire nous avons réaliser que nous ne pouvions pas continuer comme ça : soit nous cherchions un nouveau batteur soit le groupe allait mourir.

Cosmic Camel Clash : Andre joue aussi dans Axxis. Tu n'as pas peur que les plannings des deux groupes soient durs à faire coïncider ?

Peavy Wagner : Pas du tout. C'était pareil avec Mike, il avait même plus de groupes et de side-projects et ça fonctionnait. C'est assez facile en fait. Rage est bien sûr la priorité principale d'Andre, il organise ses autres projets autour de nous. Un batteur aujourd'hui a besoin de plusieurs boulots pour pouvoir gagner sa vie, en général ils n'écrivent pas les chansons donc ils ne touchent pas de royalties. La plupart des batteurs de ce niveau ont donc besoin de plusieurs sources de revenu.
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Cosmic Camel Clash : En général les changement de line-up dans Rage ont apporté des nouvelles dynamiques musicales. Penses-tu que la présence d'Andre durant l'enregistrement de Carved In Stone explique en partie son côté plus direct et heavy ?

Peavy Wagner : C'est sûrement une des raisons pour lesquelles il sonne plus direct. Andre aime ce genre de musique, il a un jeu plus agressif, plus métal alors que Mike adorait le style fusion (mime un batteur en train de faire plein de roulements), il adorait jouer sur toutes les parties de son kit en même temps (rires. Andre a un jeu plus heavy et adore jouer des chansons plutôt que faire de soli alors que Mike était fondamentalement un batteur à soli qui voulait montrer à tout le monde de quoi il était capable, en gros les chansons il n'en avait rien à foutre (rires). Andre est complètement à l'opposé, c'est un batteur de groupe.

Cosmic Camel Clash : Comme toujours Victor a beaucoup participé à l'écriture des morceaux, et son style de composition sur Carved In Stone est à la fois très différent de ses projets solo et de ce qu'il composait pour Rage il y a encore quelques années. La nouvelle orientation plus hard correspond donc également à ce qu'il voulait faire ?

Peavy Wagner : Oui. Victor et moi étions tombés d'accord sur l'idée de faire un album plus direct et plus basé sur les chansons. C'était l'idée et ça a très bien fonctionné. Speak Of The Dead était très expérimental avec les parties orchestrales et tout, et après ça nous nous sommes dit « pourquoi ne pas faire quelque chose de plus direct maintenant ? », c'est ce que nous voulions.

Cosmic Camel Clash : Il y a beaucoup de refrains très catchy sur l'album, comme sur "The Long Hard Road" ou "Lost in the Void". C'est pour créer un équilibre avec les riffs plutôt durs des couplets ?

Peavy Wagner : Oui. Nous aimons juste ce style, cette combinaison avec des accords vraiment intéressants, des mélodies catchy, puis des riffs de guitare méchants. C'est ce que nous aimons, ce que nous voulions faire.

PhotoCosmic Camel Clash : Avec le feeling de "retour aux sources" propre à l'album, allez-vous jouer des titres plus anciens en live ? Et si oui, vas-tu adapter tes lignes de chant qui étaient beaucoup plus aigües à l'époque ?

Peavy Wagner : Bien sûr. Nous avons inclus dans notre set quelques chansons surprise que nous n'avons pas jouées depuis très longtemps, et bien sûr il y a le nouveau matériel en plus. Quant à ma voix, elle a grandi et vieilli avec moi, quand j'avais vingt ans j'avais la voix d'un type de vingt ans. J'en ai quarante aujourd'hui et ma voix sonne comme celle d'un homme de quarante ans. C'est normal, on ne peut rien y faire... et je n'ai pas vraiment à changer les lignes de chant, ce n'est pas si dur de rechanter ces chansons, mais ma voix a un timbre plus sombre. Et je l'aime beaucoup plus aujourd'hui : elle sonne plus heavy, elle envoie plus le bois. J'avais une voix à la Mickey Mouse sur les premiers albums (rires).


Cosmic Camel Clash : L'été dernier, vous avez joué avec un orchestre symphonique à Wacken (live-report ici) et la réaction du public a été massive. Comment était-ce pour toi ?

Peavy Wagner : C'était fantastique. Ce concert est en entier sur le DVD bonus qui accompagne le nouvel album. Nous avions adoré ce show et nous pensions que tout le monde devait pouvoir en profiter. A mon avis c'est un des meilleurs enregistrements live qu'on peut trouver de nous. Nous avions sorti un DVD il y a quelques années qui a été réédité, nous avions joué avec l'orchestre sur un plateau télé à la fin des années 90... et je trouve que la qualité n'est pas terrible. Donc nous avons sorti le show du Wacken pour que les gens puissent se rendre compte d'à quel point ça pouvait être bon.

Kroboy : Vous avez joué une chanson à Wacken, "French Bourrée", qui n'est pas sur le DVD. C'est une histoire de droits ?

Peavy Wagner : Oui. SPV détient les droits de ce morceau et ils ne nous ont pas autorisé à le sortir.

Cosmic Camel Clash : Comment les musiciens de l'orchestre ont-ils vécu ce moment ?

Peavy Wagner : Ils ont adoré ça, et nous allons forcément refaire ce genre de show. Ils sont impatients que nous les réservions à nouveau pour refaire un concert (rires).

Cosmic Camel Clash : Ce soir nous jouez au Nouveau Casino qui n'est pas une grande salle, elle est prévue pour 350 personnes. Pour un fan c'est le rêve, mais comment le ressens-tu de jouer dans une salle comme ça alors que tu as 25 ans de carrière au compteur ?

Peavy Wagner : Pour moi ça ne fait pas grande différence. Bien sûr la scène est plus grande quand nous jouons ailleurs mais un concert reste un concert, que l'on joue pour vingt personnes ou pour deux mille. De plus j'ai parlé au promoteur qui m'a dit que ces dernières semaines les concerts parisiens n'ont pas drainé grand-monde (ndCCC : c'est vrai) donc c'est une tendance actuelle quelle que soit la raison. Mais ça n'aurait pas eu d'intérêt de demander une salle plus grande vu les préventes. En général nous jouons à l'Elysée-Montmartre qui peut acceuillir plus de monde, mais cette fois-ci ils ont préféré jouer la sécurité et réserver cette salle. La prochaine fois on verra... il y a des années avec et des années sans, mais le plus important c'est que les choses continuent (rires).
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Cosmic Camel Clash : A quel point un groupe comme Rage est-il affecté par le téléchargement et la chute des ventes de disques ?

Peavy Wagner : Comme tous les autres groupes, nous gagnons moins d'argent. Même le téléchargement légal n'apporte rien au groupe, on grapille des miettes. Le téléchargement légal ne représente rien. La dernière fois que notre label nous a donné des chiffres à ce sujet, nous avions gagné quelque chose comme trois euros par ce biais. C'est une blague. Autant voler l'album à ce compte-là.

(Victor Smolski s'étant installé à la table à côté de la nôtre, Peavy lui demande son avis sur la question)

Victor Smolski : Je pense que c'est un bon outil de promotion pour les jeunes groupes, mais que ça ne peut servir à rien d'autre.

Cosmic Camel Clash : Tu as participé au projet Bassinvaders de Markus Grosskopf, que j'ai interviewé récemment à ce sujet (interview ici). Quand il t'a contacté avec cette idée de faire un album de heavy-metal sans guitare, quelle a été ta réaction initiale ?

Peavy Wagner : « YEAH ! » (rire général). J'ai pensé que c'était vraiment une idée intéressante, et ça a été un album très fun à faire. Je l'aime bien, on s'est bien amusés. Par contre la plupart des chansons ont été composées à la guitare, elles étaient pensées comme ça à la base... et je les ai réarrangées pour la basse. Ca n'a pas fait une grosse différence en termes d'écriture.

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Cosmic Camel Clash : Maintenant que Rage va avoir vingt-cinq ans, quel regard portes-tu sur ta carrière et quelles sont tes aspirations pour l'avenir ?

Peavy Wagner : Je n'ai jamais imaginé que ça pourrait durer aussi longtemps. Je suis juste heureux que nous soyons toujours ici après tout ce temps, c'est exceptionnel dans le business musical. Je ne sais pas, nous voulons simplement pouvoir continuer en fait car j'adore faire ça. C'est toute ma vie et je ne veux pas que ça s'arrête. J'espère juste que nous allons continuer à enregistrer et sortir des chansons, donner des shows... nous n'avons pas vraiment de plan pour le futur, nous ne savons même pas ce que nous allons faire l'année prochaine pour fêter nos vingt-cinq ans, nous en discutons en ce moment. (à Victor) Tu as une idée de ce qu'on pourrait faire pour les vingt-cinq ans du groupe l'année prochaine ?

Victor Smolski : Un truc avec beaucoup de flammes, et une énorme liste d'invités. (rire général)


Crédits photo : www.myspace.com/rage


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