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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 22 septembre 2018
Sa note : 14/20

LINE UP

-Dennis "Snake" Belanger
(chant)

-Daniel "Chewy" Mongrain
(guitare)

-Dominic "Rocky" Laroche
(basse)

-Michel "Away" Langevin
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement:

-Andrée-Anne Tremblay
(violon)

-Edith Fitzgerald
(violon)

-Sarah Martineau
(alto)

-Christelle Chartray
(violoncelle)

-Martin Marcotte
(percussions)

-Jacques Landry
(percussions)

TRACKLIST

1) Obsolete Beings
2) The End of Dormancy
3) Orb Confusion
4) Iconspiracy
5) Spherical Perspective
6) Event Horizon
7) Always Moving
8) Sonic Mycelium

DISCOGRAPHIE

War and Pain (1984)
Rrroooaaarrr (1986)
Killing Technology (1987)
Dimension Hatröss (1988)
Nothingface (1989)
Angel Rat (1991)
The Outer Limits (1993)
Negatron (1995)
Voivod (2003)
Infini (2009)
Target Earth (2013)
The Wake (2018)

Voivod - The Wake
(2018) - thrash metal - Label : Century Media



Après bien des fluctuations - de styles, de personnel - le vaisseau amiral Voivod semble avoir trouvé son rythme de croisière depuis le rétablissement de ses fonctions créatives au début de la décennie, faisant tanguer sa carcasse infectée au gré des rafales thrash et prog de ses périples les plus fameux. Brise-glace fendant jadis les étendues inexplorées de continents anxiogènes, la metal machine en perpétuelle métamorphose entame son quatorzième voyage au long cours: les membres d'équipage se contenteront-ils de jouer les garde-côtes rassurants après plus de trente-cinq ans de bourlingages radioactifs ?

La question s'immisce dans un contexte trouble suite à la défection de Blacky, le bassiste historique, quelques mois après la parution de Target Earth, premier LP ne contenant aucune composition de Piggy, le guitariste et fondateur de la formation québécoise décédé en 2005. Le précédent départ du quatre-cordiste au tournant des années quatre-vingt-dix ayant coïncidé avec la reconversion du chevalier-vampire-androïde en chantre floydien métallisé, des craintes légitimes pouvaient naître chez les aficionados exclusifs des déflagrations abrasives des débuts quant à un hypothétique ramollissement. Néanmoins, Target Earth s'approchant davantage du cérébral Dimension Hatröss (1988) que du percutant War and Pain (1984), l'hypothèse d'une ré-orientation vers un thrash primitif devenait peu probable – mais sait-on jamais avec Voivod ? L'EP Post Society, sorti en 2016 avait donné des indications sur la nouvelle feuille de route : ce sera dense et complexe. Et de fait, The Wake s'inscrit totalement dans cette lignée. Hommage direct à la compacité oppressante de Dimension Hatröss, le millésime 2018 est également parsemé de passages faussement apaisés, typiques de ce que la section de Jonquière proposait sur Nothingface et The Outer Limits. Les fans éplorés du honteusement sous-estimé (y compris en ces pages...) Angel Rat ne retrouveront pas les lignes de chant ultra mélodiques et accrocheuses de cet album maudit, cependant la palette vocale de Snake demeure suffisamment diversifiée pour accompagner, voire impulser les changements d'ambiance qui ont fait la réputation du collectif. Ainsi, sur "Always Moving", si prometteur avec son intro à la scansion décalée, les modulations à la... Prince (!) du titulaire du micro font merveille sur une variation qui rappelle l'excellent "The Lost Machine" figurant sur The Outer Limits et rattrape un développement moins enthousiasmant.
Car si la complexité du thrash de The Wake se révèle tout à fait conforme au fragment le plus célébré de l'ADN voivodien, l'inspiration faiblit par moment, à l'image de ces codas évaporées certes conformes au climat inquiétant de la réalisation mais qui tendent à étirer inutilement des morceaux relevant souvent de la juxtaposition, phénomène récurrent chez les Canadiens."Iconspiracy" constitue un résumé probant de ce contraste permanent entre parties attendues et entendues – une première moitié saccadée tout droit sortie de Dimension Hatröss – et petites acmés émouvantes, telle la courte irruption d'un orchestre de chambre impulsant une séquence mélancolique plutôt réussie. Cette dernière trouvera un écho amplifié sur "Sonic Mycellium", final consistant autant que synthèse générale s'abîmant dans les frottements d'un gracieux quatuor à cordes échappé d'un film décadent. Certes, aucune piste faible ne dévalorise le recueil: toutefois aucune non plus ne se détache pour hisser celui-ci au niveau de ses plus illustres prédécesseurs, ce qui aurait pu être le cas si guitare et basse avaient été davantage mises en avant, bien que la production se soit notablement améliorée depuis Target Earth qui sonnait à la limite de la démo - ainsi les inflexions pâteuses façon mec bourré de Snake ont disparu, ses intonations claires étant finalement les plus convaincantes. On aurait simplement apprécié que celles-ci laissent davantage d'espace à une six-cordes pourtant diversifiée, entre riffs à haut débit et accords rêveurs, mais en manque de tranchant - et d'épaisseur.


Sur The Wake, les musiciens de la Belle Province renouent avec les circonvolutions intenses des enregistrements de la fin des années quatre-vingts en y incorporant les digressions progressivo-atmosphériques de leurs successeurs immédiats. L'exercice est parfaitement maîtrisé, mais un son en manque de consistance ne permet pas de bonifier totalement les bonnes idées des vétérans Away et Snake ainsi que d'un Chewy d'une précision redoutable à la guimbarde nucléaire. Pourtant, et malgré quelques baisses de régime correspondant à l'enclenchement du pilotage automatique, il est réjouissant de constater qu'après toutes ces décades, ces pionniers-là du thrash nord-américain soient toujours en mesure de proposer une œuvre cohérente, autant dans la forme que dans l'esprit d'un Voivod définitivement unique.

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