CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 02 juillet 2014




SETLIST

Hell Awaits
The Antichrist
Necrophiliac
Mandatory Suicide
Captor of Sin
War Ensemble
Hate Worldwide
Disciple
Implode
Seasons in the Abyss
Dead Skin Mask
Raining Blood
Black Magic
South of Heaven
Angel of Death

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Slayer_Hellfest_20140620

« Slayer en live, c'est une machine de guerre. » La phrase psalmodiée comme un mantra par les fans de la première heure se heurte désormais au doute depuis la disparition au printemps 2013 de son guitariste et co-fondateur Jeff Hanneman. Que vaut la formation pionnière du thrash metal en l'absence de ce dernier, compositeur d'une grande partie du corpus slayerien ainsi que celle du batteur historique Dave Lombardo qui a quitté le navire avec pertes et fracas dans la confusion qui suivit le décès ? Est-il vraiment pertinent de poursuivre l'aventure ? D'évidence, une mise au point s'impose.

Ayant fait changer l'horaire jugé trop tardif une fois le créneau d'Iron Maiden confirmé en début de soirée, sans doute dans l'espoir de capter une partie de la foule que les Britanniques sont censés drainer – pari gagnant – c'est vers 23 heures que les membres de Slayer investissent une Mainstage n°2 chichement décorée, un backdrop « Slaytanic Wehrmacht » et basta. Voilà qui tranche avec la mise en scène ostentatoire de la Vierge de Fer qui vient de quitter la scène voisine. Nimbés d'un halo verdâtre, Kerry King et ses acolytes entament leur set pied au plancher avec le traditionnel "Hell Awaits" et son intro possédée – existe-t'il beaucoup d'autres titres aussi bien gaulés pour entamer un concert ? S'ensuit un "The Antichrist" balancé comme un uppercut sur lequel Araya donnerait presque l'impression d'avoir récupéré ses stridences juvéniles – la bonne forme vocale de l'Americo-Chilien constituera l'une des grandes satisfactions de la soirée. Avec ces deux incunables assénés d'entrée, les mecs de Slayer éteignent rapidement inquiétudes et scepticismes. Car si les coulisses ont été troublées ces derniers mois, il n'en est pas de même sur scène où le professionnalisme des musiciens ne saurait en aucun cas être remis en cause. Les morceaux sont exécutés avec la redoutable précision qui fait la réputation du quatuor depuis ses débuts, celui-ci étant bien aidé par un son clair et sans bavure – on est loin des mélasses soniques déversées par certains concurrents moins talentueux (n'est-ce pas Dark Angel ?).
A scruter la mine concentrée de Kerry King, on comprend que le boss ne lâchera rien et que ses sbires ont intérêt à être au taquet. Ce qui est incontestablement le cas ce soir. La performance de Bostaph derrière son mur de toms est irréprochable – ça tabasse sévère même si l'on peut préférer le « swing » de Lombardo. Le plus exposé est évidemment Gary Holt, le leader d'Exodus, qui a la lourde tâche de remplacer feu Hanneman. Et bien c'est tout simple : comme ses compagnons du soir, le pigiste de luxe exécutera ses partitions à la note près. S'il fallait encore une preuve à fournir aux non-comprenants que jouer du metal nécessite en règle générale un niveau technique assez élevé, l'appropriation totale du répertoire d'Hanneman par Holt, soli déstructurés inclus, apporte une nouveau bloc de granit à l'édification des masses. On pourrait s'amuser à peu de frais du contraste entre le dernier nommé, un grand tout maigre plié sur sa six-cordes et King le trapu, vissé au sol toutes vertèbres alignées mais l'absence totale de jeu de scène – l'expression même est incongrue s'agissant de Slayer – n'incite pas aux comparaisons facétieuses. C'est finalement du chanteur/ bassiste qu'émanera un peu de chaleur humaine – principalement parce que le seul pied de micro disponible est le sien. Il faut avouer qu'il est plutôt agréable d'observer Tomás Enrique Araya Díaz, barbe poivre et sel, promener parcimonieusement sa silhouette généreuse de Père Noël latino afin d'aller tailler le bout de gras avec un technicien tout en continuant de faire cavaler ses doigts sur sa quatre-cordes.
Et puis soudain, à l'issue de "Captor of Sin", celui qui pourrait très bien être votre voisin pré-retraité en train d'expliquer comment protéger vos pommiers contre la tavelure – et qui a récemment confirmé qu'il en avait plein le dos, au propre comme au figuré - se mue en goule hystérique au moment d'annoncer "War Ensemble". On a beau s'y attendre depuis 25 ans qu'il fait le coup - ça fait toujours son petit effet. Quant à la tendance patrimoniale de la setlist, douze morceaux sur quinze sont issus de la fameuse Décennie d'Agression achevée en 1990, elle témoigne autant d'un repli assumé sur un passé glorieux que d'une louable lucidité, à l'instar de nombreux vétérans venus fouler les poussiéreuses prairies clissonnaises. L'avantage d'un tel choix réside dans la satisfaction quasi-assurée d'une grande partie de l'assistance venue se repaître du festin de choix ainsi concocté. Plus récents et coincés en milieu de set, "Disciple" (God Hates Us All – 2001) et "Hate Worldwide" (World Painted Blood – 2009) sont les seuls rescapés d'un passé moins lointain. Les Américains procèdent toutefois à une timide ouverture vers l'avenir en proposant le convaincant "Implode" qui devrait figurer sur le prochain album prévu en 2015. Faisant suite au saisissant "Raining Blood", l'hommage de rigueur envers Hanneman se traduit pas le déploiement  de la désormais fameuse banderole « Hanneman still reigning », pastiche du logo d'une célèbre marque de bière néerlandaise d'un goût quelque peu douteux - le blond guitariste ayant succombé officiellement à une cirrhose du foie... Les soixante minutes du concert s'achèvent sur une ultime démonstration de puissance et de maîtrise avec l'incontournable "Angel of Death" précédant les remerciements mi-amusés, mi-incrédules d'un Araya visiblement ému qui semble ne pas vouloir croire que son groupe de vieux briscards puisse encore attirer – et réjouir – autant de monde.


Ceux qui s'attendaient à assister au crash pathétique des papys du thrash devront attendre encore un peu – ce n'est en tout cas pas au Hellfest 9ème édition que Kerry King et ses compagnons auront rendu les armes. Si les carcasses des quinquagénaires californiens commencent à marquer le coup, ces derniers font parler l'expérience en bombardant leurs classiques sur une assemblée consentante qui en a pris plein la tronche. Certes, les membres de Slayer ont joué la sécurité mais à l'intensité des clameurs satisfaites, il est fort probable que peu de spectateurs s'en soient plaints. Précis, net et véloce, donnant à sa musique toute l'intensité requise sans s'encombrer de décorum, Slayer a tout simplement respecté et comblé son public.


(créditsphotos : www.OZIRITH.com - HELLFEST Productions) 


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