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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2022
Sa note : 18/20

LINE UP

-Simone "Sir Bob Cornelius Rifo" Cogo
(tout)

TRACKLIST

1) My Name Is Thunder (Electronic Version) (feat. Jet)
2) Wolfpack (feat. Maskarade)
3) Nothing But Love (feat. Jay Buchanan)
4) Pirates, Punks & Politics (feat. Peretz "Perry Farrell" Bernstein)
5) Invisible (feat. Greta Svabo Bech)
6) All Black Everything (feat. Gallows)
7) Irreversible (feat. Pär Anders Fridén)
8) Enter The Void (feat. Eric Nally)
9) Future Memories (feat. Justin "Crywolf" Phillips)
10) The Great Run (feat. Greta Svabo Bech)
11) Kill Or Be Killed (feat. Rafael "Leafar Seyer" Reyes)
12) Saint Bass City Rockers
13) Hollywood Surf Club (feat. Byron Manard "Mr. TalkBox" Chambers)
14) The Day Of The Locust
15) 10,000 Prophets
16) Drive (feat. Deap Vally)
17) Crash (feat. Jason Aalon Alexander Butler)
18) My Name Is Thunder (Rock Version) (feat.Jet) (bonus)
19) Frantic (feat. Wade MacNeil) (bonus)
20) Fever (feat. Nicholas "Nic" John Cester) (bonus)

DISCOGRAPHIE


The Bloody Beetroots - The Great Electronic Swindle



(For english version, scroll down)

« La grande escroquerie de l'electro », voilà un intitulé qui en dit long. D'abord sur l'agacement de son auteur, Sir Bob Cornelius Rifo, à propos de ses confrères DJ qu'il soupçonne de jouer dans leur set des morceaux dont ils ne sont pas les véritables créateurs, se référant de manière explicite au mockumentaire The Great Rock 'n' Roll Swindle (1980) de Julien Temple avec les Sex Pistols en vedette. Les punks historiques et controversés du Royaume-Uni ont fortement influencé Simone Cogo (de son vrai nom), unique membre de The Bloody Beetroots qui, sur un troisième LP protéiforme, dresse le bilan personnel des quatre années manifestement très agitées qu'il vient de traverser. L'entreprise est ambitieuse, le résultat donne le vertige.

Faux duo ayant balancé deux grosses salves de house sale, Romborama en 2009 et HIDE en 2013, The Bloody Beetroots se font rapidement un (drôle de) nom par la qualité de leurs travaux en attirant les vénérables pionniers rock Paul McCartney et Peter Frampton ou encore Tommy Lee, batteur bigger than life de Mötley Crüe. L’entité italienne enchaîne en parallèle les remixes de titres qu'elle s'accapare avec un mélange de respect et d'audace tels "Too Many Friends" de Placebo, "Elektra" de Refused ou encore "Seek and Destroy" de Metallica, rebaptisé pour l'occasion "Ill To Destroy", résurgence des reprises live de "Master of Puppets" pratiquées par les grands frères de Pendulum. L'affaire est claire : le rock, le vrai, le dur, le tatoué démange méchamment les « Putains de Betteraves ». Leur tête pensante et aorte brûlante Bob Rifo concrétise ses intentions ultra dynamiques dès l'entame de The Great Electronic Swindle avec le bien nommé "My Name is Thunder", introduit par des accords tonitruants. Premier constat : le son est énorme. La couche électro combinée aux guitares donne l'impression que le matériel de diffusion a été soudainement upgradé et renforce l'impact de cette amorce percutante - couplets et refrain donnent envie d'aller envoyer tout le monde se faire foutre, c'est magnifique. Un break permet de reprendre brièvement ses esprits avant que "Nic" John Cester, le chanteur du groupe australien Jet qui a contribué à ce vigoureux préliminaire, ne lance un cri de prédateur urbain et conclue rapidement les hostilités qui ne sont pas sans évoquer certains brûlots de ses compatriotes Airbourne et AC/DC. Les compères refont le coup sur "Fever", presque aussi ardent, en conclusion de la version augmentée de l'enregistrement.
Une grande partie du recueil est constituée de compositions construites selon le même schéma - des chansons à haute énergie aérées par un ou plusieurs passages apaisés. Cependant chacune dégage une ambiance particulière selon l'artiste qui y a collaboré et c'est là toute la force et l'intérêt de The Great Electronic Swindle : chaque piste est conçue comme une étape à part entière dans un parcours à la fois diversifié et cohérent. Ainsi sur "Pirates, Punks & Politics" (coucou le FC St. Pauli) co écrite avec Tommy Lee, le climat latent se marie naturellement avec le débit narquois et posé de Perry Farrell de Jane’s Addiction que Rifo a rencontré lors de sa participation au Lollapalooza, alors que les vocalises emo annonçant "Enter the Void" font irrésistiblement penser à Coldplay, "Paradise" notamment. De la rengaine de stade assumée, qui bénéficie chez les Betteraves de claps et d'onomatopées faisant songer à Michael Jackson (ou à son ersatz Bruno Mars). Les savoureux pastiches se succèdent comme à Belém au fil d'une œuvre dont le libellé prend petit à petit tout son sens et qui recèle quelques surprises – remarquable imitation de Marilyn Manson, à moins que ce ne soit Jonathan Davis, par Anders Fridén d'In Flames sur "Irreversible", second clin d'œil après "Enter the Void" à la filmographie torve de Gaspar Noé. Il n'est pas interdit non plus d'entendre sur "Invisible" et "The Great Run", illuminés par les inflexions ensorcelantes de la chanteuse féringienne Greta Svabo Bech, des allusions respectives aux fées Sophie Ellis Bextor et Noemie Wolfs (ex-Hooverphonic). Le contraste, maître mot de la réalisation, est saisissant avec les occurrences les plus énervées : "Drive", également conjuguée au féminin, aussi jouissivement énervante qu'un hit de Ke$ha, "Wolfpack" en séquelle un chouïa moins furieuse de "My Name Is Thunder" ou encore "Crash", exutoire final en citation directe du long métrage de Cronenberg (1996) qu'aiguillonne un sample d'"Immigrant Song" de Led Zeppelin.
Le producteur vénète calme le jeu sur le seul "Future Memories", sorte d'intermède planant sur lequel la tension descend nettement, à l'instar de l'effet produit par l'insertion quasi systématique de plages atmosphériques, un gimmick qui rappelle que Rifo est avant tout un DJ cherchant à ménager ses effets et son public. Sans doute désireux de ne pas totalement désorienter ce dernier, le démiurge au masque inspiré de Venom (l'alter ego maléfique de Spider Man, pas le précurseur du metal extrême) pousse plus franchement les réglages electro sur "All Black Everything" et "Frantic", pour carrément passer en mode rave party sur les instrumentaux "Saint Bass City Rockers" (dont les initiales épousent celles de son pseudonyme), "10,000 Prophets" et "The Day Of The Locust", référence à un film cruel de 1975 (Le Jour du Fléau en VF) dont le final dramatique trouve ici un écho saisissant. L'alternance des tempos, l'incontournable diptyque break-montée et les drops qui tabassent parleront davantage aux freaks du Tomorrowland qu'aux metalheads du Graspop – deux festivals où a joué The Bloody Beetroots, soit dit en passant. Tout ce joli monde sera peut-être sensible à la performance habitée de Jay Buchanan des Rival Sons sur "Nothing But Love" tandis que l'union des chapelles n'a jamais été aussi proche que sur l'impitoyable et très synthwave "Kill Or Be Killed" – Pertubator et Carpenter Brut ne sont-ils pas programmés au Hellfest ? Dans le genre ravageur de synapses, le refrain se pose là. Et puis il y a "Hollywood Surf Club", friandise sur la pièce montée qui aurait eu complètement sa place sur Discovery de Daft Punk aux côtés de "Digital Love", tant par ses sonorités vintage que par sa mélodie extrêmement addictive. Un délice.


Portant le point de fusion entre rock et electro encore plus haut que les darons de The Prodigy, Sir Bob Cornelius Rifo aka The Bloody Beetroots élabore sur The Great Electronic Swindle un alliage extrêmement homogène et puissant, sans pour autant recourir au metal indus. S'il n'est pas absolument novateur, ce mariage de cœur, de tripes et de machines procure un plaisir inédit devant beaucoup à la virtuosité de son instigateur qui multiplie les références à la culture populaire – musique, cinéma, littérature - et approfondit sa thématique fétiche du double caché. Ne recelant que très peu d'impuretés, juste quelques baisses d'intensité plus dues aux habitudes de DJ qu'à un déficit d'idées, l’amalgame euphorisant au ton résolument punk de celui qui s'est fait tatouer « 1977 » à la base du cou constitue une révérence, appuyée mais frondeuse, aux idoles à qui on ne rend pas meilleur hommage qu'en les défiant les yeux dans les yeux. Loin de l'imposture proclamée, The Great Electronic Swindle est un manifeste passionné pour la création et un vaste panorama musical, sombre, saturé et excitant, qui se dévoile au fur et à mesure des écoutes. « Incredibile », comme on dit en Lituanie.



« The great electronic swindle », here is a title that says a lot. First of all, the author, Sir Bob Cornelius Rifo, is annoyed with his fellow DJs who he suspects of playing tracks in their set that they did not really create, explicitly referring to Julien Temple's mockumentary The Great Rock 'n' Roll Swindle (1980) starring the Sex Pistols. The historical and controversial English punks have strongly influenced Simone Cogo (real name), the sole member of The Bloody Beetroots, who on a third LP with many faces takes personal stock of the four obviously very turbulent years he has just gone through. The project is ambitious, the result is breathtaking...

A fake duo having released two big discharges of dirty house music, Romborama in 2009 and HIDE in 2013, The Bloody Beetroots quickly made a (funny) name for themselves by the quality of their work, attracting the venerable rock pioneers Paul McCartney and Peter Frampton as well as Tommy Lee, Mötley Crüe's bigger than life drummer. At the same time, the Italian entity has been making remixes of titles that it has appropriated with a mixture of respect and audacity, such as Placebo's "Too many friends", Refused's "Elektra" or Metallica's "Seek and Destroy", renamed "Ill To Destroy" for the occasion, an echo of the live covers of "Master of Puppets" practiced by Pendulum's mentors. The case is clear: rock music, the real thing, the hard one, the tattooed one, is really itching for the Bloody Beetroots. Their thinking head and burning heart Bob Rifo concretizes his ultra dynamic intentions from the beginning of The Great Electronic Swindle with the well named "My Name is Thunder", introduced by thunderous chords. First observation: the sound is huge. The electro layer combined with the guitars gives the impression that the broadcasting material has been suddenly upgraded and reinforces the impact of this striking beginning, verses and chorus make you want to go and fuck everyone, it's magnificent. A calmed break allows us to briefly recover our spirits before "Nic" John Cester, the singer of the Australian band Jet who contributed to this vigorous preliminary, launches a cry of urban predator and quickly concludes the hostilities which are not without evoking some of his compatriots Airbourne and AC/DC. The two partners do it again on "Fever", almost as fiery, at the conclusion of the expanded version of the album.
Much of the collection is made up of compositions built along the same lines, high-energy songs spiced up with one or more quiet passages. However, each one gives off a particular atmosphere according to the artist who collaborated on it, and this is the strength and interest of The Great Electronic Swindle: each track is conceived as a stage in its own right in a journey that is both diversified and coherent. Thus on "Pirates, Punks & Politics" (Moin Moin' FC St. Pauli) co-written with Tommy Lee, the latent climate naturally blends with the sarcastic and calm flow of Perry Farrell from Jane's Addiction that Rifo met during his participation to the Lollapalooza festival, while the emo vocals announcing "Enter the Void" are irresistibly reminiscent of Coldplay, "Paradise" in particular. It's a stadium song, which benefits here from the claps and onomatopoeia, reminding us of Michael Jackson (or his copycat Bruno Mars). The tasty pastiches follow one another throughout a work whose name gradually makes sense and which contains some surprises - remarkable imitation of Marilyn Manson, unless it is Jonathan Davis, by Anders Fridén of In Flames on "Irreversible", second wink after "Enter the Void" to the Gaspar Noé's suffocating filmography. It is not impossible to hear on "Invisible" and "The Great Run", illuminated by the enchanted inflections of the Feringian singer Greta Svabo Bech, respective allusions to the fairies Sophie Ellis Bextor and Noemie Wolfs (ex-Hooverphonic). The contrast, master word of the recording, is striking with the most energetic occurrences: "Drive", also conjugated to the feminine, as joyfully irritating as a Ke$ha hit, "Wolfpack" as a sequel a little less furious of "My Name Is Thunder" or still "Crash", final outlet in direct quotation of Cronenberg's feature film (1996) that spurs a sample of "Immigrant Song" of Led Zeppelin.
The Veneto producer calms down the game on the only "Future Memories", a kind of soaring interlude on which the tension clearly goes down, just like the effect produced by the almost systematic insertion of atmospheric tracks, a gimmick that reminds us that Rifo is above all a DJ trying to spare his effects and his public. Probably not wanting to totally disorientate his fans from the very beginning, the leadeer with the Venom inspired mask (the evil alter ego of Spider Man, not the precursor band of extreme metal) pushes more frankly the electro cursors on "All Black Everything" and "Frantic", before going straight into rave party mode on the quasi-instrumental "Saint Bass City Rockers" (whose initials match those of his pseudonym), "10,000 Prophets" and "The Day Of The Locust", a reference to a cruel 1975 movie whose dramatic finale finds a striking echo here. The alternation of the tempos, the inevitable diptych break-riser and the mighty drops will speak more to the freaks of Tomorrowland than to the Graspop's metalheads - two festivals where The Bloody Beetroots played, by the way. All these nice people might be sensitive to the inhabited performance of Jay Buchanan of Rival Sons on "Nothing But Love", while the union of the chapels has never been so close as on the merciless and very synthwave "Kill Or Be Killed" - aren't Pertubator and Carpenter Brut programmed at Hellfest? Colonizing the synapses, the chorus is there. And then there is "Hollywood Surf Club", a delicacy on the cake that would have completely been on Daft Punk's Discovery, next to "Digital Love", as much by its vintage sounds as by its very addictive melody. A delight.


Bringing the point of fusion between rock and electro even higher than the precursors of The Prodigy, Sir Bob Cornelius Rifo aka The Bloody Beetroots elaborates on The Great Electronic Swindle an extremely homogeneous and powerful alloy, without resorting to indus metal. If it is not absolutely innovative, this marriage of heart, guts and machines brings a new pleasure due to the virtuosity of its instigator who multiplies the references to popular culture - music, cinema, literature - and deepens his fetish theme of the hidden double. With few impurities, just rare decreases of intensity more due to DJ habits than to a lack of ideas, the euphoric amalgam with a resolutely punk tone of the guy who had « 1977 » tattooed at the base of the neck constitutes a strong but slashing reverence to the idols to whom one does not pay better homage than by challenging them eye to eye. Far from the proclaimed imposture, The Great Electronic Swindle is a passionate manifesto for creation and a vast musical panorama, dark, distorted and exciting, which reveals itself as you listen. « Incredibile », as they say in Lithuania.


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