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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 12 septembre 2026
Sa note : 16/20

LINE UP

-Lua Viana
(tout)

Ont participé à l’enregistrement :

-Gabi d'Oyá
(chant sur "Oyá Dewo")

-Pai Viny
(chant sur "Ìranti Odé")

TRACKLIST

1) Avamunha
2) Pe Rembi'urama
3) Ayaba Oxum
4) Oyá Dewo

5) Ìranti Odé
6) Futuro Ancestral
7) Xe Anama (Coração no Ritmo da Terra)
8) A Terra e o Céu

DISCOGRAPHIE


Antropoceno - No Ritmo da Terra
(2026) - pop black metal shoegaze, bossa nova, samba - Label : Flowing Downward Longinus Recordings



« Tout a été dit, on n’invente plus rien, il n’y a plus de création, juste du recyclage ». Tout amateur de musique a été confronté à ces sentences désabusées, et les a parfois prononcées. Preuve que le metal est vraiment un genre à part, en plein milieu des années 2020 des artistes s’en revendiquant parviennent à surprendre. Lua Viana appartient cette catégorie.

Afin de contrer la dépression qui la minait durant le confinement, la résidente de São Paulo multiplie les projets musicaux. Parmi eux, Sonhos tomam conta (« Les rêves s’occupent de tout ») capte avec Corpos de Água (2024) l’oreille curieuse du responsable du label Longinus Recordings. Un premier long format, Natureza Morta (superbe pochette de Poty Galaco) est publié sous le nom de groupe Antropoceno, en mai 2025. Le suivant, No Ritmo da TerraAu rythme de la Terre ») paraît moins d’un an plus tard. L’inspiration foisonnante, qui ne relève pas a priori de l’intelligence artificielle, est couplée avec une aisance manifeste dans l’art du sampling. Sauf qu’au lieu de plaquer des schémas de batterie convenus, Lua Viana convoque des percussions utilisées dans les musiques afro- brésiliennes. Mêlées à des bruits d’animaux de la jungle amazonienne, elles tressent un joyeux tintinnabulement qui parcourt l’ensemble du recueil, de "Avamunha" à "A Terra e o Céu" qui l’encadrent en courtes parenthèses. Couplées à une sorte de blast étouffé, elles irisent d’une douce intensité chaque composition, à commencer par "Pe Rembi'urama", dont le thème principal est confié au marimba.
Les chants clair (en net progrès) et âpre, légèrement en retrait, se succèdent en bonne intelligence. La guitare n’apparaît qu’en touches fugaces, avant qu’une présence plus affirmée offre une consistance déterminante, distinguant Antropoceno de Kaatayra, influence assumée de Lua Viana. La saturation éthérée ouvertement empruntée à Alcest densifie "Ìranti Odé", qui boucle sur une mélopée dédiée à la forêt, selon le concept de la réalisation en hommage aux Orixás, les divinités du candomblé, religion afro-brésilienne fondée sur la croyance en l'existence d'une âme propre à la nature. Le procédé est répété sur "Futuro Ancestral", doté d’un quasi solo, une rareté sur l’enregistrement. La technique instrumentale importe peu ici, seule compte la combinaison entre les influences occidentales – shoegaze, dream pop, black metal - et la sensibilité de la samba, de la bossa nova et de la musique populaire brésilienne, en filiation assumée du mouvement anthropophage animé par les auteurs modernistes brésiliens des années 1920 et 1930.
La démarche est menée jusqu’à son paroxysme à l’occasion des onze minutes de "Xe Anama (Coração no Ritmo da Terra)", psalmodie sylvestre qui berce et menace. Le chant hurlé dit sans doute beaucoup des souffrances intérieures de l’autrice, dans une veine depressive black metal qui vitrifie la première partie d’"Oyá Dewo", illuminé à mi-parcours par un jeu entre chœurs et chant chamanique, telle une version amazonienne du Mike Oldfield époque Ommadawn/ Incantations. Et même si le passage central de "Ayaba Oxum" peut sembler insistant, il est justifié par la ferveur insufflée, qui en fait une ode à la nature magnifiée par une mélodie puissante, dans l’écrin féérique de percussions cristallines qui rend l’ultime déchirement vocal d’autant plus saisissant.


Quand ce qui oppose unit ; quand le contraste se fait complément. À ceux qui ont décrété que la réflexion était l’ennemie de la création et que l’art ne pouvait être que viscéral, Lua Viana apporte un cinglant démenti en sortant No Ritmo da Terra. Fruit d’une quête spirituelle et du désir de perpétuer la tradition féconde du syncrétisme culturel brésilien, le second album d’Antropoceno est une déclaration d’amour envoûtante, un voyage ardent, fluide et harmonieux au sein d’une nature idéalisée. Le terme de « sambagaze » inventé par la musicienne pour qualifier son œuvre est à la fois judicieux et réducteur, tant les possibilités qu’il recèle semblent plus vastes que ce qu’il suggère. On compte sur la frénésie de publication de la Pauliste pour en obtenir rapidement confirmation.





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