Hellfest 2017


Hellfest

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 16 juin 2017
Jour 2 : 17 juin 2017
Jour 3 : 18 juin 2017

REPORTS DU JOUR


Blue Oyster Cult
(Merci foule fête)
Clutch
(Ptilouis)
Emperor
(Sven)
Every Time I Die
(Dimebag)
Metal Church
(Merci foule fête)
Prophets Of Rage
(S1phonique)
Scour
(Dimebag)


GALLERY

Album photo du festival pour Les Éternels webzine :
Das Silverfoto

Un grand merci tout particulier aux photographes qui nous ont également largement dépanné en photos:
Nidhal Marzouk pour La Grosse Radio Metal

Leonor Ananké pour Hard Force

E.L.P-Photo (Elie Lahoud-Pinot Photography)

Toute reproduction interdite sans autorisation écrite des photographes.

 


Jour 3 :18 juin 2017



Autant vous le dire d’entrée: la star de cette dernière journée ne sera ni Emperor, ni Coroner, ni The Dillinger Escape Plan, ni même Prophets Of Rage. Oh non, la superstar de cette dernière journée sera Hélios aka Sol aka Râ aka Shamash (non, pas le chroniqueur Éternels) aka Huitzilopochtli aka Soleil, accompagné de ses deux copines Poussière et Chaleur. Un soleil tyrannique, implacable, qui dégommera les festivaliers toute la journée et continuera de leur chauffer les miches bien après son soi-disant coucher. C’est le genre d’impondérables avec lequel il faut composer et pour lequel le Hellfest aura sans doute fait le maximum en faisant arroser régulièrement les premiers rangs devant les scènes principales [ndlr : certains possesseurs d'appareils photo à plusieurs smic n'apprécieront pas forcément]. Récit d’une troisième et dernière journée jouissive, mais ô combien éprouvante où, en terme de température, on aura rarement été aussi proches de l’enfer. Littéralement.


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Probablement tirée de son lit par une chaleur de débile transformant les tentes en saunas dès 9h du matin, la horde des festivaliers est déjà nombreuse sur le site à 10h30 lorsque résonnent les premiers sets de la journée. Les Éternels étant finalement des mortels comme les autres, l’équipe est également prise de sudation sous les tentes matinales, tout en étant présente sur le site aux (relatives) aurores afin d’assister à la prestation des expérimentés Mortuary (10h30 – ALTAR), qui se préparent tranquillement. Les bougres n’ont pas eu le temps de déjeuner et réclament – pour plaisanter – des croissants au festival. C'était sans compter sur la fougue amoureuse de quelques fadas du public qui, d’un aller-retour au camping reviennent avec le paquet de croissants convoité en mains et le jettent en offrande à leurs héros du matin - eux, amusés et reconnaissant, ne se privent pas de croquer la viennoiserie avant de passer au plat du jour: du death old-school made in France, et pas de pitié pour les croissants [ndlr: blague acceptée, mais de peu !]. C’est une anecdote résumant partiellement l’histoire de ces Nancéiens qui n’auront rien lâché depuis leurs débuts, qui remontent mine de rien à une trentaine d’années [ndlr : on précise qu’il s’agit des Nancéiens car il existe un grand nombre de combos portant ce blase si humaniste]. Le leader du groupe, Patrick Germonville, ne tient pas en place et insuffle rapidement son énergie à la vingtaine de minutes données au groupe. Le son est honorable, le groupe savoure et, de facto, livre un set équilibré et plein de punch. Le public apprécie également les titres retenus: "GOD", "Yesterdead", ou encore l’épique "Morbid Existence" précédé d’un rapide hommage au groupe, à tous ceux qui le suivent de près ou de loin et aux familles qui partagent - et parfois subissent ses furieuses façons. L’horaire, le set, le public volontaire présent dès le matin, confirment une fois de plus la valeur de ces concerts de début de journée qui, loin d’être de simples bouche-trou, permettent à chacun, artistes et public, de bénéficier d’un moment de partage privilégié.

Au même moment, un autre Éternel est en place pour voir officier Bright Curse – (10h30 VALLEY). Et même s’il est encore tôt sous la Valley, c’est déjà l’heure du metal. Du metal de Bright Curse, plus exactement, trio franco-suédois domicilié à Londres qui officie dans un registre heavy/doom/stoner/psyché/seventies, bref un groupe de Valley, quoi ! Et malgré leur jeune âge, les p’tits gars ont sorti en 2016 un très bon album et viennent le défendre sur leur plus grosse scène à ce jour. Et ils vont relever le défi avec brio !


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La tente est clairsemée, mais le public est venu en connaisseur et va apprécier la prestation offerte malgré l’heure précoce. Au programme, cinq morceaux pour une petite demi-heure de musique langoureuse mais rythmée, idéale pour attaquer la journée. Les moments un peu plus énervés réveillent les cervicales endormies, sur "The Shore" ou le final de "Walking On A Graveyard". Les musiciens ne semblent pas intimidés par le lieu et offrent une prestation tout à fait convaincante, musicalement et vocalement. L’atmosphère assez calme de "Northern Sky" précèdera la très bonne "Lady Freedom" en guise de final, avant que le groupe ne se retire sous les applaudissements nourris d’une tente bien plus remplie et réveillée qu’au début du concert.

Vous l’aurez noté, pour l’instant les choses se passent à l’ombre des chapiteaux, mais bientôt il faudra sortir et affronter la violence d’Amaterasu [ndlr : oui, on va tous vous les faire]: on s’y colle donc de bon matin pour aller assister au set des Nantais de Harm Done (11H05 – WARZONE) à la Warzone, où règne déjà une chaleur de vrais cons, et où le vert gazon, meurtri par les milliers de piétinements subis depuis vendredi matin, a depuis bien longtemps laissé la place à une terre jaunâtre sans pitié car infiniment poussiéreuse: il est clair que le triptyque casquette / lunettes de soleil / bandana sera à l’honneur ce dimanche. Mais de tout cela, Harm Done n’a cure. Pas venu pour distribuer des petits brumisateurs ou faire une vidéo de prévention sur les dangers de la canicule, le quatuor « régional de l’étape » investit la Warzone devant une foule évidemment très clairsemée [ndlr: « combo fatal groupe relativement confidentiel + chaleur de demeuré sur une scène sans le moindre coin d’ombre + horaire matinal le dernier jour »], mais qui apprécie visiblement les frasques grindcore/powerviolence ultra-virulentes du groupe. Les morceaux s’enchainent comme autant de moshparts fracassantes, entrecoupées de saillies hystériques et de gros pains hardcore véloces. Le collectif sait y faire et, sans trop qu’on soit capable de dire ce qu’il aura joué de son excellent dernier « LP » (ça reste du grind/powerviolence, donc un LP chiffre quinze-vingt minutes, pas plus) Used/Abused et du tout aussi excellent éponyme de 2014, délivre un set concis et d’une grande brutalité, doté qui plus est d’un son excellent [ndlr: c’est d’ailleurs presque tout le temps le cas sur la Warzone ces dernières années]. Du taff de qualité dans des conditions jamais évidentes. À revoir en salle, sous des températures plus acceptables.

Au même moment, un autre groupe, plutôt jeune, mais dont la notoriété est déjà toute autre (le style pratiqué étant autrement plus accessible), Northlane, a les honneurs d’ouvrir la mainstage 1 (11h05 - MS1). Faire plus de quinze mille bornes pour s'auto-mutiler de cinq minutes de concert sur les trente prévues au programme, c'est un peu ballot. Pour une fois, le bassiste n'est pas impliqué, [ndlr: remember Frank Chin de Vektor il y a quatre ans, entre autres] puisque c'est sur le kit de l'infortuné batteur qu'un roadie intervient après le premier morceau exécuté par les Australiens.


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Dans cette histoire, on est surtout peiné pour le chanteur qui a bien du mal à meubler ce grand moment de solitude tandis que ses voisins gratouillent leurs cordes en attendant que ça se passe. Heureusement, tout finit par rentrer dans l'ordre et le quintet peut de nouveau envoyer son metalcore à relents progressifs, à moins que ce ne soit du heavy metal à tendance djent avec passages atmosphériques (samplés), les puristes trancheront. Toujours est-il que la section des Antipodes bénéficie d'un excellent rendu sonore, en adéquation avec l'énergie déployée par les musiciens qui bondissent partout comme des kangourous [ndlr: non mais ils cherchent aussi], à l'instar de nombreux spécimens du public, dont la moyenne d'âge doit se situer quatre bonnes décennies en dessous de celle qui a assisté à la prestation de Deep Purple vendredi soir. La fête au death-metal-emo-core du dimanche ne fait que commencer sur les mainstages.

Enfin, un autre groupe français s'affaire également en cette heure encore bien matinale, Déluge (11h05 – Temple). Les Lorrains sont l'une des dernières sensations « post-black » de l’écurie hexagonale des Acteurs de l’Ombre. Au menu, on retrouve tous les ingrédients qui ont déjà fait mouche chez leurs comparses de label (The Great Old Ones ou Regarde les Hommes Tomber, programmé un peu plus tard). Toutefois, l’esthétique est bien différente ici: point de Lovecraft ni de Cthulhu, point de gravures anciennes ni de références au thème de la « chute ». Ici, on s'immerge dans l'océan au cœur de la tempête, une thématique assez récurrente dans le milieu – on se contentera de citer récemment le « nautik-doom » de Ahab, voguant sur l’œuvre d'Herman Melville, Moby Dick, ou les biens nommés The Ocean, allant quant à eux traiter le sujet via des thèmes plus historiques et géologiques. Déluge quant à lui, exploite la thématique à la fois au sens propre via ses multiples samples d’orages, de vagues ou de gouttes de pluies (!), mais aussi bel et bien au sens figuré puisque le maelstrom qui se dégage de la musique du quintet est faite de riffs tourbillonnants et de blasts fracassants sonnant l’ouragan. On pourrait dès lors s’attendre à une mise en scène forte du groupe quand on connaît l’artwork signé Valnoir illustrant leur premier et unique album, AEther. Il n’en est rien puisque le combo opte pour la sobriété, tout de noir vêtu et sans artifices. À ce titre, on pourra reprocher à l’expérience outdoor de dénaturer l’ambiance naturellement plus sombre et épileptique créé par la formation en intérieur. Ici, les protagonistes restent clairement identifiés quand ils se tapissent dans l’ombre. Quant aux explosions de stroboscopes, elles se font forcément moins marquantes au grand jour, malgré le chapiteau. Cela n’empêche pas la formation de dérouler sa formule, quoique statique et ayant du mal à occuper l’espace de la Temple.


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Transfuges d’une scène se voulant nativement apparentée au hardcore, le manque de charisme des musiciens et du frontman se font sentir malgré tout. On pourra enfin regretter un son loin d’être parfait. Un set en demi-teinte donc, le collectif devra à l’avenir mieux s’adapter pour faire vibrer en fest.

On se meut ensuite à la Valley pour assister au set d’une des très belles découvertes de cette édition 2017, celui de Vôdûn (11h40 – VALLEY). Les riches heures du Hellfest sont gorgées d'expériences étonnantes, marginales, surprenantes, déroutantes – se référer aux live-reports des éditions précédentes – et bon nombre d'entre elles se sont produites sous le chapiteau de la Valley, le concert hors du temps donné par Magma l'an dernier illustrant ce constat à la perfection. Malgré ou grâce à ce prestigieux historique, il est tout à fait possible de rester en état d'étonnement quand des formations aussi singulières que Vôdûn transforment la scène en un univers insoupçonné dans lequel il semble naturel de se fondre, à la découverte d'excitantes créations. Lorsque le trio britannique fait son apparition, les repères se brouillent, une atmosphère à la fois dense et sereine s'installe. Pieds-nus, arborant tenues et peintures corporelles multicolores que l'on devine inspirées de cultures africaines, les musiciens intriguent puis détonnent – dans tous les sens du terme – lorsqu'ils déclenchent leurs mélopées fulgurantes, entre stoner, heavy, thrash et psyché. Les compositions sont bâties à peu près toutes selon le même schéma éprouvé du calme avant la tempête, celle-ci se déchaînant surtout sur les refrains et pourtant, jamais l'ennui ne s'installe, balayé par la stupéfaction de voir se répéter à chaque morceau une sorte de miracle auditif et visuel. Cela paraît en effet difficile à admettre mais le déferlement sonique qui emporte l'assistance résulte de l'osmose surnaturelle, vaudoue oserait-on dire, entre une unique guitare bariolée – pas de basse ici - et une voix explosive que portent jusqu'à la transe les frappes frénétiques de la spectaculaire batteuse. Et puis, il y a la chanteuse. En contraste avec le six-cordiste dont la placidité rend d'autant plus impressionnantes les déflagrations qui fusent de ses amplis, Chantal « Oya » Brown rugit avec une puissance et une maîtrise qui laissent pantois, son corps hors norme donnant l'impression d'être possédé par une force que la vocaliste invoque, domine et recrache avec une plaisante assurance tandis qu'elle s'accompagne ponctuellement de percussions d'Afrique de l'Ouest (tama, diabara...). L'envoûtement prend fin au bout de trente petites minutes, clos par des remerciements presque incongrus. On ressort de cette performance ébahi, impatient de replonger dans les denses rêveries déclenchées par ces griots électriques.


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Un œil et une oreille novices pour vous narrer à présent le set d’Emptiness (11h40 - ALTAR), signature récente de Season Of Mist. Le groupe était programmé quelques mois plus tôt au désormais célèbre Roadburn, festival ayant stature de référence en matière de musiques extrêmes alternatives et avant-gardistes. Dès lors, on s’attendait à quelque chose de spécial, forcément, mais force est de constater qu’on aurait difficilement pu imaginer s’attendre à « ça ». Qu’est-ce que ce « ça » me direz-vous ? Et bien une musique hautement expérimentale, étrangement douce pour les standards du Hellfest – enfin un peu de repos pour nos tympans mis à rude épreuve depuis deux jours – mais pour autant très sombre et dissonante. Dérangeante et froide, elle échappe à toutes les étiquettes qu’on pourrait vouloir lui apposer, essayez donc de trouver ce qui peut lier du death metal à de la coldwave ! Toujours est-il qu’à moins d’être un aficionado du groupe, difficile de ne pas rester de marbre face à la performance statique de ces Bruxellois (des ex-Enthroned, ayant leur petite renommée dans le milieu black metal), qu’on aurait davantage vus dans un espace lugubre et froid que sous les auspices d'une chaude journée estivale… La fosse se fera ainsi de plus en plus déserte au fil des chansons et le chroniqueur présent alors sera au regret d’emboîter le pas…

Nous poursuivons alors notre périple et rejoignons la Warzone pour le set de While She Sleeps (12h15 – WARZONE). Mine de rien, on avait grand hâte de voir le groupe se produire au Hellfest. Déjà parce que ça se passe sur la Warzone, sans conteste la plus belle des scènes du festival [ndlr : ça fait mal de l'admettre quand on apprécie moyennement les pantalons baggy et les colliers de bouledogue, mais prétendre le contraire serait mentir]. Ensuite parce qu’on allait ainsi enfin avoir du metalcore ailleurs qu’en mainstage. Le son ne pouvait qu’être bon et l’ambiance dans la fosse survoltée : bingo, ça n’a pas raté. Car même si le soleil n’est à cette heure pas loin de son zénith et qu’on accuse la fatigue propre à un dernier jour de fête haute en couleurs, pas question de rechigner : on lâche tout ce qui nous reste. L’autre raison de notre empressement, c’est bien sûr la dernière offrande des Britanniques de Sheffield intitulée You Are We. Déjà un incontournable de 2017, cet album mêle riffs pêchus et refrains fédérateurs avec une efficacité rare d’écriture. Contrairement à la doxa du genre, ici rien n’est trop sirupeux dans le chant clair et les mélodies. Alors oui, ça sonne parfois pop façon Bring Me The Horizon, mais derrière, les gros riffs sont là, et quand le chant hurlé prend la relève, ça ne rigole plus du tout. Les quelques doutes qu’on aurait pu avoir sur l’interprétation sont en outre vite effacés, car en live, le groupe démontre qu’il sait tenir sa barque et ne démérite nullement niveau technique. Le quintet emmené par l’excellent frontman Lawrence Taylor puise alors dans ses racines hardcore pour embraser la fosse à grands coups de circle-pits spontanés. C’est un nuage de poussière quasi-permanent qui voile alors la scène, pour notre plus grand et malin plaisir. Véritablement survolté par l’accueil si chaleureux réservé à la bande, le chanteur ira même jusqu’à escalader la tour de régie au milieu de la fosse pour s’offrir un grand plongeon dans l’océan de bras tendus qui filera ce petit frisson de plaisir qu’on attend dans ce genre d’événement. Vraiment un des sets marquants du fest, on a décidément hâte de remettre ça vite avec eux ! 


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Après une telle claque, c'est au tour de Welicoruss de s'y mettre (12h15 - TEMPLE). Pas évident, mais après l'Afrique vaudoue convoquée par Vôdûn, c'est donc la Sibérie qui est mise à l'honneur en ce dimanche matin: Hellfest, terre de contrastes et de différences, etc. Sauf que la température ambiante fait davantage songer au Sahel en plein été qu'à Novossibirsk sous cinquante centimètres de poudreuse, de sorte que porter des manteaux de cuir et de fourrure semble la dernière chose à faire à Clisson en ce 18 juin 2017 caniculaire, fût-ce en hommage à la terre de ses ancêtres. C'est pourtant ainsi vêtus que les concitoyens d'Edouard Artemiev délivrent leur black metal symphonique à la Dimmu Borgir, heureusement protégés des attaques cuisantes de Belobog par le chapiteau de la Temple. Débuté avec cinq minutes de retard en raison du dépassement horaire d'Emptiness sur la scène voisine de l'Altar, le set se déroule sur un mid tempo majoritaire tandis que les samples omniprésents et un peu répétitifs font presque regretter le son bien équilibré concocté par le quintet. Belle surprise compte tenu du genre musical pratiqué, les Russes se montrent expressifs et enclins à la communication - l'un des guitaristes, maquillés de blanc et de noir à l'instar de ses voisins, faisant songer à Gene Simmons de Kiss à force de grimaces et de tirages de langue. Au final, rien de révolutionnaire ni de vraiment spectaculaire mais la présence scénique et l'interprétation irréprochable des musiciens font passer agréablement la pilule.

On fait ensuite quelques mètres pour changer de tente et assister au set de Ghoul (12h50 – ALTAR), et ceux qui n'ont pas été prévenus doivent être un peu surpris. Surtout s'ils sont innocemment installés près des barrières, ce qui vu l'horaire précoce est encore envisageable sans devoir s'y prendre dès l'ouverture des portiques. Car ce qui déambule en ouverture du concert de Ghoul sur la scène en apostrophant un public mi-étonné mi-amusé, ressemble à une espèce de buveur de bière à tête de bébé qui finit par se faire trucider à l'arme blanche par un personnage encore plus inquiétant, dans un jet final d'hémoglobine qui éclabousse les premiers rangs – dommage, madame, il était mignon votre débardeur blanc. Avant cette issue fatale, quatre gaillards coiffés d'un masque façon Leatherface (plutôt un sac de jute barbouillé de rouge avec des trous à la place des yeux) ont investi les planches pour y balancer un thrash/ grind proche de Municipal Waste. Aussi vigoureuse soit-elle, la musique sans grand relief ne retient pas vraiment l'attention, faisant surtout office de bande-son au délire scénique, certes un peu répétitif, mais franchement hilarant, qui anime le set de bout en bout. Les deux olibrius seront relayés par un super-justicier, puis une sorte de spectre (bon, là, on voit le gars sous le déguisement qui actionne la bestiole façon créature de Scooby Doo) puis un yéti en armure qui triomphe d'un enchaînement de bastons létales sur fond de déclamations censées former un récit à l'importance toute relative.


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Chaque affrontement s'achève par l'arrosage systématique des spectateurs au sang factice sans que l'on devine exactement sous quelle forme celui-ci va se produire – le coup de la dinde et du nourrisson, fallait oser quand même. Au final, les dignes successeurs (ou succédanés) de Gwar, avec qui ils ont joué aux États-Unis, auront rempli leur mission loufoque, donnant un aperçu cradingue mais plaisant d'une version t(h)rash du Geisterschloss d'Europa Park. Un peu de déconne, ça fait du bien de temps en temps, non ?

On repasse ensuite à des considérations un rien plus sérieuses en fonçant voir Prong sous une chaleur de vrais salopards (12h50 - MS2), et c’est coté mainstage qu’on retrouve donc un Tommy Victor dont l’histoire suffirait à rédiger un scénario de biopic. Le groupe vient régulièrement en terre clissonnaise et de mémoire, les années précédentes n’ont pas donné de sets particulièrement géniaux ou de dépassements de vitesse au compteur du pétage de plombs. Certes, le groupe fait davantage parler de lui depuis Ruining Lives et peut se prévaloir d'une espèce d’aura acquise auprès de combos de toute époque les citant parmi leurs inspirations. Reste tout de même cette difficile image de second couteau, que malheureusement le temps ne changera sans doute jamais. Sur la mainstage, clairement, le set se révèlera agréable et plutôt varié dans la disco. OUI, "Snap Your Fingers, Snap Your Neck" de Cleansing clôture le round, mais il aura fallu quelques titres pour que le groupe prenne son rythme de croisière et réussisse à donner vie à ce que Victor, l’enfant sauvage du metal, compose et restitue le mieux: ses riffs. "Beg to Differ" ou les titres issus de X-No Absolutes sortent un peu du lot et feront bouger la foule. Mais un arrière-goût de  « allez quoi accélère, donne tout » restera en fond de gorge, vite rincée avec une grande rasade de bière permettant également d’avaler la poussière déjà très volatile sur les mainstages. Pas déçu de revoir la formation, pas non plus encore sur le cul et prêt à se souvenir dans quelques temps de ce cru 2017. Hélas.

On retourne ensuite affronter la Warzone et sa chaleur de véritables enfoirés car Trap Them le vaut bien (13h35 – WARZONE). Néanmoins, on se dit en arrivant qu’on a peut-être fait une connerie, car il fait désormais une température affreuse sur le site [ndlr: quelque part entre 35 et 38 degrés tout de même], que la poussière saute de partout et surtout dans les gorges/narines/yeux, et qu’un cagnard de maboul règne sur la scène la plus exposée du Hellfest aux violences d’un Svarog [ndlr : vous l'aviez, celui-ci ?] décidément en grande forme. Pour autant Trap Them, alias l’un des tous meilleurs groupes de hardcore option « sombre et bourrin » en activité, abat avec froideur ses premières cartes: "Hellionaires", un des tous meilleurs morceaux du groupe, opener de leur dernier (et excellent) LP en date, Crown Feral, ouvre logiquement le bal, précédé de l’intro "Kindred Dirt". De manière générale, c’est la totalité de Crown Feral qui va y passer et on ne va pas s’en plaindre, même si on aurait aimé bénéficier d’un petit "Gift And Gift Unsteady" par exemple.


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Malheureusement, le solide Blissfucker sera largement ignoré sur cette setlist puisque seule "Habitland" sera jouée. Trap Them prend également la peine de lancer deux bons gros tubes issus de Darker Handcraft: "Evictionnaries" et "The Facts" (sauf erreur). Mais pour le reste on l’a dit, c’est Crown Feral à fond, avec "Phantom Air" en closer, "Prodigala", l’ambiancée "Twitching In The Auras" et toutes les autres, notamment l’excellente "Malengines Here, Where They Should Be". Le groupe dispose d’un son costaud et suffisamment propre, et Ryan Mc Kinney, la tronche plus de travers que jamais, assure ses parties vocales comme à son habitude, c’est-à-dire comme si sa vie en dépendait. De même, le bonhomme demeure aussi incompréhensible que d’habitude entre les morceaux: ça doit vraiment être un des seuls types au monde qu’on comprend mieux quand il hurle que quand il parle. D’ailleurs, on n’a pas fini de l’entendre hurler [ndlr: rendez-vous sur le live-report du concert d’Every Time I Die pour comprendre le sens de cette pseudo-mystérieuse affirmation]. Au global, une prestation froide et acérée, tranchant avec la lourdeur de l’atmosphère.

Au même moment se produit sous la Temple encore un groupe du coin [ndlr: avec Harm Done, c’était véritablement le 44 en force en ce début de Dimanche), qui a lui aussi de bonnes chances de faire souffler un vent froid ô combien agréable sur les festivaliers: Regarde Les Hommes Tomber (13h35 - TEMPLE). Aussi sérieux que les mecs de Ghoul sont barjos, les cinq membres de Regarde les Hommes tomber se présentent sur l'autel pour faire pleuvoir leur déluge sludge-post-black aka on-va-tous-crever-et-pas-tranquillous-dans-nos-plumards. Par rapport à leur set frustrant du Motocultor 2016, le jeu de lumières n'a malheureusement que peu gagné en visibilité – les circonstances diurnes ne s'y prêtant guère – alors que le son se révèle bien plus équilibré et plus puissant. La noirceur et une forme de désespérance propres à la section nantaise peuvent dès lors se déverser de toute leur puissance rageuse sur des spectateurs recueillis et terrassés. Une prestation qui va probablement conforter celles et ceux qui estiment que le groupe français n'est pas loin de posséder l'envergure internationale des meilleures formations œuvrant dans le genre sombre et intense qu'il affectionne. À revoir dans des circonstances plus propices, la date parisienne avec Inter Arma et Der Weg Einer Freiheit de cet automne (précisément du 2 au 5 octobre à Nantes, Paris, Strasbourg et Lyon) s’annonçant, à ce titre, mémorable [ndlr : on compte bien vous restituer l'instant à l'heure dite !].

Retour à l’écrasante chaleur de malotru des mainstages ensuite, pour une dose de fun nettement plus costaud que celle offerte par Trap Them et Regarde Les Hommes Tomber, puisque c’est Skindred, populaire combo néo-metal / ragga / reggae qui se présente (14h20 - MS2). La foule est déjà présente en masse alors que les sujets de Sa Gracieuse Majesté entrent sur scène au son de la "Marche Impériale", il faut dire que la réputation de showmen de Skindred n’est plus à faire. Dès les premières notes d’"Under Attack", la folie commence. La basse de Dan Pugsley groove et le flow de Benji Webbe est fluide : les Brits peuvent entraîner la foule à sauter et se déhancher.


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D’ailleurs, le chanteur, muni de son drapeau britannique, n’hésite pas à faire chanter le public pendant et entre les titres, à les reprendre ou à les rebooster à grands coups de « Fuck You » lorsqu’il n’est pas content du résultat. Et cette ténacité fonctionne ! Petit à petit, même les plus récalcitrants se prêtent au jeu, répètent les paroles et dansent. Pour pimenter le spectacle, à côté de morceaux récents et efficaces (la montée folle de "Sound The Siren", l’énergie brute de "Kill The Power"), Skindred éprouve un malin plaisir à glisser des airs connus et les faire reprendre par les festivaliers. C’est simple, mais d’une efficacité à toute épreuve. Et quand Benji Webbe n’invective pas la foule, l’homme n’hésite pas à placer le concert sous la bannière des Droits de l’Homme avec un certain franc-parler (« Que ceux qui ont quelque chose contre les Noirs se cassent ! ») ou même de l’amitié qui unit les gens appréciant la musique en général. Mais ce que l’on retiendra surtout, c'est ce final sur "Warning" où le frontman fait s’asseoir toute la mainstage pour sauter sur les premières notes du titre, puis mettre tout le monde torse-nu pour faire tourner son T-shirt en l’air et enfin achever le concert sur du dubstep. Du grand n’importe quoi ! Le pire, c’est que tout ça fonctionne sans problème et prouve que la réputation de Skindred en live n’est absolument pas usurpée. Le groupe quitte la scène sous des applaudissements nourris. Dommage qu'ils n'aient pas pu jouer plus longtemps.

On retrouve ensuite la relative fraîcheur des tentes [ndlr : y a de l’ombre quoi…] pour assister au set de Hirax (14h20 - ALTAR). Enfin ! Ayant dû annuler sa venue en 2015 sur la grande scène, le groupe est bel et bien présent et programmé sous l’Altar pour cette édition 2017. Après une grosse frayeur - croire les avoir loupés en voyant le nom d’un autre groupe au même horaire à l'approche du hangar, puis, la raison retrouvée, se rendre compte que l'orga diffuse le running order de la veille - il est plutôt aisé de se rapprocher au plus près de la scène. Peu de monde en début de set - mais affluence maximum à la clôture - les festivaliers impatients et venus pour les Californiens se pressent contre les barrières sur déjà sept/huit rangs tout de même. Et c’est Madame de La Pena « herself » qui annonce le groupe au micro. Cet effet très old-school donne déjà le sourire à tout le monde et les thrasheurs entament un "Hellion Rising" qui donne la mesure des prochaines minutes: du riff crossover hyper punchy, avec un son restitué de très bonne qualité, accompagné par « el diablo negro » qui commence sa séance de cardio. Le type ne cessera de courir, sauter, haranguer, prendre la pose, pointer et fixer du regard certaines personnes du public et renouveler les « whooo whooo » et « hey hey hey hey » sans aucune baisse de régime. "Blind Faith" et surtout "Destroy" (bon sang, le titre date de 1985) mettent le feux aux poudres et chacun comprend que le set sera exceptionnel. L’Altar se remplit et se blinde, car le thrash originel made in Bay Area explose d’intensité et de vie. Évidemment, le chant devient moins précis à mesure que la prestation se poursuit, mais peu importe: Hirax rappelle que l’underground sait se faire efficace et fédérateur.


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"La Boca de la Bestia" et l’hymne "El Diablo Negro" clôturent un set génial devant un groupe ravi qui termine sa tournée européenne, et un public - connaisseur ou découvrant ce petit bout de l’histoire de la musique – qui réalise qu’il vient peut-être de voir l’un des meilleurs sets de l’Altar pour ce week-end.

Au même moment, on assiste également à la prestation de Crippled Black Phoenix (14h20 - VALLEY), qui appartient à la catégorie des groupes « ni metal ni punk ni hardcore » programmés au Hellfest et dont le propos se révèle généralement plus apaisé. L'intensité, pour ne pas dire l'intérêt, de ces formations réside en marge de la fureur et de la saturation des amplis. Constituée – temporairement - de huit musiciens dont trois guitaristes et deux claviéristes, la section britannique n'aide pas beaucoup à entrer dans son univers post rock psychédélique aux longues plages contemplatives. Outre la fadeur des compositions, la voix masculine et les chœurs féminins ont du mal à se faire entendre, bien que le niveau sonore ne soit pas particulièrement élevé – on songe alors à la performance tonitruante délivré par Vôdûn avec juste une chanteuse et une seule guitare quelques heures plus tôt sur la même scène. Et puis, sans que l'on puisse établir avec certitude un lien de cause à effet, la situation s'améliore nettement après que l'une des deux choristes quitte précipitamment la scène à la fin du deuxième morceau, tambourin et mini sac à main rose sous le bras. La mine impassible de ses collègues laisse à penser que ce départ était prévu, mais celui-ci provoque une impression de fuite un peu étrange – n'était-il pas possible pour la jeune femme de vocaliser de façon éthérée tout en tapotant son instrument sur les titres suivants ? Toujours est-il que la mystérieuse brune à mèches ne reviendra plus et que le désormais septuor poursuit son périple sur des sentiers autrement plus vallonnés et dépaysants. L'alchimie se crée enfin, à la faveur d'un dynamisme particulièrement prégnant sur des montées en puissance proches de celles concoctées par Mono, un degré de maestria en moins, une dose de lourdeur en plus – on approche par instants des plaines rocailleuses du stoner. Le synthé se fait onirique, les guitares deviennent abrasives, permettant au concert de gagner en densité et par là-même en intérêt: une agréable inversion de tendance qui offre au festivalier curieux ce qu'il est venu chercher.

Direction ensuite l’enfer caniculaire de la Warzone pour voir jouer les Australiens de Deez Nuts (15h05 – WARZONE). Sur le chemin, la chaleur est pour le moins intense et une ambiance fleurant bon les vieux Mad Max éclate lorsqu’un type hurle « Y a plus d’eau ! » et que tous les festivaliers se mettent à courir follement, foulard à tête de mort au visage pour se protéger de la poussière. Et de la poussière, il y en aura devant la scène de la Warzone. Tellement que par moments, on ne distinguera qu’avec peine les Australiens, même sur les écrans ! Mais revenons au concert : Deez Nuts déboule sur "Purgatory", single de leur dernier album Binge & Purgatory et le moins que l’on puisse dire c’est que ça envoie.


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Frontal donc, le son laisse bien entendre les vocaux punk tantôt hurlés tantôt presque rappés de J.J. Peters. Vêtu d'un simple T-shirt blanc, le chanteur se replie sur son micro et invective la foule. Les plus éloignés de la scène headbanguent, tandis que devant s’enchaînent les slams et circle-pits divers. Dommage que la chaleur sape un peu les ardeurs, car la musique elle, déboîte comme il faut et les Océaniens font défiler morceaux récents et plus anciens pour le plaisir de tous. Les riffs de Matt Rodgers bien incisifs font ployer les nuques, tandis des titres comme le lourde "Behind Bars" permettent à Sean Kennedy de faire gronder sa basse. Après une vingtaine d'envois directs, laissant le public se claquer les cervicales tout son soûl, vient le temps du dernier morceau. C'est donc sur un "Your Mother Should Have Swallowed You" ultra efficace, groovy et possédant assez de hargne pour faire encore bouger le public, que les Australiens se retirent suite à un concert poussiéreux, direct et plein d'énergie. Bref, Deez Nuts en live ce n’est pas subtil, mais ça envoie et c'est tout ce qu'on leur demande.

Retour ensuite aux mainstages pour voir Black Star Riders (15h05 - MS1). Franchement, vous reprendrez bien une rasade de revival ? Par ce cagnard incitant à la paresse et à la sieste prolongée, ça se tente. Afin d'empêcher les festivaliers de sombrer dans la torpeur mais sans non plus leur prendre la tête, les Black Star Riders proposent un cocktail simple et a priori efficace: incorporer leurs compositions avec celle du groupe qui les a inspirées. Et pas n'importe quel groupe puisqu'il s'agit de Thin Lizzy, dont le guitariste Scott Gorham a précisément intégré les rangs de BSR. Le blond Californien à la désormais courte chevelure de paille se montre toutefois le plus discret de la bande, scéniquement et même musicalement, provoquant le sentiment un peu gênant que sa présence tient surtout de la caution historique. Reste que la prestation du quintet tient bien la route, malgré un manque de mordant des guitares et une batterie un peu trop en avant. Et il ne faut pas attendre bien longtemps avant que ne retentisse "The Boys are back in Town", LE tube de Thin Lizzy, porté par un Ricky Warwick bluffant dans son imitation de Phil Lynott, le légendaire chanteur-bassiste de la formation irlandaise. "Whiskey in the Jar", l'autre grand hit de cette dernière (bien qu'il s'agisse d'une reprise), clôt le set dans une version étirée. Les autres morceaux ? Des chansons originales de Black Star Riders, sympathiques, mais qui ne font guère le poids face aux deux monuments susnommés. Le constat est sans doute un peu cruel, mais valide l'assertion selon laquelle la copie ne vaut que rarement l'original.

Et pendant que certains font la sieste devant le quasi-tribute band de Thin Lizzy, d’autres se confrontaient à Ghost Bath (15h05 – Temple). Il en faut, du courage, pour affronter à nouveau un groupe de post black metal sous la Temple, après le désastreux Deafheaven de la veille [ndlr: avis pas partagé par toute la rédaction au demeurant].


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Malgré tout, Déluge a remonté un peu le niveau et l’on espère une bonne prestation de la part des Américains, malgré un dernier album décevant. Bon, on est en droit d’être inquiet, ils sont habillés tout en noir, et ils sont cinq dont trois guitaristes. Et pas de clavier… Alors que les meilleurs passages de Moonlover étaient les parties de piano. Mais bon, pas grave, on a l’habitude. Oh mon Dieu, le son est dégueula… Ah non, pas tant que ça, mais quand même. Et surtout, la batterie est encore trop forte [ndlr: un marronnier ce truc] ! Ah, et le chant, c’est pas trop ça non plus, on comprend rien, le chanteur braille en permanence, c’est un peu la bouillie ! Mais au final, les lignes de guitare se détachent un peu, la batterie continue à défourailler en continu mais la qualité du son s’améliore, et les mélodies apparaissent enfin. C’eut été dommage pour "Happyhouse" et "Golden Number" notamment de n’être qu’un fatras de sonorités inaudibles (déjà que, diront les plus taquins…). Malgré tout, au fil des morceaux, on arrive à se laisser bercer, même si le mot n’est pas tout à fait adapté, par le black mélancolique des Américains que l’on sent impliqués, notamment l’un des guitaristes qui se balance dans tous les sens, à s’en décrocher la pie-mère ! Au final, une prestation honnête, desservie une fois de plus par un son moyen. À réessayer dans d’autres conditions.

On passe ensuite sous la tente d’à côté, histoire de voir si Beyond Creation assure avec son death metal progressif technique et mélodique (16h00 - ALTAR). Devant une fosse bien remplie, les Canadiens entament les hostilités avec "Sous La Lueur De l’Empereur" un morceau tiré de leur dernier album - plus si récent d'ailleurs (2014) - Earthborn Evolution. Les gars sont techniques, carrés, et l’intensité de la musique fait d'ores et déjà ployer la nuque des festivaliers. Pourtant, dès les premières minutes, le son va poser problème: les basses sont bien trop fortes au détriment des guitares qui tricotent [ndlr: sérieusement, aura-t-on un jour la chance d’assister à un festival entier sans avoir à mettre en avant ce problème ? Peu probable, tant ce truc est un marronnier des open airs metal, et même des concerts metal en général]. Dommage, même si ce souci va s’atténuer au fur et à mesure du concert. Cela n’empêche pas Simon Girard de growler à en faire trembler l'Altar et Hugo Doyon-Karout de briller avec sa basse fretless et ses tappings, notamment celui de "Coexistence", absolument fou. Les Canadiens enchaînent les titres engageants, que ce soit la bondissante "Earthborn Evolution" ou les passages tantôt alambiqués tantôt aériens de "Theatrical Delirium". Les musiciens montrent qu’ils maîtrisent leur sujet et le public apprécie ces différentes incartades mélodiques, les gros riffs balancés par Kevin Chartré ou la précision chirurgicale de Philippe Boucher à la batterie. Par moments, le guitariste et le bassiste s’amusent à se jauger, notamment sur "Earthborn Evolution". Bref, la technique est au rendez-vous et tout est réuni pour un show de qualité.


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D’ailleurs, ce n’est pas le morceau final, "Fondamental Process", qui nous contredira. Le titre basé essentiellement sur des gros riffs est d’une efficacité farouche. La force des guitares ne peut qu’obliger la foule à headbanguer de plus belle. Redoutable ! C'est en pensant à toute cette maîtrise qu'on ne peut que regretter le son très moyen sur l’ensemble du concert, surtout qu’une semaine après, à Paris, leur prestation sera impeccable en tout point. Vraiment dommage, à revoir en novembre avec Psycroptic et surtout Dying Fetus, dans des conditions qu’on imagine forcément meilleures.

Il est ensuite l’heure de retourner affronter la chaleur de véritable pourriture [ndlr : oui, les qualificatifs sont légion et pour cause] régnant à la Warzone, mais on ne louperait le set des New-Yorkais de Candiria pour rien au monde (16h45 – WARZONE). Tenants d’un mathcore-fusion de haut vol, revenus aux affaires avec un album brillant l’an dernier, While They Were Sleeping, la troupe du bon Carley Coma se présente devant une foule de connaisseurs et de curieux, plus dense que ce qu’on aurait pu penser. Entamant les hostilités avec un "300 Per Cent Density" joué couteau entre les dents, et qui est le premier morceau de leur premier album éponyme, les américains font montre d’une forme olympique. Mobiles, souriants, contents d’être là (ont-ils déjà joué en France ? Si oui, ça devrait être il y a au moins dix ans), en totale maîtrise de leurs instruments et bénéficiant d’un son habituel pour la Warzone (comprendre: de qualité), Candiria est clairement à la hauteur de l’événement. Le groupe enchaîne avec un énorme tube issu du dernier album, "Mereya", puis avec "While They Were Sleeping". Pour le reste de la setlist, Candiria parcourt sa riche discographie et fait honneur à quatre de ses LP. Le premier et le dernier donc, mais également les tout aussi bons What Doesnt Kill You ("Blood" et ‘"The Nameless King") et Beyond Reasonnable Doubt ("Paradigm Shift"). Un petit arrêt par Process Of Self Development n’aurait pas été de refus mais bon, on peut disserter sur la setlist, aucun fan n’aura jamais la même et il y en aura toujours un pour chouiner, ce qui vaut pour à peu près tous les concerts d’à peu près tous les groupes du monde. L’important est que Candiria, revenu de vraies grosses galères, est au top de son game, et que Carley Coma est en voix, même si on le sent un poil moins à l’aise sur les parties les plus aigües en clair. Le groupe termine son set sur l’autre gros tube de son dernier LP, "The Whole World Will Burn", et vraiment, on se dit qu’on a bien de la chance d’avoir assisté à ça. Malgré une chaleur de véritablement gros salauds, qui ne semble pas vouloir se calmer ne serait-ce d’un millième de degré.

On tente alors de se rafraîchir un peu en allant assister à un truc un peu moins intense et beaucoup plus à l’ombre, en l’occurrence le set des vétérans de Pentagram (17h40 – VALLEY), pour l’occasion délestés de leur pénible chanteur Dali-de-bazar.


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En effet, pour les membres de l'assistance qui s'intéressent un minimum à Pentagram et qui auraient raté un épisode dans l'actualité récente du légendaire groupe de doom, sans être particulièrement friands de faits divers, la vision du guitariste Victor Griffin se positionnant devant le seul micro disponible sur scène est de nature à susciter de légitimes interrogations quelques instants avant le début du concert. Mais où diable est passé l’inénarrable Bobby Liebling, fondateur et seul membre d'origine de la formation quadri-décennale ? Aux dernières nouvelles: en taule. Après avoir fait un tour à hôpital suite à des « agissements personnels » manifestement liés à son addiction de longue date aux drogues. Moche. Tant pis pour le mythe, mais la section de Virginie qui évolue en trio depuis le mois d'avril va prouver rapidement que sa puissance de feu n'est nullement entamée par la défection de son vocaliste, remplacé avec brio par un Griffin qui donne l'impression d'avoir fait ça toute sa carrière. L'interprétation vigoureuse des vétérans, pas aussi empesée que l'on aurait pu le redouter, déclenche rapidement mouvements de foule et crowd-surfings au sein d'un auditoire pourtant compact qui ne se limite pas à quelques vieux doomsters nostalgiques. La fougue communicative des trois instrumentistes perdure jusqu'aux ultimes accords, ponctués par le démontage à coups de pied du kit de batterie par celui qui a officié dessus durant les cinquante minutes du set – on aura admiré quelques instants auparavant de la part de Griffin un superbe jet de guitare qui a traversé toute la longueur de la scène avant d'atterrir dans les bras d'un roadie qui n'avait pas intérêt à louper sa réception, c'est que ça coûte cher ces joujoux. Nul doute que la durée de la prestation a été trop brève au goût des Nord-Américains, à qui il restait manifestement assez d'énergie pour prolonger les festivités.

À quelques pas pesants et abrutis de soleil d’ici, un autre de vos serviteurs a pour sa part choisi d’aller assister au set de Sanctuary (17h40 – ALTAR). Après le hiatus de Nevermore en 2011, Warrel Dane a pu se consacrer pleinement à Sanctuary, en sommeil depuis 1992, qui se produit donc au Hellfest pour la première fois en cette très chaude après-midi. Ceux qui espéraient une suite à Nevermore ont pu constater depuis la sortie de The Year The Sun Died que la musique proposée par son « successeur » jouait plus la carte rétro que celle du power metal torturé ultra-technique. Et assez étonnamment, l’Altar est comble à l’arrivée des Américains. Alors certes, la chaleur est telle dehors que l’on peut imaginer que certains sont venus pour s’abriter des vieilles claques de Sūrya [ndlr : avec quatre bras, ça fait mal] mais les acclamations sont de mise, les fans sont de sortie, et le public est en grande partie venu pour le groupe ! Et la performance offerte va répondre aux attentes, en proposant un bon heavy-thrash à l’ancienne, assez agressif, percutant, mené par un Warrel Dane qui n’a pas perdu son timbre si particulier et arborant son traditionnel duo chapeau de cowboy / lunettes de soleil.


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La setlist alterne entre le dernier album en date et les anciennes compositions, âgées de plus de vingt-cinq ans - qui n’ont pas trop vieilli. Certains morceaux sont un peu dissonants, certains un peu plus  « progressifs » avec des structures alambiquées, tandis que les titres les plus anciens lorgnent clairement sur le Savatage du début des années quatre-vingt-dix. Le son est plutôt bon et bien équilibré, permettant d’entendre les différents instruments, ce qui rajoute à la qualité de l’ensemble. Malheureusement, les affres du running-order faisant qu’Alter Bridge entre bientôt en scène sur la Mainstage, les dernières minutes du show manqueront à l’appel, faute de don de téléportation.

Aussi parlons-en, justement, du set d’Alter Bridge (18h25 - MS1): premier des gros noms à l’affiche des mainstages en ce dimanche, Alter Bridge se présente sous un soleil écrasant. Les Américains jouissent d’une solide réputation scénique partout dans le monde, et vont pouvoir régaler une foule toujours plus compacte de leur metal puissant et mélodique, et surtout éclabousser le Hellfest de toute leur classe. La setlist balaie toute leur discographie et enchaîne les tubes. Les mélodies et les refrains de titres comme "Addicted To Pain", "Cry Of Achilles", "Metalingus" ou "Show Me A Leader" sont parfaits pour dynamiser cette fin d’après-midi. De manière plus générale, c’est l’endroit et le timing parfait pour un concert de ce standing. Myles Kennedy est un frontman idéal, souriant et chaleureux, et sa voix conquiert le public en un rien de temps, comme avec Slash deux ans auparavant. Mark Tremonti fait un boulot de malade, enchaînant sans cesse riffs et soli, pendant que Brian Marshall martyrise sa cinq-cordes et Scott Phillips ses fûts. Les quatre hommes font preuve d’une présence scénique et d’une maîtrise impressionnantes, et les morceaux s’enchaînent sans temps mort ni faux pas. Si l’on rajoute à ça un son puissant et clair, on obtient tout bonnement l’une des prestations les plus réussies de tout le festival. Rien que ça.

Difficile ensuite pour Of Mice And Men (19h30 - MS2) de tirer son épingle du jeu. Au milieu de toutes ces pointures qui occupent et vont occuper les têtes d’affiche de ce dimanche, les Américains feraient presque un peu figure d’intrus, bien qu’ils jouissent d’une sérieuse notoriété outre-atlantique et dans la scène metalcore au sens large. Ils vont tout de même défendre crânement leur chance, en offrant trois quarts d’heure d’un metalcore classique mais tout à fait efficace. Menés par un bassiste chanteur aux faux airs de Jack Black, les titres, même s’ils se cantonnent au schéma classique du genre, avec notamment un peu trop de chant clair, donneront lieu à quelques circle-pits de bon aloi dans la poussière qui recouvre désormais le sol des mainstages. On saluera tout de même la prestation d’Aaron Pauley, le susnommé bassiste, qui assure plus qu’honorablement le poste de chanteur laissé vacant il y a quelques mois par un Austin Carlyle atteint de sérieux problèmes de santé.


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Malgré tout, au bout de quelques titres, la lassitude s’installe quelque peu, et l’intérêt retombe, d’autant plus que la claque de la soirée est à suivre.

À l’autre bout du site néanmoins, protégé des morsures de Kérdik [ndlr : attention, il rigole pas celui-là], l'un de vos serviteurs a pour sa part choisi d’assister au set d’une bande de vieux briscards des plus cultes, ceux de Blue Öyster Cult (19H40 – VALLEY – LR ici). Puis c’était l’heure de la dite claque de la soirée évoquée plus haut. Et qui d’autre pour la délivrer que le super-groupe fusion / hip-hop Prophets Of Rage (20h20 - MS1 – LR ici) ? Ceci dit, croyez-le ou non, mais tout le festival n’est pas occupé à jumper du côté des mainstages devant la perf’ de B-Real, Tom Morello et consorts. Car dans une ambiance nettement moins sautillante, le Hellfest accueille pour la (à peu près) 12 500ème fois le bon Phil Anselmo, venu cette fois ci avec son (à peu près) 512ème projet, en l’occurrence Scour (20H45 – TEMPLE – LR ici). Un peu plus tard, le groove et le fun reprennent leurs droits puisque les sympathiques Clutch sont aux affaires (21h50 – VALLEY– LR ici). Et alors que Clutch fait valser la Valley, Metal Church impose une ambiance autrement plus sobre à l’Altar (21h50 – ALTAR – LR ici). La fin du fest approche alors à grands pas et la fameuse nostalgie mêlée d’épuisement et du juste sentiment du devoir accompli commence à se faire ressentir, alors que s’offre à nous l’un des derniers grands choix cornéliens du fest. Le black metal racé d’Emperor, ou le mathcore/metalcore barré bien trop rare en Europe d’Every Time I Die ? Comme à son habitude, l’équipe refuse de choisir et couvre les deux. On commence donc avec Emperor (22H55 - TEMPLE – LR ici), et on poursuit avec Every Time I Die (22H55 – WARZONE – LR ici).

Moment culte ensuite, puisque se profile l'un des plus anciens groupes en activité avec Deep Purple et Blue Öyster Cult à jouer en cette édition 2017, Hawkwind (00H00 – VALLEY), qui a les honneurs bien légitimes de fermer la Valley cette année. Alors que cette dernière se remet à peine de la folie déclenchée par Clutch, le cultissime combo rock progressif et psychédélique prend place. Sous une lumière bleutée, les pionniers du space rock débarquent sur le long enchaînement "Earth Calling" et "Born To Go". L’intro est lente, hypnotique, avec de longues mélopées aux claviers tenues par Tim Blake. On se laisse emporter par cette rêverie, guidés par les synthés et par la guitare de Dave Brock, dont le son est absolument impeccable. Les longues montées progressives s’accompagnent d’un lightshow somptueux qui flashe régulièrement, tandis que s’affichent différents symboles psychédéliques. Bref, on tripe grâce à une musique superbement exécutée et on excuse bien la voix un peu faible de Dave Brock, car le reste respire la mélodie. C’est beau, les lumières pétaradent de milles couleurs et le public admire tranquillement le spectacle après les shows très intenses d’Emperor et d’Every Time I Die.


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Puis soudain, arrive la plus rock "You’d Better Believe It", laissant une belle place à la guitare puis se développant avec le violoncelle de Mr Dibs, et toujours ce clavier aux sons spatiaux. Un régal ! Le concert continue avec le groove suranné de "Steppenwolf" dont les paroles sont reprises en chœur par le public. Comme à son habitude, le morceau prend son temps pour se développer, invitant la foule dans un immense trip. Tim Blake débarque alors avec un clavier portatif, histoire d’ajouter un peu d’animation au concert. Les titres continuent à s’enchaîner tous avec leurs longs développements et leur classe un peu vieillotte, mais terriblement prenante. Les lumières, elles virevoltent toujours dans tous les sens et se parent de toutes les teintes (vertes, rouges, jaunes, bleues…), les images continuent de projeter leur voyage halluciné. Dave Brock est probablement déjà dans un autre monde, plongé dans son délire musical. Puis résonnent les premières mesures de "Ace of Spades", référence à la présence de Lemmy dans le groupe de 1971 à 1975. Enfin, vient le moment du dernier titre des Britanniques. Plus rock, ce dernier morceau achève un concert élégant et maîtrisé de bout en bout. Une belle plongée dans le monde étrange et attachant du space rock d’Hawkwind, et un joli au revoir à la Valley.

Moins vieux, mais tout aussi culte, l’Altar a de son côté la chance de recevoir Coroner en guise de bouquet final (00h00 – ALTAR). Suite et fin de la série « ces groupes cultes aussi rares dans l'Hexagone que la neige sur la Côte d'Azur ». « Nous sommes de retour » sera d'ailleurs la seule phrase en français que prononcera le peu prolixe mais souriant Ron Broder, histoire de rappeler que le passage du trio au Hellfest dans la foulée de sa reformation date d'il y a six ans et que hormis quelques apparitions dans sa Suisse natale, celui-ci se contente de participations parcimonieuses aux festivals - dont le Motocultor voisin en 2012. L'album promis depuis un bail n'est toujours pas paru et l'absence de nouveaux titres parmi ceux joués ce soir n'incite pas à l'optimisme quant à une sortie imminente. La setlist n'a donc que peu évolué depuis  le concert clissonnais de 2011, se déroulant grosso modo en ordre rétro-chronologique des enregistrements. Le groupe a choisi de privilégier ses LP les plus récents, pour le plus grand bonheur de celles et ceux qui apprécient la part progressive du groupe, renforcé par un très discret claviériste, musicalement s'entend puisque ses interventions se révèlent quasiment inaudibles. Le rendu sonore devant l'estrade a tendance en outre à se caler dans les graves, ce qui renforce l'ambiance intranquille de la plupart des compositions mais n'aide pas à apprécier la virtuosité des instrumentistes et plus particulièrement celle de Tommy Vetterli qui ne s'économise pourtant pas lorsqu'il faut aligner les triples croches à toute blinde. Cela devient plus gênant sur les deux seuls morceaux de la soirée issus de la période speed metal du collectif zurichois, les percutants "Masked Jackal" et "Reborn through Hate", mais ceux-ci, tout comme le terrible "Die by my Hand", recueillent les vives acclamations d'une assistance enthousiaste et remuante - comme quoi le thrash, même technique et sombre, constitue la bande-son idéale pour les défoulements corporels, quelque soit l'horaire. De leur côté, les musiciens se montrent particulièrement statiques et peu communicatifs - Vetterli ne lève pratiquement pas le nez de sa guitare - mais se seront fendus au final d'une prestation inattaquable quant à la qualité d'exécution : on n'en attendait pas moins de vous, Messieurs.

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Côté mainstages, qui de plus légitime que les légendaires Slayer (ou ce qu’il en reste) pour clore cette édition 2017 (00h50 - MS2) ? Mais d’un autre côté, pourquoi aller voir Slayer encore une fois au Hellfest et a fortiori en clôture puisque le groupe s’invite très régulièrement en terre clissonnaise (pas plus tard que l'année dernière) ? Quel intérêt depuis la tournée d’adieu à Jeff ? Dave Lombardo ne reviendra jamais derrière les fûts du Tueur [ndlr : hypothèse fort probable, mais avec Slayer et sa valse des batteurs il ne faut jurer de rien] et a joué la veille avec Suicidal Tendencies sur une autre scène. Les derniers LP sont agréables, mais l’Histoire Slayer est a priori passée. À quoi bon alors? Gamin, pourtant, en écoutant sans relâche les Show no Mercy, Hell Awaits ou autre Reign In Blood, chacun aurait pu tenir quarante-huit heures sans sommeil pour voir le groupe en concert. L’internet et la diffusion « one clic » du son puis des images ont rogné l’ardeur et la volonté de voir autant que possible ces groupes historiques. Pourtant, le cadre est idéal, les deux-cents mètres de mainstage sont déserts, MS1 est déjà en démontage primaire et hormis la quarantaine de rangs compacts, il sera possible de profiter dans de très bonnes conditions du thrash sans concessions des Américains. Araya est le seul lien humain du groupe avec le public. Inutile de parler de King, Holt s’efface à priori volontairement et Bostaph reste bien caché derrière ses cogneuses. Seasons in The Abyss se taillera la part du lion dans la setlist routinière, piochant également dans les Reign in Blood et South of Heaven. "Repentless" de l’album éponyme, "Disciple", chanceux extrait de God Hates Us All et "Hate Worldwide" de World Painted Blood compléteront le set façon trois huit, comme il y a trois ans. C’est agréable et Tom s’accorde quelques interactions souriantes. Certains riffs, solos, break ou encore un « Waaaaarrrr Enseeeemmmmble » sont « slayeurement » efficaces, même après dix mille écoutes. Mais on peut se demander s’il ne viendra pas un jour où les souvenirs suffiront plutôt qu’un passage forcé (et finalement tout est dit avec le mot) de voir le groupe. Le public au final se montre relativement content et peut-être est-ce simplement la bonne façon de clôturer le festival pour attaquer le retour à la réalité par cette espèce de placebo musical: ça fait de l’effet, mais on ne sait finalement plus trop si le travail n’est pas plus intellectuel que médical. Et voilà, « Slayer de retourner à la vraie vie » [ndlr: blague absolument validée !].


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Enfin, la Warzone s’offrait elle aussi des adieux de première classe, puisque c’est aux démiurges vivants - et inventeurs - du mathcore de The Dillinger Escape Plan (01h05 – WARZONE) d’en terminer, dans le cadre de leur tournée d’adieux qui plus est. Une inception d’adieux en quelque sorte. Et malgré l’horaire plus que tardif et le sempiternel état d’épuisement relativement généralisé en cette dernière journée agonisante, les légendaires héros du mathcore sont dans une forme olympique. Si les festivaliers ont passé la journée à picoler et à suer sous un soleil de plomb, on imagine aisément Pucciato, Weinman et consorts passer la journée dans leur tourbus climatisé, à faire la sieste, boire des petits smoothies hyper sains (genre, avec du kale dedans) et à faire de petits échauffements, voire du yoga. Résultat, le groupe est égal à lui-même: bourré d’énergie et surtout, d’une maîtrise technique et scénique proprement abusives. Malgré des compos à la technicité plus que marquée, malgré une mobilité de tous les instants, malgré des lignes de chant hyper casse gueule, chaque membre du groupe joue sa partition à la perfection. Ça sonne véritablement comme sur album, en plus puissant et vénère. Notons qu’une fois de plus la Warzone offre un son parfait, ce qui ne fait qu’augmenter le kiff malgré la fatigue bien réelle [ndlr: enfin, pas encore tout à fait pour tout le monde, vu le pit qui demeurera bien furieux pendant tout le concert]. The Dillinger Escape Plan profite de ce contexte aux petits oignons pour envoyer une setlist évidemment grand luxe (rappelons qu’il s’agit d’une tournée d’adieu): de "Prancer" en opener à "43% Burnt" en closer, de "Panasonic Youth" à "One Of Us Is The Killer", de "When I Lost My Bet" à "Sunshine The Werewolf", du tube absolu "Black Bubblegum" à "Farewell Mona Lisa", et encore bien d’autres ("Surrogate", "Milk Lizard", "Happiness Is A Smile"…), cette setlist a des allures de best-of ultime, retraçant une dernière fois les principaux contours de la riche et brillante carrière des Américains. Quel malheur absolu qu’une formation aussi exceptionnelle décide de s’arrêter, mais c’est aussi la force des plus grands que de savoir dire stop alors qu’on est encore au sommet. Peu de collectifs pourront en tout cas se targuer d’avoir autant marqué les musiques extrêmes au sens large, et la scène hardcore en particulier. Et comme on est fou, on retournera d’ailleurs les voir dès le lendemain à Paris, pour leur date au Trabendo, à peine rentrés du Hellfest. Mais c’est une autre histoire…

Cette histoire-ci, en tout cas, est terminée, mais elle laissera des souvenirs impérissables.

On espère que vous avez apprécié ces pages passées en notre compagnie et qu’elles vous auront donné envie de venir/revenir au Hellfest, un lieu unique et un havre de paix et d’amour pour toute la communauté des musiques extrêmes du monde entier, la notoriété du Hellfest ayant depuis bien longtemps dépassé les frontières hexagonales. Sachez qu’on aura vraiment essayé de rechercher une forme d’exhaustivité dans ce Fest Report, exercice sans doute un peu vain il est vrai, mais qui nous aura fait éminemment plaisir à réaliser. On vous retrouve l’année prochaine pour de nouvelles aventures en terres clissonaises, à jamais la Terre Sainte du Holy Metal ! Bonnes vacances à ceux qui partent, et bon courage à ceux qui reviennent: tenez bon, si le Hellfest c’est fini jusqu’en juin prochain, la saison des concerts et du metal elle, ne s’arrête jamais vraiment…


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S1phonique, MFF, Sven, Silverbard, Ptitlouis, Tabris, Yogi et Dimebag, aka les Éternels.

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