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CHRONIQUE PAR ...

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Bigtonio
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16/20

LINE UP

-James LaBrie
(chant)

-John Petrucci
(guitare)

-Mike Portnoy
(batterie)

-John Myung
(basse)

-Kevin Moore
(claviers)

TRACKLIST

1)6:00
2)Caught In A Web
3)Innocence Faded
4)Erotomania
5)Voices
6)The Silent Man
7)The Mirror
8)Lie
9)Lifting Shadows Off A Dream
10)Scarred
11)Space-Dye Vest

DISCOGRAPHIE


Dream Theater - Awake
(1994) - metal prog - Label : Atlantic Records



Dream Theater se positionne depuis 1989 comme le leader incontesté du métal progressif et les fans de la formation se comptent désormais par dizaines voire centaines de milliers. Si le phénomène avait débuté à exploser en 1992 avec le superbe album Images And Words, la pression était un peu retombée pendant deux ans avec la sortie de trois singles (dont deux seront présents sur Awake) et un live peu convaincants (Another Day, Lie, The Silent Man, Live At The Marquee). Awake sort donc en 1994 et va complètement renverser la tendance en s’imposant comme un des albums les plus aboutis et extrêmes de Dream Theater.

L’atmosphère présente dans Awake est en effet définitivement plus « black » que dans toutes les autres pièces de Dream Theater (bien que le récent Train Of Thought se rapproche du genre). Le terme black réfère ici, a des rythmiques souvent lourdes ("6 :00", "Lie", "The Mirror") et à des mélodies parfois dissonantes et mettant mal à l’aise ("Lie", "Erotomania"). La toute grande maîtrise des instrumentalistes y joue d’ailleurs un rôle essentiel dans la mesure où elle permet l’immersion totale dans cet univers mélodique assez sombre toutefois ponctué de notes d’espoir ("The Silent Man", "Lifting Shadows Off A Dream"). Atmosphère sombre enfin de par les textes assez travaillés comme généralement sur les albums de Dream Theater.

Les titres "Lie" et "The Silent Man" illustrent bien cette tendance. Dans la première chanson il est question du rapport au mensonge et de la confiance trahie qui mène à la démence, tandis que la seconde met en scène les blocages psychologiques qui mènent au mutisme, à l’incompréhension. Enfin, dernier élément qui renforce l’amtosphère parfois malsaine de cet album, la production ! La production de Awake, bien que techniquement parfaitement maîtrisée, est incroyablement froide, terriblement analogique, dépourvue de toute chaleur réconfortante. Le piano de Kevin Moore sonne aigu et métallique dans "Voices", de même que la voix de LaBrie. La batterie de Portnoy, égale à elle-même avec son timbre mat et précis à la fois, martèle imperturbablement les pistes, symbolisant l’inéluctabilité du déroulement du temps qui inscrit à jamais l’homme sans sa dimension mortelle et éphèmere.

Ainsi Awake présente un fond sombre et extrême. Quand à la forme de cet album, elle est en parfaite adéquation avec le message délivré. Tout d’abord parce qu’il est inconcevable pour Dream Theater de proposer à ses auditeurs un album qui ne soit pas peaufiné et parfait dans sa réalisation technique (encore une fois Train Of Thought fait-il exception avec sa période de composition assez courte ?), et ensuite parce que Dream Theater est ce que l’on appelle une « super formation », c’est à a dire un groupe dont tous les instrumentistes sont de purs virtuoses (je ne rentrerai pas dans la polémique concernant le chant de LaBrie… disons simplement qu’il fait son boulot et que sa performance dans Awake est une de ses meilleures au sein de Dream Theater). Or, il est certain que cette virtuosité, lorsqu’elle est couplée à la fantastique puissance créatrice et compositionnelle de groupe, permet de donner un album véritablement hors normes. La meilleure illustration de cet état de fait est à mon avis personnalisée d’une part dans le seul titre purement instrumental de Awake, "Erotomania", et d’autre part dans une pure merveille progressive, le binôme "The Mirror" et "Lie".

En ce qui concerne "Erotomania", la progression harmonique et mélodique est incroyable. On passe d’une intro assez contemporaine et atonale à un enchevêtrement rythmique complexifiée assuré par les riffs de Petrucci, les claviers déments de Moore, la batterie de Portnoy, et la basse fantastique mais discrète du sympathique Myung. Enfin la chanson explose avec un solo d’anthologie néo-classique de Petrucci, une des plus belles pièces assurément de sa collection personnelle, sur un fond instrumental hors du commun. Les mots ne suffisent pas pour décrire cette piste d’inspiration divine.

"The Mirror" et "Lie", quant à elles, sont l’incarnation de la progressivité présente dans le metal de Dream Theater. C’est au total plus de treize minutes de musique continue, pour plus de cinq ou six thèmes principaux, autant de changement de rythmes réalisés en parfaite fusion (du type réduction par deux de tempo, on a du coup pas l’impression de "cassure"), et une émotion omniprésente dans l’ambiance très noire de ces deux titres. On insistera encore sur l’hallucinante maîtrise rythmique des musiciens, qui saurait souffrir d’aucune comparaison, si ce n’est avec celle du groupe Tool et son album Lateralus, autre pure merveille du métal progressif (mais plus extrême et rythmique encore).

Enfin, l’album se clôture sur trois titres plus légers et atmosphériques que les précédents ("Lifting Shadows Off A Dream", "Scarred", "Space Dye Vest"). Ils apportent une petite bouffée d’espoir certes teinté de mélancolie et de nostalgie, mais bien réelle au final. "Space Dye Vest", le dernier titre est une superbe ballade basée sur le piano et la voix. Le refrain est lui aussi caractérisé par une inspiration hors normes. Ce titre me permettra enfin de revenir sur une des polémiques liées au groupe : Kevin Moore. Le claviériste assure en effet une performance superbe sur cette galette, renforçant la très bonne impression qu’il avait déjà fait sur Images And Words. Pour moi il restera supérieur à l’actuel Jordan Rudess, dont je j’aime ni le son, ni les soli « showing-off » qu’il produit souvent, (exception faite toutefois de sa performance incroyable sur Metropolis Part 2).


Au final donc Awake s’inscrit naturellement dans le « top 3 » des albums de Dream Theater et constitue un des meilleurs compromis entre technique et qualité de composition. Il est toutefois assez sombre, froid (production aseptisée !) et un peu déprimant… Une déprimante beauté devrait-on dire ! Et puis de toute façon, c’est un incontournable donc si vous ne l’avez pas encore vous n’avez pas le choix.


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