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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 janvier 2017
Sa note : 13/20

LINE UP

-Per Fredrik "Pellek" Åsly
(chant)

-Fraser Edwards
(guitare+claviers+basse)

-Andrew Scott
(batterie)

TRACKLIST

1) Alone
2) Custom Built
3) Mentalist Brigade
4) 12 Variations (On Nyan Cat), Pt. 1: Edward Snowden
5) So Many People
6) Everdream
7) I Am God
8) Geography of Time
9) God Complex
10) Dawn of the Shred (bonus)

DISCOGRAPHIE

I am God (2016)

Edwards, Fraser - I am God
(2016) - shred speed metal hystérique - Label : Autoproduction



« -J'espère que vous avez une excellente raison pour nous avoir convoqués en urgence, Dr Bouse !
-Juste avant une importante intervention !
-Parce que maintenant, je dois justifier le travail pour lequel vous êtes honteusement surpayés, bande de fanboys cupides ?
-Vous oubliez la fangirl.
-Chaise, n'essaie pas de me décridébi..., décrédibé...
-Le mot que vous cherchez est « ridiculiser », Louise-Bonne.
-Pour la millième fois, mon nom est Camebonne, Dr Bouse !
-Je sais mais contrairement à mon avatar télévisuel, je préfère les fruits à la drogue. Et rassurez-vous, aucune personne sensée n'imaginera que vous étiez prête à vous rendre à un concert de Meshuggah parce que vous en aviez envie.
-Dites, on peut commencer, là ? L'équipe médicale de la salle polyvalente Bon Jovi de Tracteurs-de-l'Orne nous attend - vous savez bien que les liquéfactions encéphaliques peuvent surgir dès les premiers beuglements.


-On déstresse, Formol : je suis certain qu'un brillant analyste tel que vous – je ne compte pas vraiment sur les deux autres, à vrai dire - résoudra cette affaire en moins de temps qu'il n'en faut à Neal Morse pour pondre un disque.
-Les disques n'existent plus, Bouse.
-J'ai beau considérer la mention « 180 gram vinyl » comme un appeau marketing pour bobos crédules, il n'en reste pas moins que ce qu'elle désigne ressemble à s'y méprendre aux centaines de rondelles en plastique qui tournent régulièrement sur ma chaîne hi-fi.
-Avouez, vous avez failli dire « électrophone ». L'utilisation du mot « disque », c'est comme la moustache d'un chanteur de Toto : tellement ringarde qu'à côté, la deux-cent-cinquantième couverture de Rock & Folk sur les Rolling Stones passe pour le comble de l'audace.
-Tas de sales geeks assourdis au metal mou, vous croyez que la musique est née avec Five Finger Death Punch ? En l'occurrence quand j'emploie le terme « musique », c'est au sens mathématique, bien sûr.
-Bon sang, Bouse, vous nous le présentez, votre cas, oui ou zut ?
-Même si ça se prononce aussi comme un juron, on ne dit pas « zut », Formou, on dit « djent ». Tu es aussi largué que Bouse, mon vieux.
-Épargne-moi tes sarcasmes, le bellâtre, ou je rends publique ton adhésion au fan-club de Foreigner.
-Est-ce la vérité, Chaise ? Intéressant... Pour quelqu'un de malintentionné souhaitant vous extorquer de l'argent, je veux dire. Allez, puisqu'en tant que bienfaiteurs de l'humanité – humanité n'étant sans doute pas le terme approprié mais passons - votre temps est par nature précieux, je vous soumets la bestiole.

-??
-?!?!
-??? o-0 !!!
-Ah oui, je reconnais que même moi, ça a failli me faire sauter une molaire. Et pourtant j'étais là lorsque Cradle of Filth a sorti son premier album.
-Mais enfin, Bouse, qu'est-ce que c'est que ce truc ?!
-J'ai peur.
-Chochotte, on voit que tu ne t'es pas coltiné le dernier Rhapsody of Fire.
-Et c'est censé me rassurer, qu'on laisse tous ces mabouls en liberté ?
-Alors, les amateurs de bidule-core à une note et zéro idée, ça vous la coupe, hein ?
-D'accord, Dr Bouse, le chanteur ne braille pas comme un goret en route pour l'abattoir, mais le suraigu décomplexé, ça fait mal aux oreilles, aussi.
-« Suraigu » ? Elle a dit « suraigu » ? Mais comment voulez-vous que guérisse de ma misogynie si vous proférez ce genre d'inepties, Louise-Bonne ? On ne vous fait pas écouter King Diamond pendant vos stages ?
-Si, mais les étudiants avaient menacé de ligoter le prof et l'enfermer dans l'amphi en lui passant la discographie de Mandragora Scream jusqu'au prochain cours s'il mettait sa menace à exécution.
-Gredins ignares, c'est de votre faute si Blink-182 tourne encore ! Néanmoins et contre toute logique, je vous crois capables de mobiliser un minimum d'aptitudes - reste à savoir lesquelles. Quelles sont vos observations concernant le titulaire du micro ? Chaise, surprenez-moi et dites quelque chose d'intéressant.
-Sa tessiture est assez étendue et ne donne dans la pure stridence que sur le premier titre. Son timbre est plutôt agréable, il chante juste et module avec assurance, obtenant ainsi un résultat positif au Score de LaBrie. En revanche, sa partition devient redondante sur la deuxième moitié de l'enregistrement et il ne parvient pas à se calmer lorsque le rythme fléchit, ce qui se produit toutefois en de rares occasions – exemples : l'introduction et la conclusion d'"Everdream", un spécimen mutant de power ballade.
-En revanche, ses vocalises flûtées se révèlent hautement compatibles avec le style des compositions.
-Oui, enfin, « compositions »…
-Ah, on y vient. Développez, Formule.
-Il y a tellement de notes que l'on distingue à peine les riffs des solos – à croire que le guitariste veut faire passer Joe Satriani pour un adepte de funeral doom. De plus, l'individu est totalement incontinent, il en met même entre les couplets et les refrains, tel le premier Wolf Hoffmann venu.
-Tu exagères, là, non ? Sur "Custom Built", le tempo baisse un peu et les couplets sont tellement radio-friendly qu'ils m'ont fait penser à ceux de "Waterloo Road".
-Pardon ?
-"Les Champs-Elysées".
-Je comprends mieux. Quoique totalement fortuite à mon avis, l'allusion à Joe Dass' est indubitable.
-J'admets également un petit faible pour cet extrait tout gentillet qui filerait la patate à un inconditionnel de Skepticism. On dirait le générique d'un anime des années quatre-vingts : ça flirte avec le ridicule, puis on pense à Hammerfall et ça passe.
-Ce qui tranche avec le reste, c'est que pour une fois, le six-cordiste fait preuve d'une relative sobriété, montrant au passage qu'il aime autant les mélodies bien troussées que l'arrosage tous azimuts à la quadruple-croche.
-Comme Yngwie Malmsteen, quoi.
-Pertinente remarque, Chaise. Vous arriveriez presque à m'étonner, si le maintien en activité d' In Flames n'épuisait déjà mon capital d'ahurissement quotidien.
-Il ne s'agit pas de la seule influence perceptible mais sur la chanson-titre par exemple, on a droit à la totale : descentes et remontées de manche aussi fulgurantes qu'un accès de modestie chez Gene Simmons, passage classicisant tendance baroque sur fond de faux clavecin et refrain accrocheur en mode donjons et dragons...
-... Qui sonne très speed metal germanique, il ne faut pas se le cacher. Certaines séquences de "Geography of Time" évoquent un mélange entre "How Many Tears" et "Eagle Fly free" d'Helloween tandis que l'instrumental "God Complex" s'apparente à du Gamma Ray surboosté.
-Non mais cette piste, c'est juste un déluge de notes épileptiques, une explosion d'ego purement gratuite.
-Vous vous attendiez à quoi d'autre de la part d'un type qui intitule sa première œuvre Je suis Dieu ?

-Au fait, Bouse, quel est son nom ?
-Fraser Edwards.
-Sharky ?
-Quoi, « Sharky » ?
-Ce mec joue dans une formation metal pour enfants dénommée Sharky Sharky qui propose des chansons vives, guillerettes, haut-perchées...
-Mais oui, tout concorde ! Son projet perso, c'est juste la même chose avec des solos plus longs exécutés sur un rythme accéléré...
-... des claviers qui doublent la guitare qui double les chœurs qui doublent la voix sur tous les refrains...
-... la variation harmonique à la fin de chaque morceau pour faire plus « épique »...
-... Un rendu sonore hyper synthétique qui tire dans l'aigu entre Platinum de Mike Oldfield et Passion and Warfare de Steve Vai...
-... Encore plus loin dans le délire, en somme.
-Pas étonnant qu'il ait repris le thème horripilant de "Nyan Cat"...
-... Pour en faire une ode à Edward Snowden.
-Du coup, j'hésite : amphétamines ou démence ?
-Difficile à dire. Mais ça fait drôlement penser à Dragonforce, quand même.
-Par les pommettes botoxées de David Coverdale, tu as complètement raison ! Dr Bouse, avez-vous alerté les pouvoirs publics ? La veille sanitaire ? Les associations de cardiaques mélomanes ? Quels sont les dégâts ?
-Calmez-vous, Louise-Bonne, la situation est sous contrôle. Cette réalisation a été enregistrée en autoproduction et à moins que ses instigateurs ne tombent sur un label aussi téméraire que celui qui édite Cóndor, il y a peu de chance qu'elle bénéficie d'une distribution digne de ce nom, même s'il faut rester prudent – rappelez-vous Mötley Crüe. Et pour votre gouverne, Fraser Edwards a déjà évolué dans un Dragonforce-like, du nom d'Ascension.
-Jamais entendu parler.
-Le groupe de black metal allemand ? Vous êtes sûr, Bouse ?
-Chaise, si vous tentiez de combler le néant qui vous sert de culture plutôt que consumer votre ultime neurone sur le dernier Walls of Jericho, vous sauriez qu'il s'agit d'un homonyme écossais ayant sorti un lp en 2012. Dans un anonymat quasi complet, je vous l'accorde - il existe encore une justice en ce bas monde.
-Un peu comme Dragonforce aujourd'hui.
-Exact. Malgré leur lenteur thergothonesque, vos cervelles encrassées par le metalcore finissent par capter l'essentiel.
-Non mais attendez, Bouse, c'est quoi cette fumisterie ? Vous avez activé l'alerte rouge pour un accidenté capillaire aussi loufoque qu'inoffensif ?
-Loufoque, je n'irais pas jusque là, Formose - à moins de prétendre que Manowar n'a jamais existé, évidemment. Avouez que c'était fun, non ?
-Oui, moi aussi j'ai trouvé ça rigolo.
-Fayote.

-Et notre mission de secourisme en Ultra Basse-Normandie ? On ne sera jamais à l'heure, tous les hélicos sont déjà pris. Et le temps de construire la route...
-Ces gens sont en danger, Bouse !
-Oooh, quelle angoisse ! Allez, si ça se trouve, tel le chasseur bourré se tirant une balle dans la rangeot, l'un des musiciens aura fait une syncope en ayant écouté par mégarde ses propres méfaits, de sorte que tous ces lobotomisés venus se suicider les tympans devant la scène auront rebroussé chemin, faute de prestation.
-Vous voulez dire que vous avez tout manigancé ?
-Brillant, non ?
-Cynique, oui !
-Rohlàlà, tout de suite les grands mots – un jour, je vous raconterai l'histoire de John Corabi. Et puis vous savez quoi ? Je lui passe I am God en boucle dans sa chambre d'hôpital, à cette andouille nordique. De quoi lui donner une pêche d'enfer et lui ôter toute envie de poursuivre sa lutte contre la joie de vivre.
-Vous détruisez la création, Bouse.
-Non, je libère la place pour le talent. Bon OK, pour la marrade. C'est si grave que ça de vouloir se détendre un peu ? »


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