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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2022
Sa note : 17/20

LINE UP

-Chris Turner
(tout)

TRACKLIST

1) 40 Roll
2) Juice
3) Get Sendy
4) Reconstruct (feat. Josh Manuel)
5) Mak Mahomak
6) Impulse
7) Intial C

8) Triggered (feat Thomas Lang)
9) Butcha Boys (feat. Boofgods)
10) Drippy (Interlude)
11) VIP

DISCOGRAPHIE

Steezy (2022)

Chris Turner - Steezy
(2022) - instrumental drum band - Label : Independent



Avant de commencer cette chronique, il m’a paru nécessaire de vous préciser que ce gentil Chris n’a aucun lien de parenté (rien à voir, fils unique) avec une quelconque Afida, une illustre Tina, ou encore un sémillant William. Non, vraiment, celui-ci est beaucoup moins connu, et mérite tout autant que ses homonymes d’être révélé aux yeux du grand public. On ne pouvait donc passer à côté de cette nouvelle hype.

Chris Turner vient donc s’ajouter à la longue liste des musiciens dissidents voulant faire parler d’eux à titre personnel. Mais dans le milieu metal, on a d’avantage tendance à rencontrer des guitaristes ou des chanteurs voulant voler de leurs propres ailes. Ici, c’est un batteur qui s'impose à nous derrière ses fûts. L’Anglais, né à Birmingham en 1993, n’est clairement pas un néophyte dans le paysage métallique, puisqu’il appartient déjà à la formation de metalcore progressif Oceans Ate Alaska, ayant sorti deux brûlots en 2015 et 2017. C’est d’ailleurs le seul membre, ainsi que le guitariste rythmique James Kennedy, qui est resté du début à la fin. Et après tant d’années passées à jouer selon un certain style, il faut croire que ce dernier a décidé de se faire un petit kif (steezy en anglais). En 2020, malgré la place prépondérante de Chris en termes de pré-production, d’écritures et d’arrangements dans OAA, il décide de mettre de côté la frustration – toute relative – de devoir jouer exclusivement pour un collectif et d’être potentiellement bridé. Place désormais à la liberté d’écriture avec ce Steezy.
Ayant été biberonné à la musique dès son plus jeune âge, il commence la batterie après quatre années de vie et a la chance de pouvoir pratiquer son art de manière régulière avec sa famille, tous musiciens de près ou de loin. Sa participation répétée à des jam-sessions lui facilitera grandement sa progression et compréhension de la musique. Il a notamment grandi en écoutant des groupes groovy tels que Dave Matthews Band, Sting ou encore The Police, avant de pénétrer dans l’univers un peu plus lourd du metal via Linkin Park, et de de commencer ses gammes dans le progressif par le biais des piliers du genre Between The Buried And Me. Néanmoins, le Britannique a à cœur de garder un pied dans un univers musical plus large que celui du metal. Il suffit de regarder dans quelles branches se situent ses influences, avec notamment l’Américain Chris Coleman dans le gospel, ou le Suisse Jojo Mayer et l’Autrichien Thomas Lang – qui est d’ailleurs présent en featuring sur "Triggered" – dans le domaine du jazz. Il avoue lui-même écouter très peu de metal chez lui et diriger ses écoutes vers du jazz ou de la musique un peu plus chill.
C’est pourtant dans un univers totalement core et progressif que nous emmène le Brummie à travers ces trente-sept minutes. Dépoussiérons d’emblée le superflu et mettons sous le tapis l’interlude "Drippy". Aucun des dix titres restants n’atteint les quatre minutes, hormis "Reconstruct", et on retrouve la même structure, qui fait mouche presque à chaque fois ("VIP" mise de côté). Entendez par là une introduction samplée, teintée tantôt de trap, tantôt d’électro, voire même de rap sur "Butcha Boys". Puis, du groove infernal pendant deux bonnes minutes avant de retomber sur un break samplé, et une reprise vigoureuse au possible. Si la plupart des chansons peuvent être regroupées sous la bannière du metalcore progressif, quelques-unes s’en écartent tel que "Impulse" très typée metalcore mélodique, "Initial C" et "Mak Mahomak" extrêmement djenty, ou encore les plus progressives "Reconstruct" et"Triggered" qui font la part belle aux batteurs invités, Josh Manuel et Thomas Lang. Dans cette dernière, les plus aguerris d’entre vous auront fait – à juste titre – le parallèle et le rapprochement avec la sonorité d’Anup Sastry (1’06).
Mais on ne pourrait conclure cette chronique sans s’arrêter sur la technicité du musicien. Enfin, la technicité, que dis-je . . . la maestria hors-norme du bonhomme. Commençons par son jeu au pied qui est tout simplement bluffant. Utilisant la technique de l’ankle motion, sa cheville restant en l’air, il peut donc compter sur une flexibilité optimale, contrairement à la technique du flatfoot (pied à plat) plus répandue. L’une des caractéristiques les plus frappantes reste sa dextérité, malgré le fait qu’il puisse paraître maladroit en termes visuels, ce qui renforce d’autant plus le contraste. Une ribambelle technique nous est dévoilée, faite d’anacrouses, de roulements à une ou deux mains, d’overlapping, c’est-à-dire de superpositions de rythmes différents (main gauche et main droite), mais aussi d’omniprésence de fills (remplissages pendant les blancs) qui ne donnent pas une impression de surcharge, bien au contraire. Sponsorisé par DW Drums, son kit de batterie n’est pas extravagant, mais suffisamment complet pour exécuter son art comme il se doit, sans tomber dans les batteries mirobolantes auxquelles ont pu nous habituer certains batteurs (qui a parlé de Jordison et Portnoy ?). Il est à noter qu’il possède un certain appétit pour les cymbales chinoises (trois en l'occurrence). Pour finir, il serait injuste de ne pas mentionner ses deux collègues qui l’assistent lors de ses vidéos, en la personne de James Kennedy (OAA) à la guitare, et Dan McNally à la basse. Merci à eux pour ces riffs à la Frontierer et Car Bomb lors des trois missiles que sont "Mak Mahomak", "Impulse" et "Initial C".


Pour une première sortie, qui plus est, indépendante, Chris Turner envoie déjà du lourd. Aucune piste ne traîne trop en longueur et on aurait même tendance à être frustré par une certaine fugacité sur quelques passages qui mériteraient d’être étirés. On pourra également attendre de lui qu’il délaisse le côté « core » pour le côté « prog » à l’avenir, mais il sera impossible de ne pas être fasciné par cet animal qui se sera, sans aucun doute, fait un gros kif.



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