CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
le 04 juillet 2010




SETLIST

World Painted Blood
Jihad
War Ensemble
Hate Worldwide
Dead Skin Mask
Angel of Death
Beauty Through Order
Disciple
Mandatory Suicide
Chemical Warfare
South of Heaven
Raining Blood

AFFILIÉ

Slayer
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Slayer_Hellfest_20100619

Le Hellfest, c'est une centaine de groupes au programme, dont deux qui reviennent inlassablement tous les deux ans depuis l'époque du Fury Fest : Motörhead et Slayer. Si Lemmy semble avoir conservé son lot de fans, visiblement pas lassés de voir exactement le même set à chaque fois, il n'en va pas de même pour les Californiens : après la prestation moyenne de 2007 et celle carrément catastrophique de 2008, après les annulations en série dus aux problème de santé de Tom Araya, Slayer a perdu la confiance des fans de metal au sens large et sa légitimité en tant que tête d'affiche commence même à être contestée…

Les choses sont claires désormais : suite à son intervention chirurgicale, Tom Araya peut rejouer, mais le headbanging est proscrit à vie. Du coup ça sent vraiment le roussi, vu qu'il était le seul à mettre un peu d'animation lors des concerts de Slayer. Impossible de compenser par ses qualités de communicant, nullissimes : là où un James Hetfield peut électriser une foule de 50 000 personnes avec une phrase de 3 mots, Araya reste muet comme une carpe, et les rares fois où il ouvre la bouche, on le sent franchement mal à l'aise. Par exemple, il lance la première phrase du refrain de "Dead Skin Mask", sans doute pour susciter une ovation du public… puis ne sachant que dire, poursuit tout le refrain avec une théâtralité maladroite. Bref, même après quasiment 30 ans de carrière, s'adresser au public, c'est toujours un cauchemar pour lui. Mais bon, au moins il sourit et on le sent heureux et soulagé de revenir sur scène, c'est toujours ça de pris. Kerry King fait quelques timides efforts pour bouger de son coin de scène et aller voir ce qui se passe de l'autre côté, ou pour poser un peu avec Hannemann. C'est le minimum syndical, mais on peut au moins lui accorder ça, contrairement à son compère à qui on a dû couler les pieds dans le béton sur le côté gauche de la scène. Puisqu'on ne peut plus compter sur les musiciens pour faire le spectacle, il n'y a plus qu'à espérer que la musique de Slayer (re)parle d'elle-même pour sauver les meubles.

Comme toujours quand un groupe avec une carrière longue comme le bras se produit en festival, la setlist aura pas mal divisé les fans. Les classiques sont tous là, et comme ils sont nombreux, ça bouffe pas mal de place. C'est au sujet du reste que les discussions ont été animées, et elles ont rapidement tourné en un remake du débat sur World Painted Blood. Visiblement, Slayer en est très satisfait puisqu'au menu des shows de cette tournée figurent pas moins de trois nouveaux morceaux. Du coup, pour beaucoup, le concert n'a réellement commencé qu'à partir de "War Ensemble". Personnellement, je serai moins critique : si on peut se poser la question de la présence de "Jihad", qui n'a jamais tellement convaincu en live, démarrer par "World Painted Blood" n'est pas une si mauvaise idée. Le riff frontal a le mérite d'annoncer la couleur pour un concert de thrash, tandis que le break plus lent est une torture pour les cervicales. "Hate Worldwide" est déjà moins marquante car un peu trop simpliste, mais coincée entre deux tueries du calibre de "War Ensemble" et "Dead Skin Mask", ça passe tout seul. Par contre, "Beauty Through Order", c'est vraiment la grosse baffe. Ce morceau était déjà, et de loin, le meilleur de l'album, mais il prend encore une autre dimension en live. La structure alambiquée, les multiples changements d'ambiance et de tempo avec quelques accélérations hystériques, les solos qui fusent de partout… Une vraie bombe H ce titre !

A côté de ça, on a retrouvé toute une poignée de titres présents à tous les concerts de Slayer, ceux qui ont contribué à faire leur réputation de Dieu du thrash. Les premiers classiques interprétés ont eu du mal à convaincre, au point que l'ombre du fiasco de 2008 est revenue rôder aux abords de la Mainstage 2. "War Ensemble" est jouée sur la réserve, sans le grain de folie qui fait tut le sel de ce titre, tandis que la version un peu ralentie de "Dead Skin Mask" est presque inférieure à la version de Dark Funeral la veille. Ce n'est qu'à partir d'un "Angel Of Death" expédié avec autorité que tout a décollé, y compris l'ambiance dans le public : dès lors, Slayer est redevenu Slayer, l'incarnation vivante du thrash. La démonstration est éclatante sur "Mandatory Suicide" : Araya retrouve un supplément de tripes au chant, et surtout Dave Lombardo nous fait une autocombustion spontanée, multipliant les roulements dans tous les sens telle la pieuvre humaine qu'il était jadis, avant son retour en demi-teinte dans le groupe. Le temps s'écoule et Slayer est déjà limite niveau timing au moment d'attaquer le mythique "South Of Heaven" (quelle intro, mais quelle intro !) : pas de "Raining Blood" alors ? Allons, quand on s'appelle Slayer, on peut s'autoriser un petit dépassement de quelques minutes. Les fameux trois coups de toms peuvent résonner dans la nuit clissonaise, annonçant le verdict du soir : Slayer is back with a vengeance.


Alors bien sûr, ce n'est plus le Slayer d'il y a 15 ou 20 ans, celui qui foutait la trouille rien qu'à l'évocation de son nom ; mais comparé à ce à quoi le groupe nous avait habitués depuis quelques années, ce passage au Hellfest aura été une vraie réussite. Même si les membres du groupe ne montrent pas forcément une implication de tous les instants en ce qui concerne le jeu de scène, les morceaux ont au moins le mérite d'être restitués à la perfection. Et on parle de morceaux de Slayer là, pas du groupe en bas de la rue ! Confirmation attendue le 7 juillet, date où le concert du Bataclan devrait enfin se tenir après deux reports de dates... (manque de bol, cette fois il est purement et simplement annulé !)


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