RockHard festival 2019


RockHard festival

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Jour 1 : 08 juin 2019

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Jour 1 :08 juin 2019



Pourquoi aller au RockHard festival ? Parce que Tygers of Pan Tang, Possessed et Heir Apparent, groupes admirés qu'on ne pensait jamais voir un jour sur scène, sont annoncés. Et aussi, The Vintage Caravan – coup de cœur du Graspop 2018 et dont le dernier album tourne en boucle dans l'automobile depuis des mois. Sans compter les effrayants Vulture qui avaient fait forte impression à l'Iron Force festival au mois d'avril, Anthrax ou encore Skid Row, vieilles gloires qu'on a envie de (re)voir. Le festival est à l'image du magazine qui lui donne son nom, axé heavy thrash old school – dans ce contexte, le choix d'inviter Cannibal Corpse, pourtant pas né de la dernière pluie (de sang), fait figure de grosse prise de risque. Problème : le fest dure trois jours, et il faut en choisir un. Ce sera le samedi. Exit donc Possessed, Vulture, Anthrax et surtout Tygers of Pan Tang, qu'on avait réussi à choper entre temps au Nordic Noise Festival à Copenhague. À leur place, Symphony X, Carnivore A.D. et Gamma Ray. Hum hum. On en reparle.

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Deux mots sur le site : un parc d'un fort beau gabarit facilement accessible dès la sortie d'autoroute, situé près de Gelsenkirchen, cité industrielle de la Ruhr coincée entre Cologne et Dortmund essentiellement connue pour abriter le stade du club de football Schalke 04, seul truc du coin que les guides touristiques en ligne invitent à visiter. La spécificité du lieu provient de la scène, située en bordure d'un des canaux du Rhin et en contrebas d'un amphithéâtre en béton. Sur les hauteurs, les stands de merchandising et de nourriture se bousculent dans une onéreuse mais sympathique kermesse. En revanche, l'idée qu'on peut se faire du sérieux de l'organisation à « l'allemande » prend un coup derrière les oreilles quand on s'aperçoit, incrédule, qu'on a pu accéder à la scène sans s'être fait demander le billet d'entrée ! Déjà qu'il a fallu se débrouiller pour se garer en l'absence de panneaux indicateurs... Sauf qu'il n'est pas question de repartir sans le bracelet du festival, dont la pose s'effectue sous une tente placée à l'écart qu'on finira par trouver dissimulée derrière un mur de flyers. Étrange. Plus problématique encore, l'absence de points d'eau. Quand on s'en rend compte en sortant des « toilettes » - ou plutôt des récipients en plastique sans évacuation – ça met légèrement mal à l'aise. On finira par dénicher des sanitaires à proximité de l’aire de jeux qui jouxte le site,  malheureusement fermés en soirée. Dans ces conditions, la fraîcheur en ce début de mois de juin est bien accueillie. De même que l'ambiance « village » induite par la jauge relativement modeste (six-mille-cinq-cents personnes max.) ainsi qu'une propreté générale en grande partie due à la distribution de gobelets réutilisables - mais non personnalisés, dommage – prenez-en de la graine, Graspop et Alcatraz. Première formation à entrer en piste ce samedi: TYLER LEADS (12h30), soit du hard rock typé eighties exécuté par des Bavarois en vestes de cuir sans manche. Le vent engendrant quelques micro-coupures, on descend les marches de l'amphi pour mieux entendre l'énergique quintet qui fait le job grâce à d'honnêtes chansons bonifiées par une belle énergie. Sur le final épique le chanteur fouette une cymbale avec son ceinturon : pourquoi pas après tout ?

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Pour être honnête, la descente dans la fosse généreusement peuplée de quinquas voire sexagénaires en vestes à patches était aussi motivée par la volonté de profiter dans les meilleures conditions possible du set de THE VINTAGE CARAVAN (13h30). Et on n'a pas été déçu. Doté d'un son plus que correct, le power trio stoner a donné une prestation dynamique, emmenée par l'intenable et ultra-démonstratif Óskar qui décoche d'intenses solos bluesy avec force grimaces et rictus, en contraste avec ses placides partenaires. Son chant maintenu dans les médiums est conforme à la sage maîtrise des enregistrements et notamment du dernier en date, l'excellent Gateways, dont sont extraits les savoureux "Reflections", "Set Your Sights" et surtout le tube "Reset", qui achève d’emballer les auditrices et auditeurs qui découvrent la joyeuse section islandaise.

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Enrichie du fédérateur "Babylon" et de l'épique "Midnight Meditation" en clôture, l'intense - et trop courte - performance des compatriotes de Sólstafir a répondu aux attentes. Celles concernant CARNIVORE A.D. (14h30) étant proches de zéro, on préfère rejoindre en haut des gradins les trois souriants membres de The Vintage Caravan afin d'obtenir une dédicace, ce qui permet tout de même de percevoir les titres balancés par les pionniers survivants du thrashcore, désormais emmenés par Baron Misuraca, sosie physique et vocal assez bluffant de feu Peter Steele qui passe autant de temps à délivrer des discours pseudo-insurrectionnels qu'à jouer. Un trip revival – au sens strict - dans l'esprit de Death D.T.A., la technique et, osons le dire, les chansons en moins. Pas très folichon.

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La présence de HEIR APPARENT (15h40) suscite a contrario une curiosité fébrile. Tout du moins chez les personnes ayant entendu parler du collectif nord-américain, ce qui ne va pas de soi puisque celui-ci a récemment ressuscité après trois décennies de mutisme et un passage éclair dans le monde du power metal, comme on dit aux States. Le voir évoluer sur les planches constitue par conséquent une sorte de petit miracle, ce que souligne, très excité, l'un des membres de l'organisation venu présenter le groupe en brandissant la pochette du révéré Graceful Inheritance. Alors bien sûr, les silhouettes se sont épaissies et les trois membres rescapés des débuts si prometteurs se montrent plutôt statiques - surtout le batteur – mais ceux-ci déclenchent une grosse vague de plaisir en proposant les vivifiants "Another Candle", "Dragon's Lair" et "The Servant" ainsi que la power ballade "Keeper of the Reign" - ah, la délicieuse accélération ! - ou encore l'hymne "Tear Down the Walls" réclamé par une partie du public qui en reprend le refrain avec ferveur. Les extraits de The View from Below, l'album des retrouvailles sont bien moins épiques mais bénéficient de la dynamique live, d'autant que le rendu sonore se révèle puissant sans être brouillon, à l'image du solide vocaliste Will Shaw, très à l'aise dans les aigus.

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Le guitariste et principal compositeur Terry Gorle assure la plupart des parties ardues des occurrences eighties et même si son look passe-partout ne respire pas le rock n roll, sa technique et son implication, à l'instar de celles de son vieux partenaire Derek Peace à la basse, contribuent à faire passer un excellent moment. Ce sera moins le cas avec SYMPHONY X (16h55), qui enquille les chansons pompières au service de Michael Romeo, l’immobile shreddeur à chemise blanche dont le plus grand kiff se résume visiblement à dévaler le manche de sa guitare une fois le refrain achevé. Le chanteur Russell Allen tente de chauffer la foule mais on ne peut pas dire que l’enthousiasme soit délirant.

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Les dieux de la météo décident de se mettre au diapason en envoyant une bonne averse doucher le public, à l'exception des spectateurs des premiers rangs, trop contents d'avoir trouvé abri sous le chapiteau et qui ne lâcheront pas les barrières avant l'arrivée de SKID ROW (18h15), laissant des milliers d'innocents se faire saucer comme des plants de maïs en plaine d'Alsace. La vie est injuste. Heureusement, ces Américains du New Jersey-là font fissa revenir le soleil à la faveur d'un concert revigorant, ce qui n'était pas gagné après une interminable – et vaine - séquence d'accordage d'une guitare acoustique finalement virée de l'estrade et une amorce inquiétante sur ce qui devait être "Slave to the Grind" – pas facile de reconnaître un titre quand le chant est inaudible et le son proche d'une meuleuse sous Guronsan. Il faut croire que l'ingé-son a tourné les bons boutons puisque ZP Theart retrouve rapidement sa voix et quelle voix ! Même celles et ceux qui maudissent le Sud-Africain d'avoir engendré DragonForce ne peuvent que se réjouir d'entendre le souriant frontman s'emparer avec autant d'aisance du répertoire de son illustre prédécesseur Sebastian Bach, qui serait sans doute bien heureux de pouvoir claquer le refrain de "Big Guns" avec la puissance de son cadet. Celui-ci semble s'être bien intégré au collectif hard glam - moues moqueuses, nombril à l'air, des « fuck » à toutes les phrases et quelques doigts émailleront un set au cours duquel, à l'instar de l'impayable guitariste Scotti Hill – sorte de croisement entre Mick Mars et un panda roux - le vocaliste aura cavalé sur l'estrade de long en large. La setlist ? Très largement piochée dans les deux premiers albums, ceux de tous les succès, lorsque les Yankees étaient considérés comme la chaînon manquant entre glam et thrash (si si) et incarnaient aux yeux de certains critiques le futur du metal – l'histoire, Nirvana et Korn en auront décidé autrement. Nostalgie à fond les ballons donc, entretenue avec vigueur par les trois quinquagénaires survivants qui ressemblent de plus en plus visuellement à leurs modèles de chez Mötley Crüe, en moins déglingués tout de même.

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Le bassiste et titulaire de la chaîne nasale Rachel Bolan, sosie convaincant de Tommy Lee tant qu'il garde ses Ray-Ban, s'empare du micro pour éructer avec classe la reprise de "Psycho Therapy" des Ramones, intermède au sein d'un festival de tubes - "Sweet Little Sister", "18 and Life", "Piece of Me", "Get the Fuck Out" dont le refrain délicat est repris en chœur par l'assistance, et, bien sûr, l'hymne "Youth Gone Wild" qui rend tout le monde dingue et pendant lequel le présentateur fan de Heir Apparent fait sa réapparition, trop heureux de montrer son flanc sur lequel est tatoué l'intitulé de la chanson avant de hurler le refrain aux côtés de Bolan – on est content pour lui. Ah, et Dave Sabo, le guitariste à dégaine de (vieux) skateur, a l'air aussi cool qu'Izzy Stradlin en 1987, ça fait plaisir. Et tout le monde de se quitter sur la diffusion du hit country "Take Me Home, Country Roads" de John Denver, entonné à l'unisson par des centaines de Germains débonnaires sous le regard surpris et amusé des musiciens. Un joli moment de convivialité. Qui n'a qu'une chance infinitésimale de se produire à un quelconque moment d'un concert de CANNIBAL CORPSE (19h45). On va la jouer à l'image des pionniers du death crado, direct et brutal: le quintet fait tout pareil que, par exemple, au Hellfest 2015. Fin du rapport.

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Bon, OK, il y a quelques nuances : suite à sa fusion neuronale survenue fin 2018 et un passage en zonzon, le six-cordiste Pat O'Brien a laissé sa place à Erik Rutan, confronté comme ses camarades à des problèmes de retour – le batteur Paul Mazurkiewicz loupe même la fin d'un morceau au point d'avoiner tout seul dans son coin alors que ses acolytes se sont arrêtés. Quant au terminal "Hammer Smashed Face", il est exécuté... a cappella. Pour le reste, ça reste assez statique, Corpsegrinder ne parle pas beaucoup et les candidats au pogo ou au body surfing ne sont guère légion, mais ça remue un peu quand même. Plus en tout cas que sur les mesures liminaires de l’ultime concert de la journée, celui des vétérans hambourgeois de GAMMA RAY (21h30), qui débute par "Land of the Free". « Dis donc, je ne connaissais pas, ça sonne très... allemand, non ? » « Oui. » « …. ». La troupe emmenée par l’ex-Helloween Kai Hansen enchaîne avec "Man on a Mission". « Toutes les chansons sont comme ça ? Boum-boum ?» « Tu veux dire avec ce côté fanfare bavaroise en accéléré où les cors sont remplacés par des guitares pendant que la batterie marque tous les temps avec la subtilité d’un marteau pilon ? La réponse est oui. » « Deal: deux morceaux et on y va ». « Trois. Histoire de dire qu'on aura vraiment essayé. » « Deux. Pourquoi souffrir inutilement ? On a six heures de route, je te rappelle. Et c’est toi qui conduis. » « OK, on évacue. »


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Ainsi s’achève une agréable journée qui aura réservé son lot de satisfactions dans une ambiance plutôt bon enfant à défaut d’être survoltée. Le lieu assez particulier rattrape une organisation pas toujours optimale (points d’eau inexistants, indications parcellaires) mais globalement, l’acoustique aura été bonne et les groupes ont assuré – il est vrai que la prometteuse affiche aura contribué de manière déterminante à la douce euphorie ressentie en quittant le parc dans les lueurs incertaines du crépuscule rhénan. Bis bald, RockHard Festival !

Crédits photos : Tabris (sauf la mascotte et les Frères Whiplash)


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