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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 décembre 2021
Sa note : 12/20

LINE UP

-Steve "Zetro" Souza
(chant)

-Gary Wayne Holt
(guitare)

-Leonid "Lee" Altus
(guitare)

-Jack Gibson
(basse)

-Thomas "Tom" Hunting
(batterie)

Ont participé à l’enregistrement :

-Cody Souza
(chœurs)

-Nicholas Anthony "Nick" Souza
(chœurs)

-Richard Edward "Rick" Hunolt
(chœurs+guitare sur "Lunatic-Liar-Lord") )

-Kragen Cole Lum
(guitare sur "Lunatic-Liar-Lord")

TRACKLIST

1) Persona Non Grata
2) R. E. M. F.
3) Slipping into Madness
4) Elitist
5) Prescribing Horror
6) The Beatings Will Continue (Until Morale Improves)
7) The Years of Death and Dying
8) Clickbait
9) Cosa del Pantano
10) Lunatic-Liar-Lord
11) The Fires of Division
12) Antiseed

DISCOGRAPHIE


Exodus - Persona Non Grata
(2021) - thrash metal - Label : Nuclear Blast



Exodus ou la répétition élevée au rang de discipline olympique. À l'instar de Blood In, Blood Out, LP n°10 du gang californien, son successeur Persona Non Grata a pâti d'une durée de parution allongée en raison de l' engagement de son leader, Gary Holt, avec Slayer – on ne dit pas non à ces types (et à leur carnet de chèques). Le personnel est identique, le chanteur s'est impatienté, on retrouve l'incontournable Andy Sneap derrière la console de mixage et les titres sont bâtis selon le même modèle thrash metal en mode cassage de tronches qui était de mise la fois précédente. Pour trouver du changement, il va falloir être imaginatif.

La pochette, peut-être ? Raté. L'artwork est à nouveau l'œuvre de Pär Olofsson qui s'était occupé de celui de Blood In, Blood Out, ainsi que ceux des derniers Aborted, Unleashed, Cannabis Corpse et, bien sûr, de Prajecyrujučy sinhuliarnaje wypramieńwańnie Daktryny Absaliutnaha j Usiopahłynaĺnaha Zła skroź šaścihrannuju pryzmu Sîn-Ahhī-Erība na hipierpawierchniu zadyjakaĺnaha kaŭčęha zasnawaĺnikaŭ kosmatęchničnaha ordęna palieakantakta, najstaražytnyja ipastasi dawosiewych cywilizacyj prywodziać u ruch ręzanansny transfarmatar časowapadobnaj biaskoncaści budučyni u ćwiardyniach absierwatoryi Nwn-Hu-Kek-Amo (orthographe à vérifier), l'album inaugural de Eximperituserqethhzebibšiptugakkathšulweliarzaxułum aka Eximperitus. Comment ? « Du remplissage » ? Oui. Car, bon sang, que dire de plus et surtout de différent par rapport à ce qui a été écrit à propos de la réalisation antérieure dont le nouveau recueil est une copie à peine retouchée ? On retrouve des riffs majoritairement tranchants soutenus par une batterie qui bastonne, comme sur la chanson-titre en ouverture. Les guitares donnent l'impression de découper de la tôle de cinquante centimètres d'épaisseur, ça montre les muscles, puis le chant de Zetro déboule et les premiers doutes s'installent – les glapissements de sorcière hystérique, ça risque de crisper à la longue, non ? Honnêtement, pour qui est habitué aux vocalises ultra nasales du remplaçant de Paul Baloff dans les années quatre-vingts et de Rob Dukes dans les années 2010, cette nouvelle salve en tout point conforme à ses performances récentes n'a rien de choquante. Pour les béotiens, en revanche, ces modulations à l'ancienne, typique d'une certaine époque où Udo et Brian Johnson étaient à leur zénith (Mark Tornillo aussi, mais peu de gens le savaient) risquent de faire office de repoussoir. Le refrain de "Persona Non Grata" gonflé de chœurs bourrins est suivi d'une séquence saccadée dont l'intérêt pose question, scandée par une basse qui fait dzoïng mille fois entendue et précédant un ralentissement qui achève de casser le dynamique initiale, partiellement réactivée en fin de parcours par le retour du motif liminaire. Délestée de sa oiseuse partie médiane, le titre aurait été bon. Ce constat, et ce schéma, valent pour la grande majorité des pistes.
Bien sûr, celles-ci sont exécutées avec professionnalisme, les mandales pleuvent sans discontinuer (à l'exception d'un intermède acoustique aux accents country), la puissance dégagée fait l'impression d'une division de tanks lancée pleine balle et dont la fonction « freins » aurait été désactivée. Mais ce résultat s'opère au détriment de la variété et de l'originalité, de sorte qu'un sentiment d'uniformité a tôt fait de s'immiscer. Néanmoins, quelques timides tentatives de diversion émaillent l'enregistrement, tels le solo final en twin évoquant fugacement les dernières productions d'Audrey Horne sur "Slipping into Madness", le refrain de "Elitist" un peu plus mélodieux que d'habitude en écho de la reprise de "Super Freak" par Mordred (on avait prévenu qu'il allait falloir de l'imagination) ou la bataille de solos sur "Lunatic-Liar-Lord" à laquelle sont conviés Kragen Lum de Heathen, habituel soutien du groupe sur scène, et la seconde moitié de la « H-Team » Rick Hunolt, qui retrouve pour quelques mesures son ancien partenaire Gary Holt. Et puis, parfois, le tempo fléchit, laissant filtrer une atmosphère chargée, voire glauque dans le cas de "Prescribing Horror", dont l'absence de variation et de refrain mémorable limite hélas l'efficacité.
De manière plus générale, le déficit d'accroche de la plupart des chorus constitue le principal obstacle à la stimulation de dopamine – ça et les interminables tunnels rythmiques en entrée et sortie de solo. Heureusement, quelques exceptions émergent, ainsi la montée en puissance, certes réglementaire mais qui fait toujours son petit effet, sur le refrain de  "R.E.M.F." (« M.F. » ne signifiant pas ici « Météo-France »), l'accès de mélancolie perceptible à l'écoute de "The Years of Death and Dying" ou encore une allusion à "Creeping Death" de Metallica sur le refrain de "Clickbait". Celui de "The Fires of Division" suscite moins d'enthousiasme, si ce n'est celui d'entendre Souza, pro-Trump assumé, hurler des paroles fustigeant les apôtres de l'intolérance que le taquin Gary Holt, de tendance plutôt libérale, lui a collé sous le museau - « Diviser ce qui était autrefois uni/ Par une idéologie de la haine/ Incité jusqu'à ce que les deux entrent en collision/ Avec impatience, nous avons mordu à l'hameçon ». Dommage, décidément, que "The Beatings Will Continue (Until Morale Improves)", court single pour une fois dépourvu de fioritures, ne bénéficie pas d'un thème susceptible d'être valorisé par son énergie punk et que le riff vibrionnant du final "Antiseed" se perde dans des développements à rallonge... Comme sur le premier morceau.


Pas de surprises, ou si peu, avec la dernière livraison en date d'Exodus. Les amateurs de directs au pancréas et de bastons à coups de décibels passés au hachoir thrash old-school seront comblés - guitares acérées, tempos frénétiques et matraquages de kit de batterie sont au rendez-vous. Les structures inutiles aussi, malheureusement. Privé de passages véritablement marquants, Persona Non Grata ne permet pas à Exodus de dépasser son statut de formation historique, respectable et respectée mais qui ne semble plus en capacité de se renouveler, ne serait-ce qu'à la marge. Tradition vs innovation, soyons clairs : il n'y a jamais eu match.



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